Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche du Carême. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Je me souviens

À quelques jours de la Pâque juive, Jésus monte à Jérusalem. Il trouve la cour du Temple envahie de marchands de bœufs, de moutons, de colombes et les changeurs à leurs tables. Il se fabrique alors un fouet de corde et les chasse tous du Temple, bœufs et moutons compris, puis répand la monnaie des changeurs, renverse leurs tables et dit aux marchant de colombes : « Ôtez-moi ça de là. ne faites plus jamais de la maison de mon père une maison de commerce. » Les disciples se remémorèrent le texte : « Un amour jaloux pour ta maison me consumera. » Les autorités juives prennent alors la parole : « Prouve par un signe que tu es en droit d’agir ainsi. » – « Abattez ce sanctuaire, dit Jésus et je le relève en trois jours. » Les autorités rétorquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour construire ce sanctuaire et toi tu le relèverais en trois jours. » Jésus parlait du sanctuaire de son corps. Quand il se releva d’entre les morts, les disciples se souvinrent qu’il avait dit cela, ils se fièrent aux textes et à la parole de Jésus. Comme Jésus était à Jérusalem pendant la fête de la Pâque, beaucoup de monde, à cause des signes qu’il donnait, lui faisait confiance. Mais lui, ne leur faisait pas confiance parce qu’il les connaissait et qu’il n’avait besoin de personne pour savoir ce qu’il en est de chacun.

Commentaire :

L’évangile de Jean a été écrit à l’intention des croyants en pleine crise de foi. Walter titrait son petit volume sur l’évangile de Jean : « L’incroyance des croyants ». Nous pouvons envisager dans l’épisode de ce dimanche deux compréhensions possibles de la vérité : celle du Jésus historique avant sa mort, et celle des apôtres après Pâques. Pour nous, disons que le morceau porte l’empreinte d’une longue et profonde méditation de l’évangéliste après la Résurrection de Jésus.

Cet épisode de la Purification du temple fait cependant problème. Événement historique, sans doute, mais quand eut-il lieu ? Marc (11 : 18) et Luc (19 : 47-48) situent l’événement peu avant la Passion ; pour Jean, il se serait produit au début du ministère de Jésus. L’importance du fait ne relève peut-être pas d’abord de l’histoire, mais du sens donné à l ’événement dans le quatrième évangile. Pour justifier la place de l’événement chez Jean, nous pourrions évoquer un passage du prophète Malachie : « Voici que je vais envoyer mon messager (Jean Baptiste) pour qu’il déblaie un chemin devant ma face. Et soudain le Seigneur que vous cherchez entrera dans son sanctuaire. » (3 : 1) Après son baptême et son identification comme Messie, puis sa révélation à Cana, Jésus prend donc possession du Temple. Le miracle de Cana prédisait l’« Heure » de sa mort, le signe du Temple et la purification anticipaient sa résurrection.

LE TEMPLE

L’idée d’un nouveau temple prophétisé par Jésus en cet épisode faisait déjà partie du Credo des Juifs de l’Ancien testament. On a prédit certes une restauration du temple après le retour d’exil, mais c’est du nouveau Peuple de Dieu dont ils ont eu, en un sens, l’intuition prophétique. (Is. 2 : 2-3 ; Mi. 4 : 1-3 ; Jr. 3 : 17 ; Ez. 40-48.) Ce Temple sera appelé maison de prière pour tous les peuples (Is.56 : 7), mais pour Jésus, il redeviendra « maison de mon Père ». Par ce geste de purification et de contestation, Jésus ne fait donc que s’inscrire dans une vieille tradition : l’immense espoir qu’ont porté les prophètes au-delà de toute splendeur et majesté dont le Temple pouvait être le symbole et la révélation. La réalisation de cet avenir ne pouvait être que l’œuvre de Jésus Messie.

LE SIGNE

Suite à ce geste on ne peut plus osé, les Juifs demandent un signe à Jésus, c’est à dire un miracle susceptible de révéler son identité. La réponse de Jésus oriente la réflexion vers sa résurrection et l’Église, temple de son corps. Dans cette déclaration bouleversante de Jésus, l’accent se situe non sur la destruction du Temple rasé par le Romains en 70, mais la réédification d’un nouveau Temple, espoir des Juifs pieux. Par ce geste, Jésus apporte donc à ses interlocuteurs une piste susceptible de l’identifier comme le Messie sur lequel repose l’attente. Mais les Juifs ne comprirent pas, et les apôtres n’en saisirent la portée qu’après la résurrection : « Ils se souvinrent alors qu’il avait dit cela. » La parole du prophète Zacharie (14 : 21) et le psaume (69 : 8-10) leur revinrent-ils en mémoire ? Le corps de Jésus ressuscité deviendra le nouveau Temple pour tous les peuples, lieu de culte en esprit et en vérité, comme Jésus l’annoncera à la Samaritaine (4 : 21-22) et la source d’eau vive (7 : 7-39) . De ce Temple, le grand signe dans l’évangile de Jean, nous retrouvons également la réalité chez Paul (Ep.2 : 19-21, 1 Co. 3 : 16; He. 9 : 11-12).

FOI ET PAROLE

Ce qu’il faut surtout retenir de cet épisode, c’est l’importance de la foi en la parole de Jésus, la foi à cause de sa parole. Il n’est pas requis que l’acte de foi engendre une réponse immédiate et spontanée à la Parole. Jésus avait prévu certaine incompréhension, une incontournable lenteur à croire que le don de l’Esprit saurait dissiper : « L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera tout et il vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » (Jn. 14 : 26) Et lorsque Jésus trace ainsi l’aventure de la Parole, il inclut nécessairement un temps de maturation. Une foi coup de foudre ne peut durer et affronter les persécutions de tous ordres.

La foi naît des résonances que nous acceptons bien souvent dans la foulée des événements. Mais encore, ce « Je me souviens » suppose-t-il l’écoute, un jour, des récits fondateurs comme l’Évangile. Hélas ! « Comment croire sans d’abord l’entendre, écrivait l’apôtre Paul ? Et comment l’entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé…». « La foi naît de la prédication et de cette prédication, la Parole du Christ est l’instrument. » (Rom. 10 : 14-17)

Si le sens de l’histoire s’étiole, c’est qu’on en a effacé les récits fondateurs. Le sens de la foi se perd parce que l’on ne peut à moins qu’on ne le veuille, se souvenir des faits et gestes de Jésus, « on préfère se donner des maîtres à la centaine dans le désir de savoir. »

« Je me souviens », prélude incontournable de la foi.

Jacques Sylvestre o.p.

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