Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

La présentation de Jésus au Temple. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

La relève

À la fin des jours requis à leur purification, Joseph et Marie, fidèles à la Loi de Moïse, ont amené Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, comme il est écrit dans la Loi de Dieu : « Tout mâle qui ouvre le sein sera consacré au Seigneur » ; et ils ont fait un sacrifice comme il est dit dans la Loi du Seigneur : « une paire de tourterelles ou deux jeunes pigeons ». Vivait alors à Jérusalem un homme nommé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël. Un Souffle saint l’accompagnait. Il avait appris par le Souffle saint qu’il ne mourrait pas avant de voir l’Oint ( Christ ) du Seigneur. Mû par le Souffle, il vint au Temple. Les parents font entrer Jésus, l’enfant ; il agissait pour lui selon les prescriptions de la Loi. Le prenant dans ses bras, Siméon bénit Dieu et dit : « À présent, selon ta parole, Maître, tu peux congédier ton esclave dans la paix. Car mes yeux ont vu ta délivrance ; tu l’as préparée à la face de tous les peuples. Lumière de révélation destinée aux nations, lumière de la gloire d’Israël, ton peuple.

Commentaire :

Selon la Loi des Juifs toute femme mère d’un garçon premier-né devait se présenter au Temple le quarantième jour après la naissance de l’enfant pour accomplir le rite de sa purification, (2 : 1-7) sans quoi elle était dans un état d’impureté : non un état moral de péché, mais une situation d’interdit légal. Elle avait alors le choix entre offrir un agneau d’un an et un pigeon ou une tourterelle pour le double sacrifice ; si elle était pauvre, elle pouvait se contenter d’offrir deux pigeons ou deux tourterelles. La Loi ne prescrivait pas de présenter l’enfant au Temple, comme le font ici Joseph et Marie, mais elle exigeait son « rachat » en reconnaissant que tout garçon premier-né appartenait au Seigneur et devait lui être consacré (Ex. 13 : 2). À cette fin, il fallait le racheter au cours du mois qui suivait la naissance par le versement de cinq sicles d’argent. (Ex. 13 : 13 ; 34 : 20) L’évangéliste Luc insiste davantage dans son récit sur la présentation de Jésus : les parents veulent reconnaître l’appartenance de l’enfant au Seigneur et l’offrir pour sa mission. Jésus n’était né que depuis quarante jours et il était entièrement dépendant de la conduite et de l’engagement des siens comme chacun de nous lors de notre baptême. Joseph et Marie vinrent donc au Temple pour la purification de la mère et la présentation de l’enfant.

CLIMAT D ‘ ESPÉRANCE

On ne peut plus discret sur l’accomplissement des prescriptions légales, Luc concentre son récit sur l’intervention de Siméon et de la prophétesse Anne. Le premier est décrit comme un fidèle observateur de la Loi, en attente du salut et de la consolation d’Israël (Is. 40 : 1 ; 51 : 12 ; 66 : 2 ) On le reconnaissait comme un prophète, l’Esprit Saint reposait sur lui comme sur tous les grands de l’Ancien Testament ( 2 R. 2 : 15 ; Ez. , 2 : 2 ; Is. 41 : 1) Le vieillard était certain de voir le Messie avant que ses jours n’arrivent à terme. L’événement se produisit le jour même où les parents de Jésus présentèrent l’enfant au Temple.

Beaucoup de tendresse et non moins d’émotion caractérisent le geste de Siméon : il prend l’enfant dans ses bras et exprime sa reconnaissance. Luc, contrairement au « Bénédictus » de Zacharie (1 : 67 +), laisse l’impression d’avoir lui-même composé ce « Nunc dimittis ». Dans ce cantique chanté par les moines tous les soirs à Complies, le vieillard embrasse alors d’un seul regard tout l’œuvre de Dieu, sa préparation, la participation de tous au salut et le rôle de Jésus. D’où l’immense étonnement du père et de la mère de l’enfant auxquels le prophète apporte une lumière jusque là inconnue : Le Messie d’Israël sera également le salut des païens, l’espérance pour tous les hommes. Ce cantique, on le voit facilement, a été l’œuvre de l’écrivain sacré, après la résurrection du Christ.

Un nouvel oracle suit, destiné cette fois à Marie, la mère : pour les uns, Jésus sera occasion de chute et pour les autres, de relèvement. Deux prédictions du prophète Isaïe sont ici évoquées : « Il est la pierre d’achoppement, le rocher qui fait tomber » (8 : 14-15) et « Voici que je pose à Sion une pierre témoin, fondamentale » (28 : 16). L’apôtre Paul reprendra l’une et l’autre dans sa lettre aux Romains (9 : 32-33) et Pierre dans sa Première lettre (1 Pt. 2 : 6-8). Si le salut est offert à tous, chacun doit cependant préciser son option pour ou contre. Marie, mère de Jésus, ne pourra demeurer insensible à cette division : « Et toi-même, ajoute le vieillard, un glaive te transpercera l’âme », le glaive, symbole de la douleur dont son âme sera atteinte non par les souffrances de la Passion, mais le déchirement d’Israël face à Jésus et le refus du salut d’un peuple, son peuple, partagé entre la foi et l’incrédulité.

LUMIÈRE POUR ÉCLAIRER LES NATIONS

« Lumière de révélation destinée aux nations ». Qui portera ce flambeau dont parle Siméon ? Marie fait figure de premier plan. Elle reçoit du vieillard la révélation de la mission universelle de son fils et elle en est étonnée, car sa foi progresse et s’approfondit par étapes. Marie « ne comprenait rien… mais elle gardait toutes ces choses en son cœur pour les méditer. » (1 : 28, 34, 38 ; 2 : 19, 33, 50, 51) L’incrédulité des opposants au salut apporté par son fils l’atteindra en plein cœur, comme un glaive.

Mais même si la coutume a tendance à centrer cette célébration de la « Chandeleur » sur la Vierge Marie, l’évangéliste Luc, dans cet épisode de la présentation au Temple, veut avant tout présenter le mystère de Jésus. Au Temple, lieu traditionnel de la révélation divine, les prophètes Siméon et Anne proclament la mission divine de l’enfant. Ce salut, toutefois, ne s’imposera pas de force ; les uns l’accepteront, les autres le refuseront. Mais le dessein divin s’accomplira avec et non sans la collaboration des humains. Siméon et Anne ont eu leur part, mais davantage encore Joseph et Marie qui préludent à cette mission en assumant la fidélité de Jésus à Loi à laquelle ils le soumettent, et à la nouveauté de sa mission.

Qui, aujourd’hui, veut prendre la relève ?

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