Archives pour la catégorie Éditorial

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

La portée de nos gestes!

 

Bientôt la Saint-Valentin. Le moment de dire à l’autre « je t’aime » et souvent, de le souligner par un geste particulier.

Pour les amoureux, pas de problèmes. Mais pour d’autres qui voudraient profiter de cette fête pour poser un geste sexuel audacieux, attention ! L’onde de choc causé par le mouvement me too a de quoi faire réfléchir. Surtout après la publication dans le journal Le Monde d’une tribune signée par un collectif d’une centaine de femmes, dont Catherine Deneuve, s’insurgeant contre le mouvement tout en assurant aux hommes « la liberté d’importuner ».

Si la réaction de Catherine Deneuve a suscité bien des polémiques, elle nous oblige cependant à réfléchir sur les relations hommes femmes, et à faire une distinction entre la simple drague et le geste déplacé qui relève de l’abus de pouvoir et du non-consentement de la personne, car là est toute la différence !

Pour une foule de raisons, trop de femmes ayant subi un abus sexuel ont dû se taire durant de longues années. Nous ne pouvons que nous réjouir de l’éveil de conscience suscité par le mouvement me too. Dans le monde, des femmes se lèvent pour briser le silence et réclamer réparation. La boîte de Pandore est ouverte. Il ne se passe pas une semaine sans que nous ayons la surprise d’une nouvelle dénonciation. Par ailleurs, ces révélations se font souvent d’une façon désordonnée sur les différentes plates-formes électroniques.

Les nouvelles vont vite sur les réseaux sociaux, les jugements aussi. Il faut donc faire attention et se montrer prudent avant de porter une accusation qui risque de briser des vies. Méfions-nous aussi de nos émotions, de nos impulsions et prenons le temps du recul nécessaire. Gardons-nous de réagir trop hâtivement sur les médias sociaux et, si nous décidons de les utiliser, faisons-le dans le respect des autres. Notre société s’est dotée de lois et de procédures pour porter des accusations. Rappelons-nous que c’est à la Cour qu’il revient de trancher si une personne est coupable ou non.

Comme la culture du silence prévaut depuis trop longtemps, il était prévisible que l’éveil soit aussi brutal. Me too a offert aux femmes un tremplin pour s’affirmer et revendiquer l’égalité dans les rapports hommes femmes. Il y a sans doute un équilibre à retrouver, un nouveau langage à inventer, une simplicité à redécouvrir. Et tant que nous serons ensemble au travail, au loisir, dans la vie, il y aura ce penchant, cette attirance, ce bonheur à se retrouver l’un ou l’une avec l’autre. Oui, la vie risque d’être triste et bien ennuyeuse si la beauté et le charme y perdent leur droit, leur naturel.

Sans doute faut-il réagir et s’indigner des abus, des prises de contrôle et de nos obsessions? Il faut nous protéger des personnes qui abusent de leur pouvoir et punir sévèrement les dérèglements. Mais de grâce n’allons pas jeter le bébé avec l’eau du bain, bannir de nos vies la beauté, le charme et même la séduction qui n’ont rien à voir avec ce que dénonce le mouvement me too. N’empêchons pas la musique! Tâchons d’être prudents et en respect les uns envers les autres. Ne nous laissons pas voler la joie et le bonheur d’être ensemble dans l’harmonie d’une saine rencontre homme femme.

Bonne Saint-Valentin !

En collaboration,
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, O.P.
Québec

 

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Enjeux et défis démocratiques

 

Le début d’une nouvelle année est la chance d’une relance. Point de jonction entre l’année qui finit et celle qui débute, le Nouvel An suscite le plus souvent une réflexion complexe où s’entremêlent regrets, réussites, accomplissements du passé et souhaits pour l’avenir. Cela est vrai autant sur le plan individuel que sur le plan sociétal.

Dans un monde qui évolue excessivement vite, il est bon de nous pencher sur les faits saillants de l’année qui se termine, tout en nous demandant quelles stratégies développer pour aller de l’avant avec le travail entrepris sur les principaux enjeux auxquels nous faisons face. Ici, nous pensons aux grandes crises migratoires, au réchauffement climatique, à la lutte contre le terrorisme, à la pauvreté qui ne cesse de s’accroître, pour ne nommer que ceux-là.

Les défis à relever sont immenses et ils le sont d’autant plus à l’heure de la mondialisation. Nous devons penser le monde comme un système dans lequel évoluent des sous-systèmes, tous reliés les uns aux autres. Ainsi, une décision prise à l’échelle nationale a souvent un impact direct au niveau international.

Nous pensons ici aux conséquences dramatiques de l’entente survenue entre l’Europe et la Lybie concernant la retenue du flot migratoire de ceux qui, par tous les moyens, veulent fuir la misère de leur pays d’origine. Beaucoup de ces pauvres migrants se retrouvent là-bas emprisonnés, vendus comme esclaves par des trafiquants, sans pouvoir bénéficier d’aucune protection.

Autre exemple : la décision du président Trump de retirer son pays de l’Accord de Paris, alors même que les américains s’y étaient formellement engagés sous Barack Obama. Bien que la notification officielle du retrait ne peut prendre effet qu’à la fin de 2019, il reste que ce revirement annoncé a suscité bien des réactions, non seulement dans certains états américains, mais aussi partout ailleurs dans le monde. Et que dire de la décision unilatérale de Washington de reconnaître Jérusalem comme la capitale officielle d’Israël et d’y installer son ambassade?

Conscients des enjeux, nous le sommes de plus en plus, mais comment agir ? Comment ne pas être démunis et impuissants devant toutes ces décisions que prennent nos gouvernements ? Au Canada, nous avons la chance de vivre en régime démocratique ; même chose en Europe. Nous votons pour des personnes qui ont pour tâche de décider d’un plan d’ensemble qui puisse répondre aux besoins des populations, tout en respectant les valeurs que s’est données leur pays. Toutefois, nos élus doivent aussi négocier avec d’autres régimes pour faire progresser les choses; ce qui n’est pas évident. Et c’est là une grande difficulté.

Nos élus sont conscients que les rapports géopolitiques changent très vite. Ils ont à s’adapter rapidement aux nouvelles situations, tout en étant fidèles aux attentes de leurs concitoyens. Il se peut aussi qu’ils aient demain à négocier avec des états auxquels leur pays avait imposé un embargo par mesure punitive : l’embargo de Cuba par les américains en est un exemple. Le géant chinois, longtemps critiqué pour ses politiques intérieures et extérieures, et dénoncé pour son régime dictatorial, s’affirme aujourd’hui comme prochaine puissance mondiale. Ses efforts pour s’attaquer au problème des changements climatiques ne peuvent passer inaperçus ! L’impact d’une telle décision risque d’être immense pour la planète et, tout en continuant de lutter pour le respect des droits humains auxquels nous tenons, nous ne pouvons qu’approuver pareil choix politique en matière environnementale.

Quand nous votons, nous n’avons pas toujours conscience de la chance que nous avons de vivre dans une démocratie et surtout de l’immense responsabilité que nous confions à nos dirigeants. Il reste tant à faire ! Pensons à l’éducation, à la condition des femmes dans le monde, à la pauvreté et autres inégalités sociales !

Le monde se construit petit à petit. Une nouvelle année commence. Elle nous apportera sans doute des surprises. Elle est déjà remplie de défis. C’est à nous qu’il appartient d’en faire le chantier pour bâtir un monde meilleur et plus humain. Surtout, soyons attentifs aux actions de nos dirigeants. Continuons de nous intéresser à ce qui se passe ici ou ailleurs sur la planète. C’est à travers notre vigilance et nos gestes courageux que le Christ se rend présent et qu’il est à l’œuvre parmi nous et avec nous. La belle fête de Noël que nous venons de célébrer avec joie nous le rappelait. Christ est né, un Sauveur nous est donné.

Bonne et heureuse année 2018 !

En collaboration,
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, op
Québec

 

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Du Black Friday au Noël en lumières


Chez nous, Le Black Friday est devenu le Vendredi fou, un véritable tourbillon publicitaire, commercial, médiatique pour acheter. Il n’est même plus nécessaire de courir pour faire les achats, il suffit d’un seul clic et hop, le tour est joué.

Pour plusieurs personnes, c’est la réaction inverse. Conscients d’être le jouet d’une publicité effrénée qui crée le besoin, ils souffrent de ce que nous appellerions une écoeurite aigüe. Toutefois, il est difficile de résister à ce tiraillement médiatique. Difficile aussi de ne pas se sentir coupables de ne pas embarquer dans la frénésie collective.

Pourtant, le vendredi fou, comme on l’appelle, ne marque que le coup d’envoi de la période des achats de fin de l’année. Parce qu’il survient à la fin de novembre, au lendemain de la Thanksgiving de nos voisins américains, ce vendredi marque aussi le début des aubaines pour la grande fête de Noël. C’est la course probable aux magasins, la quête des bonnes affaires, l’escalade des cadeaux que l’on se sent obligés d’offrir à ceux qu’on aime. Quel dommage que cette belle période de l’Avent ait perdu sa signification profonde et soit devenue pour les moins bien nantis une période de stress et d’endettement !

Réfléchir au vrai sens de Noël, nous amène à nous détacher de toute cette pression pour en venir à l’essentiel de cette grande fête que nous célébrons; car Noël, c’est aussi et surtout la fête de la Lumière et du Don qui l’accompagne. Noël, c’est Dieu venu chez nous jusqu’auprès des plus petits, Dieu avec nous tous. Comment alors ne pas penser aux plus pauvres, aux nécessiteux tous les jours de l’année et plus encore en ce temps des fêtes ?

Il y a bien sûr les paniers de Noël que l’on distribue, les jouets que l’on ramasse pour les enfants, les dîners pour les personnes seules que l’on organise, mais d’autres actions collectives ou gouvernementales sont aussi les bienvenues. L’accès pour tous à un logement décent en est un exemple. On parle beaucoup, ces temps-ci, de la crise du logement et des mesures qu’on voudrait appliquer pour y remédier. La nouvelle est sortie dernièrement qu’on allait faire désormais un effort considérable, de grande envergure, pour la construction de nouveaux logements chez nous. Car il y a crise au Canada et au Québec à ce sujet, comme probablement partout ailleurs dans le monde. On fait enfin la lumière sur une réalité pourtant criante : il y a chez nous des situations de détresse et de pauvreté qui font que les biens essentiels ne sont pas accessibles à tous dans une société qui se veut moderne et dynamique.

Il ne reste qu’à espérer que ces nouvelles mesures viendront vite en application et que d’autres suivront, toutes aussi importantes. L’émergence rapide de réels chantiers ne nous amènerait-elle pas au cœur de la fête de Noël ? N’y aurait-il pas là de quoi voir briller d’espoir et de joie les yeux de bien des gens ? Noël en lumières, c’est d’abord devenir plus humains et plus fiers de l’être, dans le Christ, chemin par excellence d’humanisation!

En collaboration,
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Bras-de-fer en Espagne

 

C’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons suivi les événements qui ont lieu en Catalogne. Il faut dire que la situation politique de cette région de l’Espagne qui revendique son indépendance est venue toucher une corde sensible de notre fibre québécoise. N’avons-nous pas tenu deux référendums sur la possible souveraineté du Québec au sein du Canada, l’un en 1980 et l’autre en 1995 ?

Il va sans dire que la question nationale est souvent complexe et délicate. Elle a suscité bien des débats et des tensions au Québec, mais jamais il n’y a eu rupture de dialogue ou parti pris de violence comme cela s’est passé en Catalogne. C’est donc avec stupéfaction et horreur que nous avons vu les images défiler à la télévision, nous montrant les interventions musclées du gouvernement de Madrid pour empêcher les Catalans d’aller aux urnes.

Bien sûr, la situation de la Catalogne n’est pas celle du Québec. Que ce soit sur le plan politique, économique, sociologique, linguistique, elle est totalement différente. Pourtant, comme peuple, nous avons quelques affinités avec cette région de l’Espagne. Comme les Catalans, les Québécois sont fiers de leur identité, de leur culture et de leur langue, de leur religion et de tout ce qui les différencie des autres provinces canadiennes. Longtemps réprimé comme peuple, les Québécois ont appris à redresser l’échine et à faire valoir leur unicité et leur spécificité dans un Canada de plus en en plus pluraliste.

Le matin du 27 octobre, nous apprenions que la Catalogne proclamait son indépendance. Presqu’en même temps, le gouvernement de Madrid, qui ne reconnaît pas la légitimité du référendum tenu par le président catalan Puigdemont, décidait de mettre en vigueur l’article 155 de la constitution espagnole, une mesure exceptionnelle pour rétablir « l’ordre » dans ce coin du pays. L’article 155 prévoit rien de moins que la mise en tutelle de la Catalogne, ainsi que la destitution de son parlement pour le remplacer par des représentants nommés par Madrid en attendant que des élections régionales soient tenues dans un délai maximum de 6 mois.

D’un côté, le président de l’Espagne, Mariano Rajoy, de l’autre, le président catalan, Carles Puigdemont. Deux hommes convaincus de leur opinion, de leur devoir, de la conduite à suivre. Au moment où nous écrivons ces lignes, Barcelone retient son souffle, et le monde aussi devant la possibilité d’une montée des tensions entre les différents partis, même si le président Puigdemont invite la population au calme. Des rassemblements ont lieu et il y a toujours cette possibilité que les manifestations tournent en émeutes et amènent le chaos dans le pays.

Difficile de dire ce qui va maintenant se passer. Car, même si le gouvernement espagnol réussit par la force à rétablir l’ordre en Catalogne, il n’aura rien réglé. La fibre patriotique résiste à la force qui l’attaque. Bien plus, la contrainte et la répression ne peuvent qu’accroître le besoin de la Catalogne d’être reconnue dans l’expression de son autonomie, n’en déplaise à ceux qui croient le contraire. La solution à long terme est à chercher dans un véritable dialogue entre les partis.

Comment régler enfin un problème qui perdure depuis des siècles ? Comment arriver au consensus qui satisfasse les deux partis ? C’est aux Espagnols de trouver le ou les réponses. Mais il est certain qu’une solution durable devra passer par un changement d’attitude de la part du gouvernement central espagnol. Le temps est peut-être venu pour ce gouvernement de modifier sa constitution, de façon à ce qu’il soit possible de satisfaire le désir de liberté des Catalans et de leur donner droit à plus d’autonomie. Chose certaine, l’avenir proche est plutôt sombre pour la Catalogne. La ligne dure qu’a choisie Madrid ne va pas arranger les choses. Il faudra du temps, beaucoup de temps pour rétablir les ponts. Et nous sommes convaincus que même si les faits laissent voir que le gouvernement espagnol a gagné, c’est lui qui est le grand perdant dans cette affaire, puisque la contrainte et la répression ne peuvent jamais réduire au silence ceux qui crient aussi fort pour se faire entendre.

En collaboration,
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, op
Québec.

 

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

L’insupportable catastrophe en Syrie

 

L’émission Enquête de Radio-Canada apportait tout récemment sa contribution pour alerter l’opinion publique canadienne sur la situation extrême qui a cours en Syrie depuis plusieurs années. Il y a dans ce pays une situation d’oppression qui perdure. Tout le monde le sait et pourtant les massacres clandestins programmés au quotidien se poursuivent. Comment cela peut-il se faire et quel est réellement l’implication et le rôle du président Bachar el-Assad dans ces massacres ?

Il existe présentement un organisme privé apolitique dirigé par un Canadien dont le but est de recueillir les preuves des exactions systématiques et terrifiantes qui sont exercées en Syrie à l’endroit notamment des prisonniers politiques du régime de Bachar el-Assad. Il s’agit de la Commission for International Justice and Accountability. L’organisme accumule depuis des années des données et des manifestations pouvant être apportées en soutien à la preuve que des abus intolérables sont pratiqués sur les prisonniers, en pleine violation des droits humains les plus élémentaires, avec l’appui du chef de l’état. Les documents écrits constituent en ce sens la meilleure des preuves puisqu’ils ne peuvent mentir et qu’ils continuent d’exister même une fois survenue la mort ou la disparition des témoins.

Il est absolument certain que nous disposons présentement d’une masse impressionnante de pièces à conviction (documents officiels, photos, témoignages) qui sont autant de preuves pouvant justifier la tenue d’un procès à la Cour internationale pour le respect des droits de la personne. Des avocats sont prêts à intervenir. Ils ont tout ce qu’il faut pour procéder.

Or nous constatons que toutes les démarches pouvant aboutir à la tenue d’un tel procès contre les hommes de Bachar el-Assad sont constamment bloquées par le droit de véto de la Chine et de la Russie. Tous les autres pays ont donné leur accord à la tenue de ce procès. Seuls, nos amis, les présidents Poutine et Xi Jinping s’y objectent constamment.
Nous sommes indignés devant une telle situation, un pareil blocage. Il y a là un déni insupportable. On peut se demander pourquoi ce blocage, pourquoi l’exercice du droit de véto en pareille matière est-il toléré, voire possible? Comment nos chefs d’états occidentaux peuvent-ils encore se taire et ne pas agir? Y a-t-il réellement chez eux une volonté politique et humanitaire d’agir pour que cesse le conflit en Syrie et que les coupables soient rapidement produits en justice.

Bien sûr que des organismes sociaux, tel Médecins sans frontières, la Croix Rouge internationale, Amnistie internationale, etc., font entendre leur voix. Mais nos dirigeants restent silencieux. De quoi ont-ils peurs? Savent-ils qu’ils se montrent complices des bourreaux par la tolérance et la trop grande patience dont ils font preuve. C’est à se demander si nos dirigeants et nos sociétés internationales de production d’armes et de matériel militaire et autres, n’y font pas leur profit.

Nous aurons à répondre devant l’histoire de cette complicité tacite, de notre trop grande passivité devant tant de cruauté, devant un conflit qui jamais n’a de cesse depuis le printemps 2011. Et pensons à tous ces passeurs de la vérité qui, au mépris de leur vie, continuent de faire en sorte qu’un jour justice soit faite.

En collaboration,
Jacques Marcotte, OP et Anne Saulnier.

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Entre peur et tolérance, risquer l’avenir

Cet été, les Québécois assistaient, médusés, à l’arrivée massive de demandeurs d’asile, Haïtiens pour la plupart, et provenant des États-Unis. Cette situation insolite avait de quoi surprendre, puisque le sol américain est généralement reconnu comme une sorte de terre promise, où les rêves les plus fous deviennent possibles.

Rappelons que, suite au terrible séisme qui a secoué Haïti en 2010, plusieurs pays avaient ouvert leur porte aux Haïtiens pour les aider, dont les États-Unis. C’est dans ce but que le président Obama avait alors émis en faveur des Haïtiens un statut de protection temporaire qui leur permettait de travailler légalement aux États-Unis. Or, il semble bien que ce qui devait être de courte durée a perduré dans le temps puisque, sept ans plus tard, ces travailleurs avaient toujours ce même statut précaire.

Depuis l’arrivée du président Trump, malheureusement, les choses ont bien changé. On connaît la politique quelque peu hostile du nouveau président envers l’immigration et son combat pour mettre fin à l’immigration dite illégale. Sa décision d’abolir le statut temporaire dont jouissaient les Haïtiens depuis 2010 et de renvoyer tous ces immigrants dans leur pays d’origine a remué la communauté haïtienne. Pour plusieurs, cela signifie la catastrophe. On connaît la vie en Haïti. Plusieurs de ces immigrants envoient leurs maigres économies à leurs proches restés là-bas. Pour d’autres, c’est la fin de l’espoir de s’en sortir enfin et de voir leurs enfants bénéficier d’une meilleure éducation.

C’est donc la peur qui motive la décision de ces quelques milliers de personnes à traverser la frontière américaine pour tenter leur chance au Canada, dans la province de Québec. Pourquoi au Québec ? Pour de multiples raisons dont la culture, la langue et aussi à cause de l’importante communauté haïtienne établie à Montréal. Plusieurs y ont des connaissances, des amis ou de la parenté, ce qui rend leur décision moins difficile et favorise leur intégration.

Le Canada et le Québec ont donc coordonné leurs efforts pour faire face à la situation, et c’est tout à leur honneur, car la réaction aurait pu en être une de fermeture. Bien au contraire, l’armée a été mobilisée pour construire des abris temporaires, et les secours se sont organisés en un temps record à mesure que les réfugiés arrivaient. Ces gens, ces familles ont été pris en charge et, comme la rentrée scolaire était sur le point de commencer, le gouvernement du Québec s’est immédiatement préoccupé de l’accessibilité des enfants dans les écoles.

Bien sûr, cette attitude d’accueil et de générosité des deux paliers de gouvernement soulève de nombreux enjeux, que ce soit au niveau économique, culturel, social, linguistique ou autre, mais le défi mérite d’être relevé. Quelques partis se sont élevés pour mettre la population du Québec en garde contre cet afflux de réfugiés. Les raisons évoquées méritent d’être soulevées, mais il ne faut pas tomber dans la xénophobie et dans la peur de l’autre. Un juste recul est nécessaire pour bien analyser la situation et mettre en place des mesures intelligentes qui favoriseront l’accès aux services et au travail. N’oublions pas que le contexte économique et démographique du Québec est plus que jamais favorable et que l’intégration est possible.

Ne nous leurrons pas. La situation est loin d’être réglée pour ces milliers de personnes. Il leur faut démontrer qu’ils répondent bien aux critères de réfugiés et il est certain que plusieurs seront refusés. Comme la situation de protection temporaire s’est étendue sur plusieurs années, des familles se sont constituées, des enfants sont nés sur le sol américain et ont acquis le statut de citoyen alors que leurs parents ne l’ont pas. Si le Canada doit renvoyer une grande partie de ces demandeurs d’asile dans leur pays d’origine, que va-t-il arriver à ces familles ? N’oublions pas non plus l’entente des tiers pays sûrs avec les États-Unis, qui stipule que la demande d’asile doit être présentée dans le premier pays sûr où les demandeurs prennent pieds. Que tous ces gens proviennent du sol américain crée donc un problème. Il faudrait donc commencer par résilier cette entente et possiblement assouplir d’autres critères pour permettre à ces migrants de rester au pays. L’enjeu administratif est de taille, surtout avec un partenaire aussi important pour le Canada que les États-Unis. Chose certaine, les images que nous voyons tous les jours sur nos écrans donnent à réfléchir sur les valeurs et sur les choix que nous voulons défendre en tant que société.

En terminant, il nous reste à souhaiter que nos dirigeants sauront agir pour le mieux et avoir le courage de défendre ce qu’il y a de plus précieux dans le monde : son humanité. La situation n’est pas aussi désespérée que celle qui se présente en Europe et nous pouvons prendre exemple sur ce qui s’est fait de bien là-bas. Gardons cette ouverture de cœur qui a fait du Québec ce qu’il est et surtout…n’ayons pas peur!

En collaboration
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
Québec, QC

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Symphonie d’été


Avec le parfum de nos joies, de nos confidences et de nos peines
Dans le jardin de nos secrets, de nos mystères et de nos silences
Fleurissent les promesses de nos amours

Dans la brume de nos hésitations et de nos quêtes
Sous le vent de nos rêves éphémères ou porteurs d’avenir
La pluie de nos pleurs, de nos labeurs
Devient féconde ou se perd en cascades capricieuses

À de la source de nos pensées et de nos découvertes
Dans les vagues de nos humeurs changeantes
S’élève le chant de nos murmures, la musique de nos chuchotements

Sous le soleil d’un regard lumineux
Au-dessus des nuages de nos impasses
À la belle étoile de nos espoirs échevelés
S’étend la constellation de toutes nos convergences

Dans la chaleur et la douceur de nos rencontres
Se révèlent les couleurs vives et contrastées de nos émotions

Les fruits mûrs de nos réflexions
Les fruits produits de nos actions, de nos réactions
Composent l’arc-en-ciel de nos réalisations

Passées les matinées de nos enchantements
Se déploient les midis de nos accomplissements

Après l’obscurité de nos souffrances
Les soirs de nos vieillissements, les nuits de nos solitudes
Percent enfin l’aurore et le matin d’un monde nouveau

En collaboration
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, o.p.
Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

« Je n’oublierai pas ce que vous m’avez dit »


Encore Trump nous direz-vous ! Eh oui, difficile de passer une semaine ou un mois sans entendre parler de ce personnage haut en couleur et président d’un des pays les plus puissants du monde, surtout quand il s’agit d’un événement historique comme celui auquel nous venons d’assister. Pour la première fois, en effet, un président visitait en un seul voyage les lieux saints des trois religions monothéistes.

Devant le mur des Lamentations à Jérusalem, nous avons vu le président Trump s’avancer seul et se recueillir, la kippa bien en place sur la tête, glisser une intention de prière dans une des fentes du célèbre mur. À Ryad, le président concluait un contrat d’une valeur de 110 milliards de dollars avec l’Arabie Saoudite pour la vente d’armes et appelait les musulmans à lutter contre le terrorisme.

À Rome cependant, sa rencontre avec le pape aura été beaucoup plus discrète. Ce dernier a reçu le président dans un face-à-face privé. Alors que le président remettait au pape cinq ouvrages de Martin Luther King dont un signé de la main du prix Nobel de la paix lui-même, le pape offrait au président un médaillon frappé d’un olivier, ainsi qu’un texte de son discours pour la journée mondiale de la paix. Comme il le fait généralement avec les dignitaires qui le visitent, le pape remettait aussi au président un exemplaire de ses exhortations les plus récentes, dont la lettre-encyclique Laudato Si’ qui porte sur l’écologie et la nécessité de sauvegarder la terre, notre maison commune.

On connaît l’importance que le pape accorde à la compassion et à la paix dans le monde. On sait aussi qu’il mesure bien l’enjeu des changements climatiques et la nécessité d’agir au plus vite pour en contrer les causes et les effets négatifs. Le sort des réfugiés dans le monde constitue aussi une de ses grandes préoccupations. Il ne cesse de nous mettre en garde contre le capitalisme sauvage, tel que nous le pratiquons, et qui met à l’écart une grande partie de la population de la planète en exploitant les plus démunis.

Difficile donc d’imaginer deux personnalités aussi différentes que le pape François et le président Trump, ce dernier étant un climatosceptique reconnu qui prône la méfiance envers les étrangers, encourage le protectionnisme et le capitalisme, le port des armes à feu, la réduction des mesures sociales etc. Si la paix semble être une valeur importante pour le président Trump comme en témoigne le cadeau qu’il a choisi d’offrir au pape, le contrat colossal de vente d’armes qu’il vient de conclure avec l’Arabie Saoudite nous porte à nous interroger quant à ses véritables intentions. Ce geste ne risque-t-il pas d’être l’étincelle qui mettra le feu à la poudrière qu’est devenu le Moyen-Orient?

« Je n’oublierai pas ce que vous m’avez dit » a confié le président Trump au pape François au moment de le quitter. Quelle suite va-t-il donner aux propos du pape? Saura-t-il les traduire dans un réel engagement pour la paix?

Chose certaine, la suite des événements nous laisse croire que Monsieur Trump n’a peut-être pas assimilé le message du pape autant que nous l’aurions souhaité. Lors du G7 qui vient de se terminer en Sicile, le président Trump, fidèle à lui-même, est resté sur ses positions concernant le changement climatique et les règles du commerce international. Par son attitude et ses propos, il se mettait à dos les autres participants au G7. Leur réaction ne s’est d’ailleurs pas fait attendre. Angela Merkel a indiqué que « l’Europe ne pouvait plus totalement compter sur les États-Unis » et le chef de la diplomatie allemande, Monsieur Sigmar Gabriel, en a rajouté en accusant le président Trump « d’affaiblir l’Occident en ayant une politique à courte vue. » (La Presse Mobile du 29 mai 2018)

La grande force du pape François est sa capacité de parler au cœur humain, dans une relation authentique empreinte de simplicité. Personne ne peut prédire les fruits de l’entretien qu’il a eu avec le président Trump la semaine dernière, mais chose certaine cela n’a pu qu’améliorer les relations bilatérales entre les parties et faciliter les échanges futurs. Il se peut que plusieurs d’entre vous soient déconcertés par les discours et les agissements de Donald Trump. Nous le sommes nous aussi. Mais qui sait ce qui peut se passer dans le cœur humain et surtout, qui peut savoir comment et dans quelle direction soufflera l’Esprit Saint ? Parfois, il faut du temps, beaucoup de temps avant que ne germe et grandisse ce qu’on a semé. Ayons donc confiance que cette rencontre, encore toute récente, avec le pape portera un bon jour ses fruits. N’est-ce pas cela être chrétien ?

Anne Saulnier et Jacques Marcotte, op
En collaboration
Québec, QC

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Un monde qui retient son souffle

Vous arrive-t-il d’écouter les nouvelles à la télévision et de vous sentir découragés, avec l’impression que le monde est en train de basculer vers le chaos ? Ces jours-ci, particulièrement, les provocations politiques fusent de toute part : nous assistons à un match d’intimidation entre Washington et la Corée du nord, des civils sont pris en otage par les tirs des deux camps adverses en Syrie, la démocratie menace de perdre du terrain en Turquie, la famine sévit au Soudan du sud pendant que le gouvernement en place choisit de mettre l’argent disponible pour l’armement… La liste est longue et les problèmes tellement complexes que le risque est grand de fermer les yeux pour mieux se protéger. Il faut dire que la vitesse à laquelle se transmet l’information est fulgurante grâce aux médias sociaux, ce qui ne nous laisse pas grand temps pour assimiler les événements et réagir avec pondération et discernem01ent.

Au milieu de tout ce cafouillis se lèvent pourtant des témoins qui font l’unanimité dans le monde, tout en nous donnant de réaliser que nous sommes arrivés à un point tournant à l’échelle planétaire. Que ce soit Hubert Reeves qui prêche pour la protection de la planète, le pape François pour nous rappeler la valeur de l’homme sous le regard d’un Père miséricordieux, la jeune Malala dans son combat pour le droit à l’éducation des jeunes filles dans le monde, leur discours est universel parce qu’il parle au cœur de l’humain et qu’il sonne en vérité.

Comment se fait-il que ces hommes et ces femmes de sagesse se heurtent à autant de résistance ? Il faut dire que le désir de s’approprier le pouvoir est propre à l’humain et qu’il est difficile de résister à l’économie de marché qui permet l’accumulation de richesses. De plus, la mondialisation rend possible l’anonymat des millions de personnes qui travaillent dans l’ombre pour un salaire de misère quand ce n’est pas directement de l’esclavage. Les us et coutumes dans certains pays ont aussi la vie dure et ne permettent pas des changements aussi rapides que nous le souhaiterions. Nous pourrions aussi mentionner la mauvaise utilisation des médias et de la religion pour manipuler une certaine catégorie de personnes plus vulnérables et moins éduquées. Quoi qu’il en soit, les facteurs sont extrêmement complexes et rendent le changement difficile.

Il nous faut apprendre la patience, et surtout, accueillir l’espérance, cette posture de la vie chrétienne autour de laquelle s’articulent la foi et la charité qui ne sauraient exister sans elle. Croire que, malgré tout ce qui se passe, se trace un chemin d’amour dans l’humanité, et cela même lorsque la foi et l’amour n’existent pas encore, et jusqu’au point où elles pourraient ne pas exister ou ne pas sembler possibles. Pas facile, direz-vous ! Espérance ne veut pas dire aveuglement, inertie et passivité devant les événements, mais vigilance, lucidité et une vision de l’avenir que nous construisons en collaboration avec le Père, avec la présence du Fils au cœur de nos vies, sous l’impulsion de l’Esprit qui agit dans nos vies.

« N’ayez pas peur » disait Jean-Paul II. Ne retenons pas le souffle de l’Esprit, ajouterions-nous, et laissons-le nous libérer. C’est là toute notre espérance.

En collaboration
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, OP
Québec

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Le temps précieux de la réflexion

Si vous habitez la province de Québec, vous avez sans doute sursauté en lisant l’article de monsieur Andrew Potter paru dans le magazine Maclean’s, le 20 mars dernier. Monsieur Potter, directeur de l’Institut d’études canadiennes à l’Université McGill, y allait de son interprétation des tristes événements survenus lors de la tempête de neige du 14 mars dernier. Selon lui, le fait que quelques 300 automobilistes soient restés coincés dans leur voiture pendant une douzaine d’heures sur une autoroute était l’expression d’un véritable malaise au sein de la société québécoise.

Qu’un homme d’une telle culture et professeur par surcroit ait pu autant manquer de discernement nous laisse sans voix. Que s’est-il passé pour qu’il en vienne à exprimer des opinions non fondées, basées uniquement sur sa propre perception d’une culture à laquelle il n’est pas étranger, et qu’il est censé bien connaître ? Une réaction aussi primaire a surpris et choqué les Québécois francophones et, bien que Monsieur Potter se soit excusé depuis, il a dû en payer le prix en démissionnant de son poste de direction.

Le cas de monsieur Potter n’est pas unique. Les moyens de télécommunication dont nous disposons nous permettent de réagir extrêmement vite aux informations diffusées presqu’en temps réel, et la tentation est forte de nous laisser aller à exprimer des choses que nous regrettons par la suite. Envahis par l’émotion, nous ne prenons pas le temps d’un recul nécessaire pour bien analyser les situations auxquelles nous sommes confrontés.

Par ailleurs, la société où nous vivons nous semble à ce point développée et pourvue de moyens techniques tellement adéquats que nous sommes spontanément portés à croire que nous avons le contrôle sur tout et qu’un malheur, aussi exceptionnel et dramatique soit-il, ne devrait jamais arriver. Quand un tel événement se produit, nous cherchons le ou les responsables. Nous avons besoin d’un coupable qui deviendra le bouc émissaire. Il est alors facile et bien commode alors de s’en prendre à telle collectivité!

Quoi qu’on en pense, cette façon de raisonner ne dépend pas de notre niveau d’éducation. En fait, plusieurs facteurs peuvent influencer notre raisonnement en pareille matière : une instabilité politique, une récession économique, par exemple. Plus près de nous, une perte d’emploi, un divorce, la perte d’un être cher sont également des facteurs de stress qui agissent sur nos émotions, modifient notre perception des choses et teintent par conséquent notre façon de communiquer. La réaction de monsieur Potter était peut-être excessive, mais sans doute révélatrice d’une charge émotive qui l’a trahi.

S’il faut nous méfier de nos émotions qui sont parfois explosives et savoir qu’elles peuvent fausser notre jugement, il est tout aussi important de noter que des personnes mal intentionnées peuvent utiliser nos réactions émotionnelles comme une stratégie pour nous induire en erreur. La montée de la droite dans plusieurs pays en est une manifestation. Les dirigeants utilisent la peur que génère l’incertitude politique et économique pour s’assurer de l’appui populaire, sachant très bien que cette tactique a fait ses preuves dans le passé et qu’elle est toujours aussi efficace par les temps qui courent. Ils cultivent ainsi l’insécurité, la crainte de l’autre, la xénophobie, alors que leurs promesses rassurent la population qui voit en eux de véritables sauveurs.

En ces temps difficiles pour le vivre ensemble, prenons le temps de prendre notre temps, même si parfois nous avons l’impression de le perdre. C’est alors que nous gagnerons en vérité, cette vérité que nous recherchons tous et qui ne peut être dissociée d’un long travail sur soi. Ce n’est qu’en agissant ainsi que nous pourrons véritablement agir pour une société plus humaine et plus juste.

En collaboration
Anne Saulnier et Jacques Marcotte, o.p.
Québec

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