Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

17e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Abba ! Père !

Un jour, quelque part, Jésus priait. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : «Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. » Jésus leur dit : «Quand vous priez, dites : Père, que ton Nom soit sanctifié ; que ton Règne arrive ; donne-nous chaque jour notre pain quotidien ; remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit ; et ne nous soumets pas à la tentation. » Il leur dit encore : «Si l’un de vous, ayant un ami, s’en va le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : Mon ami, prête-moi trois pains, parce qu’un de mes amis m’est arrivé de voyage et je n’ai rien à lui offrir, et, que de l’intérieur, l’autre lui réponde : Ne m’ennuie pas, la porte est fermée maintenant, mes enfants et moi sommes au lit. Je vous le dis, même s’il ne se lève pas pour les lui donner en qualité d’ami, il se lèvera du moins à cause de son impudence et lui donnera tout ce dont il besoin. Eh bien ! moi, je vous le dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. Quel est d’entre vous le père auquel son fils demande du pain et qui lui remettra une pierre ? Ou s’il demande un poisson, à la place du poisson, lui remettra-t-il un serpent ? Ou encore s’il demande un ouf, lui remettra-t-il un scorpion ? Si donc, vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! »

Commentaire :

Le légiste avait demandé à Jésus : Que dois-je faire pour avoir la Vie éternelle?» (Lc 10:25-28) «Qu’y a-t-il d’écrit dans la Loi ?» avait demandé Jésus. Et l’homme de répondre : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu. et ton prochain comme toi-même.» Après avoir donné son enseignement sur l’amour du prochain (Lc.10 :29-42), l’évangéliste Luc se devait de poursuivre avec l’amour de Dieu. À partir de l’expérience de Jésus, son Maître, il traitera de la prière et de son efficacité. (11:1-13) «La véritable prière fait du chrétien l’amoureux réel d’un Dieu réel. Pour qui ne prie pas, Dieu se dé-réalise. On s’habitue très vite à vivre à la surface des choses, dans une réalité amoindrie, sans racine, alors que la racine de l’homme, c’est Dieu lui-même.» (André Manaranche)

Dans l’évangile de ce 17e dimanche, nous pouvons distinguer trois parties, précédées d’une introduction : la prière de Jésus, l’exemple de l’ami importun et une exhortation finale. Luc aime montrer Jésus en prière, c’est là l’un des traits forts de son évangile. Aussi débute-il ainsi : «Un jour, quelque part, Jésus priait.» Alors l’un de ses disciples lui demande : «Apprends-nous à prier.» Et Jésus de laisser jaillir de ses lèvres l’inoubliable prière au Père sur laquelle toute prière chrétienne devrait d’une manière ou d’une autre s’aligner.

P È R E !

Au temps du Christ, les juifs avaient une conscience vive de l’amour paternel de Dieu pour son peuple et pour chacun. Jésus lui-même dans sa prière s’adressait à Lui très simplement et avec confiance : «Père, s’il est possible».(22 :42) On comprend son désir de partager cette familiarité avec les siens au moment de les quitter : «Je monte vers mon Père et votre Père.» (Jn 20 :17) De l’Esprit promis par Jésus, l’apôtre Paul disait : « La preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cours l’Esprit de son Fils qui crie: Abba ! Père !» (Ga.4:6, Rom.8:15) Jésus livre donc aux siens sa propre prière filiale.

L’orant doit avoir conscience d’être aimé de l’amour même dont Dieu enveloppe son Fils unique. (1 Jn.3 :1) C’est pourquoi Luc modifie la formule primitive «Notre Père qui es aux cieux» pour la réduire à un seul mot : «Père.» dont il recommande de faire nôtres les intentions : sanctifie ton Nom par l’établissement de ton Règne sur terre et l’accomplissement de ta volonté. Prière de foi et d’espérance en Celui dont on attend l’achèvement de son dessein de salut. Mais pour vivre dans l’attente de la venue du Règne, l’homme a non moins besoin de pain, de pardon et de secours dans la tentation. Prière des pauvres, obligés de vivre au jour le jour, et en solidarité les uns avec les autres : « Donne-nous, chaque jour, notre pain quotidien.» Prière de générosité : l’homme doit vaincre le grand obstacle, le péché, chose plus nécessaire encore que le pain. Mais encore faut-il qu’il accorde ce pardon à ses propres débiteurs, ces «quiconque», quelle que soit la profondeur de la blessure. Prière confiante : «ne nous soumets pas à la tentation,» évite-nous d’entrer dans une telle épreuve si, malgré la grâce et l’assistance divine, nous ne pouvons pas l’éviter.

L’AMI IMPORTUN

Savoir que dire, constitue déjà un trésor pour celui qui prie ; mais comment dire présente un réel défi. Aussi Luc fait-il suivre l’enseignement de la prière d’une parabole de son cru, jumelée à la parabole de la veuve et du juge (18:2-8). Si un ami grincheux ou un juge sans conscience obtempère finalement aux réclamations inopportunes des solliciteurs, à plus forte raison Dieu se rendra-t-il à nos demandes pour tant qu’elles seront pressantes, presque entêtées : Comme il dira de la veuve devant son juge : «Il faut toujours prier et ne jamais se lasser.» (18 :1) L’évangéliste appliquera l’exemple à Dieu dans les versets qui suivent ( 9-13) . Les personnages principaux de ces deux paraboles ne sont pas l’ami ou la veuve, mais l’ami et le juge importunés, qui, fut-ce à contre coeur, se rendent finalement aux demandes insistantes. Ces personnages antipathiques représentent malgré tout Dieu qui sait exaucer toute prière suppliante.» Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe, on ouvrira. Insister, frapper, Dieu exauce ceux qui l’invoquent avec persévérance et confiance. Le cour de Dieu n’est-il pas plus grand que notre cour, nous qui sommes mauvais et qui, malgré tout, savons nous rendre à la prière insistante et donner de bonnes choses.

LA GRÂCE

Mais la finale de Luc ou la réponse de Dieu déroute : Dieu donnera l’Esprit à qui l’en prie. Luc était pénétré de la nécessité de l’Esprit pour prier comme il faut. Ainsi l’enseignait son Maître, l’apôtre Paul (Rom 8 :26) : «Pareillement, l’Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons pas que demander pour prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissement ineffables, et Celui qui sonde les cours sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu.» Je ne sais pas ce que veut l’Esprit dans Sa prière à travers ma propre prière, mais, ce dont je ne puis douter, c’est que je serai exaucé comme Dieu le veut, sinon comme moi, je le veux.. Abraham devait être prématurément possédé de ce même Esprit, lui qui revint six fois à la charge pour sauver Sodome (1ère lecture). Si, dans l’esprit du prophète Jérémie, l’ancêtre avait poussé l’audace jusqu’à une septième demande : «S’il ne se trouvait qu’un juste.» (Jér. 5 :1)

A l’imitation du Maître, les saints ne s’y sont pas trompés, les plus actifs comme les plus modernes ; ils n’ont pas considéré comme nocif, le temps consacré à la prière. L’Esprit ne cessait de crier en eux comme à travers toute leur vie quotidienne : Abba ! Père !

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