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Psaume 110 : Le plus populaire des psaumes

Imprimer Par Michel Gourgues, o.p.

Le plus populaire des psaumes! Peut-être pas dans la sensibilité chrétienne. Mais certainement dans le Nouveau Testament, où le premier verset est le plus souvent cité de tous les textes de l’Ancien Testament. Même chose dans la liturgie, où le psaume ouvre l’Office de Vêpres à tous les dimanches et lors des grandes fêtes.

«Le vrai grand psaume principal de notre bien-aimé Seigneur Jésus Christ», disait Luther.

Lecture du psaume

Le psaume 110 comprend deux parties (versets 1-3 et 4-7) structurées de la même manière. Les versets 1 et 4 inaugurent chacune des parties en rapportant un oracle divin adressé au roi d’Israël:

Le Seigneur a dit à mon Seigneur : «Siège à ma droite» (v. 1)

Le Seigneur l’a juré sans retour : «Tu es prêtre à jamais» (v. 4)

Ces versets sont suivis tous les deux d’un commentaire de cet oracle (versets 2-3 et versets 5-7) également adressé au roi par le psalmiste.

Psaume royal, certains y voient plus exactement un psaume d’intronisation faisant référence aux diverses étapes du cérémonial: le roi prend place sur son trône (verset 1), il reçoit le sceptre (verset 2a) en même temps que l’assurance de l’adoption divine (verset 3) et la promesse de la victoire sur ses ennemis (versets 2b, 5-7). Voyons de plus près.

a) Siège à ma droite (verset 1a)

Des représentations de l’Égypte ancienne montrent le Pharaon assis à la droite de la divinité, souvent le dieu Horus, dont on croyait qu’à partir du jour de son intronisation il partageait la condition transcendante. Cette vision était évidemment inassimilable comme telle par la foi monothéiste d’Israël. Peut-être alors faut-il comprendre que le roi était intronisé dans le palais royal, situé à la droite, c’est-à-dire au sud du Temple, où Yahvé avait son trône. Ainsi assis à la droite de Dieu, le roi devenait en quelque sorte le lieutenant terrestre de ce dernier, exerçant le pouvoir en son nom et sous sa protection.

b) …jusqu’à ce que j’aie fait de tes ennemis l’escabeau de tes pieds (verset 2a).

L’escabeau, fixé au trône pour que le roi y pose ses pieds, constituait un des emblèmes du pouvoir royal. Un bon nombre de bas-reliefs égyptiens et mésopotamiens représentent l’image des ennemis du royaume sculptée sur l’escabeau. Y poser les pieds devenait un symbole de victoire et de domination.

c) Prince au jour de ta naissance, de mon sein dès l’aurore engendré (verset 3).

C’est ainsi que traduit la version liturgique. Mais le texte hébreu n’est pas clair et l’interprétation exacte est impossible à déterminer. Peut-être faut-il rapprocher ce passage du verset 7 du psaume 2, selon lequel le roi était en quelque sorte engendré par Dieu au jour de son couronnement. Ce qui explique que, primitivement, le titre «fils de Dieu» ait été réservé au roi (voir 2 Samuel 7, 14) pour exprimer, non pas l’idée de la divinité, mais celle d’une proximité et d’une relation privilégiée par rapport à Dieu.

d) Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech (verset 4).

En principe, la royauté et le sacerdoce étaient en Israël des fonctions distinctes. Mais on gardait le souvenir du passé lointain où, dans l’antique Jérusalem, au temps d’Abraham (v. Gn 14), Melchisédech avait exercé les deux rôles à la fois. David lui-même, à l’occasion, avait rempli des fonctions normalement réservées aux prêtres (voir par exemple 2 Samuel 6). Et, dans certains milieux juifs, comme à Qumran, on attendait pour l’avenir deux Messies, l’un qui serait roi comme David, l’autre qui serait prêtre comme Aaron.

Relecture chrétienne du psaume

Dieu a ressuscité Jésus et il l’a fait asseoir à sa droite : telle a dû être l’une des proclamations les plus anciennes de la foi chrétienne.

On en a un indice dans le fait que plusieurs auteurs du Nouveau Testament, indépendamment l’un de l’autre, appliquent au Christ ressuscité le verset 1 du psaume 110, sans éprouver le besoin de s’expliquer. Comme s’il s’agissait d’une chose bien connue des communautés auxquelles ils s’adressent. Cela se retrouve en effet d’un bout à l’autre du Nouveau Testament, sauf dans les écrits johanniques. Pour les évangiles synoptiques, on peut aligner Mc 12,36; 14,62 et les parallèles; dans les Actes, les deux discours de Pierre en 2, 34 puis en 5,31, ainsi que celui d’Étienne en 7,55; chez saint Paul: Rm 8,34; Col 3,1; Ep 1,20; dans l’épître aux Hébreux: 1,3.13; 8,1; 10,12; 12,1; dans la première épître de Pierre 3,22. Une véritable profusion.

Comment expliquer cette faveur exceptionnelle du psaume? Plusieurs facteurs ont dû jouer, parmi lesquels un souvenir, une découverte et une espérance.

a) Un souvenir

Après Pâques, les premiers chrétiens se rappelèrent que, Jésus lui-même avait fait référence au verset 1 du psaume 110, lors d’une discussion avec des scribes (Mc 12,36) ou des pharisiens (Mt 22,41) au sujet du Messie. Ce passage laisse supposer qu’au temps de Jésus, ce verset était appliqué au Messie, même si nous n’avons pas d’autres attestations en ce sens dans les écrits juifs antérieurs au christianisme. Si tel était le cas, le verset psalmique devenait un argument scripturaire important pour convaincre les juifs de la qualité messianique de Jésus.

b) Une découverte

De son vivant, Jésus n’avait pu que décevoir l’attente d’un Messie conçu comme un roi puissant, descendant de David: Et nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël (Lc 24,21). Mais, après la résurrection, lorsque leurs yeux s’ouvrirent, les disciples découvrirent dans l’émerveillement que Dieu avait fait bien plus grand encore que ce à quoi ils s’attendaient. Ils attendaient un roi comme David qui régnerait pendant un temps et sur un peuple seulement. Ils découvraient que Jésus ressuscité avait part désormais à la seigneurie de Dieu, que c’était lui le Seigneur dont parlait le psaume 110,1, Seigneur de tous les humains de tous les temps. À travers l’exaltation du Christ, se réalisait l’oracle du psaume: Le Seigneur (Dieu) a dit à mon Seigneur (le Christ) : Siège à ma droite.

c) Une espérance

Dans tous les passages du Nouveau Testament, c’est toujours à la première partie du verset 1 qu’il est fait référence, sauf en 1 Co 15,25. Là, saint Paul utilise la deuxième partie, celle où il est question de l’escabeau et des ennemis vaincus. Déjà, dit-il, le Christ a remporté la victoire; par sa mort et sa résurrection; le mal et la mort ont été vaincus. Mais nous, les humains, nous avons toujours à nous débattre contre ces ennemis comme avec des puissances en sursis. Un jour, dit-il, il n’y aura plus de mort, le dernier ennemi aura été vaincu. Alors, le Christ pourra remettre la royauté à son Père.

À partir de l’Apôtre, le psaume 110 devint le psaume de la résurrection et de l’exaltation du Christ Seigneur. Ce qui explique qu’il soit sans cesse repris dans la liturgie du premier jour de la semaine. Approfondissant le mystère du Christ sous l’angle particulier du sacerdoce, l’épître aux Hébreux ira plus loin et appliquera le verset 4 au Christ ressuscité, faisant de lui le Grand Prêtre qu’il nous fallait, toujours vivant pour intercéder en notre faveur.

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