Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

2e Dimanche du Carême. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Soleil d’un jour

Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les emmène à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent éblouissants comme la lumière. Et voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors, prenant la parole, dit à Jésus : Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ; si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les prit sous son ombre, et de la nuée une voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur, écoutez-le. À cette voix, les disciples tombèrent la face contre terre tout effrayés. Mais Jésus, s’approchant, les toucha et leur dit : Relevez-vous, et n’ayez pas peur. Et eux, levant les yeux, ne virent plus personne que lui, Jésus, seul.

Commentaire :

SUR LA MONTAGNE

Dans la Bible, la montagne définit le lieu réservé à la révélation de Dieu et à son culte. Sur le mont Moryia, Abraham est invité à sacrifier son fils ; au Sinaï, Moïse reçoit les tables de la Loi. Jésus se retire souvent dans la montagne pour prier, et c’est sur la montagne qu’il prononce le Sermon des béatitudes. Le récit de la Transfiguration et la révélation du Père, Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me complais. Écoutez-le s’accroche on ne peut mieux au récit des tentations dans le désert et la remise en question de la Parole de Dieu. Jésus conduit trois de ses disciples sur la montagne, ses trois intimes, pour y entendre avec eux une parole de son Père, décisive pour eux et pour lui, révélation d’un caractère intimiste, entendue au terme d’une transfiguration.

Quels peuvent être la réalité et le sens de cet événement extraordinaire ? Pour le comprendre, l’expérience de la prière est d’une importance essentielle. Un effort réel et prolongé de prière nous a sans doute renouvelés : transformation intérieure, grande paix, sécurité d’être en Dieu, occasion même d’un changement physique : le rythme cardiaque s’apaise, le traits se détendent et la joie envahit toute la personne. Nous devenons alors conscients que nous sommes vraiment plus que nous ne nous le figurons. En priant, Jésus a pris lui-même conscience de ce qu’il était et son corps l’a exprimé on ne peut davantage La clarté qu’il reflète et la blancheur de ses vêtements exprime une irradiation intérieure, un état d’âme. C’est un peu cette expérience dont Jean parle quand il écrit : Nous avons vu sa gloire.

L’évangile de ce deuxième dimanche du Carême nous raconte un très haut moment d’intériorité entre Jésus et son Père pour nous y associer. Par la prière et le silence, il nous est possible de participer aux confidences de Dieu accordées à ses intimes, nous entrons avec Lui dans un mystérieux dialogue. Si les autres ne reconnaissent jamais ou si peu que pas notre valeur, l’intimité avec Dieu, dans la prière, suppléera à ces vaines attentes. Le soutien venant soit des hommes, soit du succès, de l’affection ou du pouvoir est illusoire ; et si nous en faisions l’expérience, ce ne serait que pour un temps d’une durée éphémère. Jésus invite ses disciples à entrer avec lui dans la nuée, la splendeur de sa résurrection, et à se laisser envelopper et transfigurer par la parole du Père saisie dans la prière, un temps qui nous permet de percevoir un peu ce qu’il y a en nous de meilleur.

DANS LA PLAINE

Pour cette raison, les disciples auraient préféré demeurer dans la montagne : Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ; si tu le veux, je vais dresser trois tentes… (4) La proposition de Pierre ne manque pas de saveur : Il ne savait ce qu’il disait (Lc9 : 33) incapable qu’il était de saisir le mystère et sa portée. Si difficile qu’il soit de rencontrer Dieu dans la montagne, il le sera bien davantage encore dans la plaine. Pourtant, il est là et nous y donne rendez-vous : Jésus redescendit avec ses disciples. Il veut vivre avec nous notre histoire d’homme, notre vie de plein monde : Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. Dieu ne s’absente jamais de cette histoire : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin de temps. (Mat. 28 : 20) Il nous est souvent difficile de reconnaître sa présence, cantonnés que nous sommes dans une présence réduite à la messe et les sacrements. Assurément, ce sont là des temps forts, mais ils n’excluent nullement la présence divine dans l’événement, le temps pauvre, le monde actuel, le quotidien.

Cet événement de la Transfiguration est situé au cœur de la catéchèse de Matthieu, entre une première et une deuxième annonce de la Passion (16 : 21-23 et 17 : 22-23), et elle est complétée par une énumération des conditions pour suivre Jésus : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive… (16 : 24-28) Au pied de la montagne, dans la plaine, Jésus avait retrouvé son aspect ordinaire. Il retrouvait avec ses disciples la vie simple, parfois obscure et bientôt mêlée de peines et de souffrances auxquelles s’objectent les siens. (16 : 22) Pour le disciple, Dieu sera toujours le Dieu caché, objet de scandale et folie pour un grand nombre (1 Co.1 : 23)

Notre secours en ces temps d’épreuve demeurera l’expérience, si passagère soit-elle, d’un moment de Transfiguration avec le Christ dans la prière, et non moins cette capacité de raviver une particulière certitude de foi : Le Christ, notre Sauveur n’a pas quitté ce monde qu’il a racheté affirmait Jean XXIII (14 nov. 1960), Dieu est présent dans nos vies tous les jours du monde.

Le Christ, soleil d’un jour pour tous les jours !

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