Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

5e Dimanche de Pâques. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Méditation pascale

Que votre cour cesse de se troubler ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père, sinon, je vous l’aurais dit : je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé vous préparer une place, je reviendrai vous prendre avec moi, afin que là où je suis, vous soyez vous aussi. Et du lieu où je vais, vous connaissez le chemin. Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment en connaîtrions-nous le chemin ? Jésus lui dit : Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne va au Père que par moi. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez et vous l’avez vu. Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. – Voilà si longtemps que suis avec vous, lui dit Jésus, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : Montre-nous le Père. Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi accomplit les ouvres. Croyez-m’en ! Je suis dans le Père et le Père est en moi. Du moins, croyez-le à cause des ouvres. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les ouvres que je fais. Il en fera même de plus grandes parce que je vais au Père. Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai pour que le Père soit glorifié dans le fils. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements.

Commentaire :

Lorsque Jésus était sur la terre, les foules accouraient pour entendre ses paroles, être guéries de leurs infirmités et témoins de ses miracles. Maintenant qu’il est ressuscité, qui peut-il être pour les premiers convertis de l’Église de la résurrection, la communauté johannique. L’inquiétude et le trouble sont réactions normales à l’absence. C’est dans cet esprit qu’il faut replacer et lire cet extrait du discours après la cène que la liturgie nous offre en ce cinquième dimanche de Pâques ? Que votre cour cesse de se troubler ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ! disait Jésus aux siens la veille de sa mort, paroles que Jean reprend pour stimuler l’ardeur de ses troupes, ses premiers chrétiens, après la résurrection. Sous forme de dialogue entre Jésus et les siens, Jean offre ici l’essentiel de la pensée et de l’enseignement du Maître, une méditation sur ce que doit demeurer le Ressuscité même en son absence : la voie, le chemin, l’accès au Père. Je suis le chemin, la vérité et la vie.

DEMEURE

Une image intervient ici dans le message de l’apôtre : la demeure. Le symbole est de vieille souche et de la plus pure tradition juive. (Ex. 15 :13 et 17; Lv. 26 :11; Dt. 26 :15. etc. ) David, dans l’exaltation de sa piété, s’était juré de construire au Seigneur une demeure digne de lui. Il vaut la peine de relire ce passage (2 S. 7 :1+) ainsi que la description du Temple de Salomon. (1R.5 : 15+) Ce passage de Jean nous éloigne singulièrement de la Tente du désert ou de la splendide construction de Jérusalem devant laquelle Jésus lui-même s’extasiait (Mc 13; 1. Lc. 21:5-7), il fait une révélation de tout autre ordre. Cette image johannique de la demeure fut fréquemment utilisée au cours de l’histoire dans les écrits des Pères de l’église : Irénée, Origène, etc.

Dans le quatrième évangile, la Demeure devient la révélation d’une nouvelle forme d’habitation plus intime du Seigneur Dieu ressuscité dans sa création. L’homme passe, mais Dieu demeure, et Dieu veut faire de chacun de nous sa propre demeure : Comme le Père est en moi et moi dans le Père, ainsi vous en moi si vous demeurez dans mon amour. (14 :10-11; 15 :10 et 1 Jn., 4 :12,16) Si l’amour conditionne cette présence, la foi nous établit en cette demeure. Jésus reviendra nous prendre pour partager cette demeure qu’il est allé nous préparer. Je reviendrai vous prendre avec moi. Il ne s’agit point ici de la fin des temps, mais bien d’une union pour le temps présent, une façon de prendre part à la vie trinitaire. Ainsi se réalise la promesse faite à qui vit authentiquement sa vie à la suite du Christ : Et nous ferons chez lui notre demeure. (14 :23) Le Christ ressuscité vit présentement avec nous comme cela ne pouvait être possible antérieurement. Il vaut la peine de relire quelques passages de la Lettre aux Hébreux : 10 :11-13 et 13 :19-21.

CHEMIN, VÉRITÉ, VIE

Une question de Thomas va amener Jésus à expliciter davantage sa pensée. : Je suis . Nous allons à l’extrême de l’expérience de Moise au buisson de l’Horeb (Ex.3) : Dieu n’est pas simplement celui qui est et dont nous ne pouvons qu’admirer les réalisations, il est le Chemin, la Vérité et la Vie, et l’apôtre d’ajouter : Nul ne va au père que par moi. Ces comparaisons utilisées par Jean sont lourdes de sens. L’un après l’autre, les termes nous permettent de progresser dans la révélation et la compréhension de cette demeure de Dieu en nous.

Au début, le passage faisait allusion au voyage vers le Père. La question de Thomas permet de préciser que l’itinéraire de ce périple n’est pas spatial ou dans un sens vertical, mais une intériorisation mystique, une rencontre personnelle, une communion avec le Père dont le Christ est la voie. Notre demeure ici-bas deviendra synonyme du ciel si nous nous convertissons en nous laissant transformer par le Christ. Il s’avère assez révélateur que les premiers chrétiens dans les Actes étaient identifiés comme les Adeptes de la voie (Ac.9.2; 19 :23; 22 :4.)

Et Jean d’ajouter au Christ – Chemin, il est la Vérité : vérité que l’on écoute et non que l’on voit. (Jn.1 :18; 8 :40). Celui qui écoute la Parole de Jésus a la vie éternelle (Jn.5 :24). Ainsi parole et vérité sont en Jean des termes interchangeables (17 :17). Et la Vie suivra, éternelle, déjà commencée, et non plus sujette à la mort. (10 :28; 11 :25-26) L’expérience de la résurrection du Christ a fait naître au coeur des premiers disciples le désir de ne pas mourir. Jean portait à l’extrême l’intuition des sages pour qui la loi était déjà regardée comme une chemin de vie (Pr. 6 :23, Si.24 :25)

PÈRE

L’expression se retrouve 118 fois dans l’évangile de Jean. Jésus est venu nous faire la révélation du Père, son Père et notre Père (20 : 17) A la question quelque peu saugrenue de Philippe, Jésus répond de façon à la fois indignée mais non moins condescendante : Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne me connais pas ? Qui m’a vu a vu le Père. Dès maintenant vous le connaissez et vous l’avez vu. Pour Jésus, il va de soi qu’il ne faut pas se contenter de voir, il importe surtout de croire en sa parole : Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Quand l’homme se laisse saisir par tout ce que Jésus peut avoir dit, il commence à voir, il entre en communion avec le Père dont Jésus redit les propos. Telles les véritables oeuvres accomplies par le Christ (11).

CONCLUSION

Merveilleux discours pour notre temps où il s’avère tellement difficile de dire Dieu, de croire en Lui et de le sentir ! Cette méditation s’adresse à tous ceux et celles qui veulent rencontrer Dieu de façon personnelle et en pousser l’expérience au-delà des miracles et faveurs dont ils peuvent alimenter leur foi, leur espérance et leur amour. Si L’enfer c’est les autres, écrivait Sartre, le ciel est en nous, adeptes de la Voie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois