Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

5e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Prélude à la mission

Aussitôt, sortant de la synagogue, Jésus alla dans la maison de Simon et d’André, avec Jacques et Jean. Or la belle-mère de Simon était au lit avec la fièvre. Aussitôt on lui parle d’elle. S’approchant, Jésus la prit par la main et la fit se lever. Et la fièvre la quitta, et elle les servait. Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades et les possédés, la ville entière était rassemblée devant la porte. Jésus guérit nombre de malades affligés de divers maux et il chassa beaucoup de démons qu’il empêchait de parler parce qu’ils savaient qui il était. Le matin, bien avant le jour, Jésus se leva, sortit et s’en alla dans un lieu solitaire, et là il priait. Simon partit à sa poursuite avec ses compagnons. L’ayant trouvé, ils lui disent : « Tout le monde te cherche. » Jésus leur répond : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti. » Et il s’en alla à travers toute la Galilée, prêchant dans leurs synagogues et chassant les démons.

Commentaire :

L’évangile de Marc veut nous présenter la personnalité de Jésus ; le chapitre premier nous permet de voir vivre un homme appelé Jésus. Tout dans l’évangile est centré sur lui, paroles, faits et gestes. Voilà bien l’essence du christianisme : le Christ. Il n’est pas question d’idées, de concepts, mais d’un homme, vivant comme nous, avec nous et au milieu de nous, qu’il nous est loisible de regarder, d’écouter et de contempler. Jésus est venu non point démontrer, mais montrer ce que doit et peut être la vie à sa suite. Il a vécu avec nous et donné sa vie pour que tout dans sa vie nous parle. Il est venu guérir nos corps, sans doute, mais davantage nos cœurs. Jésus ne se dérobe point à la misère physique, comme s’il n’était venu que pour sauver les âmes ; sa compassion s’étend aussi à toutes les misères humaines : « Tout le monde te cherche ». Pour apporter à la maladie la délivrance nécessaire, Jésus prend les devants : « Partons ailleurs, dans les villages voisins »… Et cet « ailleurs » semble déjà défini par le premier récit concernant la belle-mère de Simon.

MISSION AUX FRONTIÈRES

« Belle-mère », qu’est-ce à dire ? Et pourquoi l’évangéliste Marc a-t-il retenu au début de son évangile cette guérison d’une belle-mère, celle de Simon-Pierre ? Que Jésus ait guéri un de ses frères, c’est-à-dire un cousin, une cousine ou qu’il ait guéri la mère ou le père de Simon, nul ne se serait posé de question; mais la guérison de la belle-mère ? Faut-il regarder ce miracle comme un fait historique indiscutable ? Qui le terme « belle-mère » identifie-il ? La seconde femme du père de Simon-Pierre, ou, dans un contexte matrimonial, la mère de l’épouse de Simon ? Si l’apôtre était marié, sa femme serait-elle décédée ; vivante, ne se serait-elle pas empressée d’accueillir ses hôtes. Autre point : le fait que Pierre habite avec son frère n’a rien d’insolite ; des frères célibataires demeurant sous un même toit, que le frère fut marié ou veuf, était chose normale dans la société juive du temps. Il demeure que cette mise en situation du récit évangélique laisse perplexe et plein de questionnements, quelque secondaires qu’il apparaissent. Dans la pensée de Marc, Jésus tient-il à faire la preuve que les relations humaines, allant du pire au meilleur, ne peuvent interférer dans sa mission ? Pas de frontières à l’amour de Jésus, surtout lors que le pardon est au programme.

LE PARDON

« La fièvre la quitta », expression forte, plus encore que nous ne saurions croire. La fièvre constituait chez les Israélites comme un châtiment divin pour qui n’observait pas les commandements : « Si vous ne mettez pas en pratique tous ces commandements, j’enverrai sur vous la terreur, la consomption et la fièvre qui font languir les yeux et défaillir l’âme » (Lv. 26 : 14-16) La fièvre comptait parmi les fléaux dont Dieu possédait la maîtrise au même titre que la mort : « Devant Yahvé marche la mortalité, et la fièvre brûlante est sur ses pas. » (Ha.3 : 5)

Mais l’important, c’est le signe que prépare cette guérison et la suite du texte : la rémission des péchés. La croyance intime de ces populations juives était vraiment d’associer maladie et péché. (Is.26 + 29) L’une et l’autre vont de pair ( Pr.2 : 16-19 ; 5 : 1-5; 7 : 24-27 ; Mc. 2 : 3-5, 15-17) Un lien étroit subsistait entre la santé et la sainteté ( Ex. 20 : 12 ; Pr. 3 : 7-8). Si l’origine de la maladie était attribuée à Yahvé (Jb.19 : 20-21), c’est de lui aussi que viendra le remède (Jb. 5 : 18 ; Is. 19 : 22). En guérissant nombre de malades, Jésus annonce l’ampleur du pardon qu’il vient accorder aux humains.

SANS MESURE

« C’est pour cela que je suis sorti ». On s’était mis à la recherche de Jésus. Sa réaction suit la prière, mais précède aussi la prédication, l’annonce la Bonne Nouvelle aux pauvres. En Jésus, modèle de notre existence apostolique, la prière prépare la prédication, voire même la ressource. Il ne craint pas de déserter les foules comme c’est ici le cas, de s’éclipser pour aller prier. C’est le ressort secret de son inlassable démarche à la poursuite des brebis perdues. La prière constitue l’assurance de Jésus contre lui-même pour s’assurer la continuité et lutter contre l’épuisement du temps. La prière lui permet de garder le cap, sans quoi il y aurait risque certain que l’entreprise apostolique, la plus louable tourne au bien être, à la gloire de celui qui annonce la Bonne Nouvelle. Évoquons ici les tentations de Jésus au désert ( Mat.4 ). Il est tellement facile de détourner l’intention ou de la corrompre même en ce domaine apostolique. Des organisations charitables deviennent souvent plus organisées que charitables. On détourne souvent la générosité à des fins partisanes. Loin de la prière, la parole risque de devenir bavardage, discours. Le grand mal de notre monde : une communication sans véritable communication. La Bonne Nouvelle nécessite incontestablement une immersion totale dans la prière, un rapprochement de Dieu. « Au commencement la Parole était avec Dieu » (Jn.1 : 1)

La prière, prélude de toute mission aux frontières de quelque genre que ce soit.

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