Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

4e Dimanche du Carême. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Si près et si loin

« Personne n’est monté au ciel à l’exception du Fils de l’homme qui en vient. De même que Moïse a hissé le serpent au milieu du désert, il faut que le Fils de l’homme soit suspendu pour que tous ceux qui lui font confiance vivent la vie sans fin. » Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son fils unique afin que tous ceux qui s’en remettent à lui ne meurent pas et vivent la vie sans fin. Dieu n’a pas envoyé son fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui s’en remet à lui n’est pas condamné, qui ne s’en remet pas à lui est déjà condamné puisqu’il ne croit pas au nom du fils unique de Dieu. L’enjeu, le voici : la lumière est venue dans le monde, mais les hommes ont préféré la nuit à cause de leurs sombres actions. Quiconque agit mal fuit la lumière et l’évite pour que ses actions ne se voient pas, mais celui qui soutient la vérité tend vers la lumière, et ses actions se voient, car Dieu en est le maître d’œuvre.

Commentaire :

Nous venons de lire l’une des plus belles pages de Jean : « Dieu a tant aimé le monde … » Lequel d’entre nous n’a pas été poursuivi par cette réflexion johannique. Paul la reprendra, à moins que Jean ne se soit inspiré de l’apôtre, en ses propres termes : « C’est en effet alors que nous étions sans force, au temps fixé, que le Christ est mort pour des impies ; – à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir, – mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. » (Rom. 5 : 6-8) Dans sa première lettre, Jean, avait écrit : « En ceci consiste l’amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. En ceci consiste son amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés le premier, et qui a envoyé son Fils, victime de propitiation pour nos péchés. » (1 Jn. 4 : 9-10)

L’épisode raconté ce dimanche se situe dans la conversation que Jésus eut avec Nicodème, pharisien et notable juif, venu le trouver de nuit pour tenter de faire le point sur cette personnalité mystérieuse dont il confesse : « Nul ne peut accomplir ce que tu fais s’il ne vient de Dieu. » Dans un entretien des plus cordial et non sans humour, Jésus tente d’éclairer l’homme qui cherche dans la nuit cette « lumière venue pour éclairer les ténèbres qui ne l’ont pas comprise. » (Prol. 1 : 5) Jésus entretient Nicodème de cette régénération de l’homme par la mort ( miracle de Cana ) et la résurrection du Christ ( purification du Temple) moyennant la foi au nom du Fils unique. Pour le convaincre de la crédibilité de l’affirmation, Jésus se présente lui-même comme témoin : « Nous parlons de ce que nous savons. » Est-ce Jésus, Jean ou la communauté, qui s’exprime dans ce texte ? Homélie ou sermon de l’évangéliste ? Ce qu’il importe de retenir c’est que nous avons là vraisemblablement des paroles de Jésus transmises par l’évangéliste à travers le prisme de sa compréhension et réflexion personnelles.

En somme, ce dont Jésus tente de nous convaincre en la personne de Nicodème c’est que tout devient possible grâce à son incarnation, sa passion, sa mort et sa résurrection. Telles sont les « choses du ciel » auxquelles il fait allusion. La révélation que Jésus fait ne peut être apportée que par celui qui descend du ciel. « Nul ne monte au ciel », c’est à dire en termes sapientiaux que nul ne peut connaître les mystères célestes et les révéler aux hommes s’il ne vient d’en haut.

Mais encore faut-il la foi des Hébreux dans le désert : un regard de confiance sur le serpent d’airain pour être guéri. (Nb.21 : 8-9) Le symbole du serpent était signe de la miséricorde et de la toute puissance divines, gages de salut, pour reprendre l’expression de la Sagesse (Sg. 16 : 6). Ainsi en est-il maintenant de la reconnaissance de Jésus : « Afin que tout homme qui croit en lui ait la vie éternelle. » Jésus crucifié deviendra le Sauveur de tous ceux et celles qui croient en lui. Il sera pour eux source de vie éternelle, non de vie future, mais d’une vie sans fin, réalité déjà présente : « Celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle…il est passé de la mort à la vie. » (Jn.5 : 24 ; 3 : 36 ; 6 : 47)

C’est alors que l’apôtre Jean, témoin oculaire de Jésus, se laisse aller à ses réflexions : « Dieu a tant aimé le monde … » Le don divin concerne le monde entier, ce monde qui en soi n’est pas mauvais, mais l’est devenu par le péché en refusant la lumière qu’apportait et qu’était Jésus. Ce dernier n’est pas venu condamner ce monde, mais le sauver (3 : 17). Mais cette grâce est consécutive aux choix de chacun ; la mission du Christ vise uniquement le salut des hommes et non leur condamnation. (12 : 47) Homme parmi les hommes, une seule préoccupation l’habite : le salut et non la condamnation. Telle a été sa mission et telle doit être la mission de l’Église ici-bas. Le jugement appartient à chacun, il est relatif à l’acceptation ou refus de chacun, ses préférences pour la lumière ou les ténèbres, ses œuvres bonnes ou ses œuvres mauvaises. L’homme qui agit dans la vérité et cherche sincèrement la vérité parvient au Christ, lumière de vie.

Venu de nuit trouver Jésus, Nicodème baigne un moment dans la lumière puis se retire comme il était venu, incapable de faire le pas que Jésus lui suggérait : croire vraiment en Jésus et en l’Esprit qui régénère. La grande nouveauté apportée par Jésus faisait obstacle à ce fidèle serviteur des institutions judaïques. « Un éthiopien peut-il changer de peau ? Une panthère de pelage, » (Jr. 13 : 23) Nicodème a cependant perçu quelque chose du mystère, un jour il prendra même la défense de Jésus (7 : 48-50). Mais si proche qu’il ait été, il demeure si lointain. Le risque de l’engagement le dépasse.

Combien d’entre nous s’approchent si près mais en demeurent si loin !

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