Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

6e Dimanche de Pâques. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Aller-retour

Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet (Défenseur) pour être avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut recevoir parce qu’il ne le voit ni ne le connaît. Vous, vous le connaissez parce qu’il demeure avec vous et qu’il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins. Je reviendrai vers vous. Sous peu le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez parce que je vis et que vous vivrez. Ce jour-là, vous comprendrez que je suis en mon Père, vous en moi et moi en vous. Celui qui a commandements et qui les garde, voilà celui qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai et me manifesterai à lui.

Commentaire :

Extrait du premier discours d’adieu (13 : 12 – 14 : 31) , ce dialogue entre Jésus et ses disciples appartient à la dernière partie d’un développement en cinq points que le père Charlier (Bible et Vie chrétienne 2. 1953) intitulait : Présence dans l’absence. Nous n’avons certes pas ici un reportage sténographique des dernières paroles de Jésus, mais le résultat d’une réflexion profonde et prolongée que l’évangéliste Jean fait de paroles entendues durant la dernière Cène, dernier entretien du Maître. La promesse de Jésus aux siens suscitera notre confiance et notre adhésion entière à ces propos de Jean : J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez les porter maintenant. L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. (14 : 25 et 16 : 12) Une fois encore, l’expérience vécue des premières communautés chrétiennes a mené Jean à mieux comprendre le sens de la présence de Jésus, du Père et de l’Esprit, ce dont il nous entretient en ces versets (15-21). Ce passage annonce une triple venue : celle de l’Esprit (15-17), celle de Jésus (18-20) et sa venue avec le Père (21-24), triple manifestation exclusive aux disciples, car le monde en sera exclu (17 : 19-22).

LE MONDE

Mais qui est ce monde ? Dieu a envoyé son fils pour que le monde soit sauvé par lui ( 1 : 29; 4 : 42; 6 : 33; 12 : 47) ; mais le monde, c’est à dire l’ensemble des hommes qui rejettent le salut et le Sauveur, n’accepte pas Jésus et son message, ne croit pas en lui (16 : 9, 8 : 23+), ne l’aime pas (14 : 22+) et le haït (15 :18), ce monde est irréductiblement séparé de Dieu. L’incroyant peut être sauvé mais à condition de renoncer à son appartenance à ce monde d’opposition et d’opérer un changement fondamental d’orientation. Le monde d’opposition reste foncièrement incapable de recevoir l’Esprit ; par suite de son manque de foi, son intelligence il ne parvient pas à discerner et à saisir le mystère de Jésus.

CE JOUR-LÀ (18-20)

Si la mort a définitivement séparé Jésus du monde qui l’a rejeté et s’est condamné de ce fait, pour les disciples, la promesse demeure : Sous peu le monde ne me verra plus, mais vous vous me verrez vivant. Cette promesse deviendra réalité dans la soirée pascale (20 : 20 et 25). Elle comporte tellement plus qu’une vision, mais une expérience et prise de conscience de l’unité de vie entre Jésus et son Père, ce à quoi les disciples sont eux-mêmes promis : Vous me verrez vivant et vous vivrez . Jésus avait promis de ne pas les laisser orphelins, leur laissant entrevoir une présence qui se poursuivrait bien au-delà des apparitions du Ressuscité : Ce jour-là, vous comprendrez que je suis en mon Père, vous en moi et moi en vous. (20) Pareille réflexion ne peut qu’évoquer le ravissement de l’auteur de la première épître lorsqu’il écrit : Voyez quel grand amour nous a donné le Père, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – car nous le sommes. Bien aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu et ce que nous serons alors n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation, nous lui serons semblables parce que nous Le verrons tel qu’Il est. (1 Jn. 3 :1-2)

L’AMOUR (15-17 et 21)

Aucune relation avec Dieu ou en Dieu Père, que ce soit en Esprit et par Jésus, ne peut être possible sans l’amour, même commandé. L’expression peut prêter à confusion : Si vous m’aimez vous garderez mes commandements. Celui qui a mes commandements et qui les garde, voila celui qui m’aime et celui qui m’aime sera aimé de mon Père . De quels commandements Jésus parle-t-il alors qu’il n’en avait prescrit qu’un seul : Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous aimés (13-34) et quelques instants après : Mon commandement, c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je commande. (15 : 12-13) Aimer, telle est le commandement à observer et la condition de la manifestation du Père et de l’Esprit de Vérité que le Père enverra. L’Esprit sera avec les disciples à cause de leur amour non seulement futur (16), mais l’amour par lequel ils se sont attachés à Jésus (17b). Promesse de présence intime et souverainement efficace, l’Esprit sera communiqué par le Père à la demande de Jésus.

LE PARACLET

Cet Esprit aura comme fonction d’approfondir la foi des disciples (14 : 26 et 16 : 12-15) : soutenir leur témoignage contre les attaques du monde (15 : 26+) et confondre le péché du monde qui a refusé Jésus (16 : 7-11). Il permettra aux disciples d’accepter et de comprendre la vérité de Jésus, son mystère, sa vie et ses gestes. Il éclairera les situations conflictuelles avec lesquelles le disciple pourra être confronté. C’est pourquoi on lui donne le nom de Paraclet, c’est à dire Défenseur, soutien. Pour l’Église, en ses débuts, l’esprit de Vérité a donc été saisi de la révélation apportée par Jésus et assistance.

CONCLUSION

Le passage de Jean décrit un aller-retour rempli de promesses et d’espérance, non moins qu’une expérience à nulle autre pareille de la vie trinitaire en nous. L’apôtre en parlera avec plus d’abondance dans le chapitre suivant (15) en ses innombrables emplois de la proposition en. Certains auteurs ont parlé de cette expérience de vie divine en nous comme d’une circuminsession, mot susceptible d’évoquer la circulation sanguine qui va et vient du cour au coeur. Quel aller-retour mystique offert à chacun de nous !

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