Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Les premiers Cumans

Après que Jean Baptiste eut été livré, Jésus se rendit en Galilée. Il y proclamait en ces termes la Bonne Nouvelle venue de Dieu : « Les temps sont accomplis, le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » Comme il longeait la mer de Galilée, il aperçut Simon et André son frère, qui jetaient l’épervier dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez à ma suite et je ferrai de vous des pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent. Avançant un peu, Jésus aperçut Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, eux aussi dans leur barque en train d’arranger leurs filets ; aussitôt il les appela. Laissant leur père Zébédée dans la barque avec ses hommes à gages, ils partirent à sa suite.

Commentaire :

L’évangéliste Marc ouvre son évangile, proclamation de la Bonne Nouvelle, avec une certaine solennité par le rappel des toutes premières paroles de Jésus. L’expression « Bonne Nouvelle «, Évangile, est utilisé deux fois en deux versets. Ce terme devrait nous apparaître comme le mot-clé du prologue de »Marc. Qu’est-ce que l’Évangile ? Pour Marc, qui emploie le mot une trentaine de fois alors que Matthieu l’utilise trois fois et Luc jamais, l’Évangile devient presque la personne de Jésus : « A cause de moi et de l’Évangile. » ( 8 : 35 ; 10 : 29) Il semble donc vraisemblable que Marc soit responsable de l’introduction du terme dans la tradition évangélique. Le terme désigne une Bonne Nouvelle, l’annonce d’un message de bonheur, plus encore, une réalité en devenir, la puissance de Dieu en acte pour le salut de l’humanité, selon la pensée de Paul (Rom.1 :15). Si l’on pousse plus avant la recherche, Évangile signifie victoire, délivrance. (1 S. 31 ; 2 S.1 : 4; 1 R. 1) Mais c’est au Livre de la Consolation d’Israël (Is. 40-55) que le terme prend tout son sens : libération et retour de l’exil. « Qu’ils sont beaux sur les monts les pieds du porteur de bonnes nouvelles, qui annonce la Paix, le bonheur, le salut, qui dit à Sion : « Ton Dieu règne. » (Is. 52 : 7) Pour Marc, l’Évangile constitue le prélude d’un règne, et ce règne c’est Jésus. La puissance du ressuscité se manifeste déjà sur terre dans ses paroles et ses actes. Et la réponse de l’homme ne peut être que la conversion, c’est à dire, croire à l’Évangile, accueillir et s’engager au service de Jésus et de la Bonne Nouvelle.

Dans l’épisode de ce dimanche, Marc relate donc l’inauguration de la mission de Jésus, le début de sa prédication et l’appel des disciples. L’action se passe le long de la mer de Galilée, lac de Tibériade, frontière du monde juif et du monde païen. La mer était considérée comme symbole des forces du mal qu’il importe de vaincre. Ce début d’une importance indiscutable, précède le récit de l’appel de quatre disciples : Pierre et André, Jacques et Jean. Faisons bien attention de ne pas considérer ce récit comme un fait divers, sans trop d’importance. Nous avons ici comme deux récits : vocation de Pierre et André et vocation de Jacques et Jean. L’un et l’autre récit sont toutefois étroitement soudés. On a l’impression qu’ils n’ont pas été écrits indépendamment l’un de l’autre, mais qu’ils se complètent. Les quatre disciples exerçaient le métier de pêcheur et le récit donne un tableau complet de la profession. Filets, barque, père, métier, famille, voilà tout ce qu’ils vont devoir laisser pour répondre à l’appel de Jésus et « devenir pêcheurs d’hommes. »

La vocation comporte donc avant tout l’initiative de Jésus, son autorité souveraine et l’efficacité de sa parole. Ce ne sont pas les disciples qui se mettent à la recherche d’un gourou ou d’un maître à penser, mais Jésus qui prend l’initiative. Suit la réponse de l’appelé, rupture totale avec la situation antérieure, et finalement la mission que Jésus va lui confier. Une question demeure : comment abandonner brutalement une profession, un état de vie pour se mettre à la suite d’un inconnu. Légèreté d’esprit, quête d’aventures ? Le récit fait le point sur des réalités précises : les disciples ont suivi Jésus comme les élèves entouraient le rabbin. Mais il y avait ici plus qu’un rabbin, en raison de l’autorité avec laquelle enseignait Jésus. Personnage charismatique s’il en fut, capable de séduire, d’attirer, de fasciner et d’inspirer un attachement inconditionnel. Les disciples ne se sont point liés à un docteur de la Loi, mais à Jésus par un engagement total.

Lorsque Marc donne cet enseignement, les circonstances ont changé. Être disciple ne consiste plus à accompagner Jésus sur les routes de Palestine, mais faire partie de cette vaste communauté de croyants à travers le monde. Cet appel lancé aux quatre disciples devient l’appel lancé à tous. Le récit de la vocation de Lévi, publicain reconnu comme pécheur, manifeste bien le désir de Jésus de sortir du milieu juif pour aller vers les païens. Sans cesse Jésus va entraîner son petit groupe hors des frontières de l’autre côté de la mer de Galilée. (1 : 38; 4 : 35 ; 7 : 34) Être disciple de Jésus c’est aller aussi vers les païens. Comme Dominique dont le cœur était constamment épris d’aller vers les Cumans. Mais encore les disciples devront-il suivre Jésus jusqu’au terme de la mission, sa mort.

La place de ce récit au début de l’évangile témoigne de l’impossibilité pour Marc de concevoir Jésus seul. Telle sera la toute première activité du MaÎtre : s’entourer de disciples. Il ne veut rien faire sans eux. Ils seront les continuateurs de son œuvre à condition d’être les témoins de son action. La Galilée sera désormais la terre entière, et les quatre disciples, l’immense communauté de ceux et celles qui veulent suivre Jésus à la conquête des Cumans.

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