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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Éditorial

Réflexion personnelle sur un sujet délicat

Imprimer Par Anne Saulnier & Jacques Marcotte

 

Ce n’est pas un sacre, c’est un massacre! écrivait Nancy Houston au pape François, suite à de nouvelles révélations concernant le scandale de pédophilie qui s’est produit en Pennsylvanie. Les faits se sont échelonnés durant près de 70 ans, faisant plus de 1000 victimes selon certaines estimations.

Dans sa lettre, madame Houston mentionne au pape que le temps n’est plus au pardon, à la honte ou à la repentance, mais à l’action. Le contenu de sa lettre vise à prouver que le célibat obligé des prêtres est la cause principale de tous ces scandales sexuels qui éclatent à la surface du globe à l’intérieur de l’Église catholique. Selon elle, seul le pape a le pouvoir de l’interdire. Elle l’exhorte donc à faire preuve de courage et de suspendre l’exigence du célibat des prêtres pour que le massacre prenne fin. Cette exigence du célibat serait d’ailleurs le résultat d’une évolution historique que plus rien ne justifierait.

Selon elle, le problème n’est ni la pédophilie ni la perversion comme on l’a toujours cru, mais plutôt « que l’on demande à des individus normaux une chose anormale. » Faisant le parallèle avec le mouvement Me Too, elle constate que certains hommes profitent de leur pouvoir pour satisfaire leurs besoins sexuels. De plus, chez les prêtres, la peur d’être dénoncés s’ils se tournaient vers des adultes pour assumer leur sexualité entre aussi en jeu. Un grand nombre d’entre eux s’en prennent alors aux plus faibles de la société, souvent des enfants, qu’ils peuvent aisément manipuler. C’est ainsi que les gestes reprochés peuvent durer des années.

Il est bien connu que les prêtres ont longtemps bénéficié d’une sorte d’aura auprès de la population qui n’aurait jamais cru ses pasteurs capables de commettre de tels actes. Sachant cela, les victimes se sont tues pendant longtemps. Ceux qui ont osé parler ont souvent regretté leur décision, l’Église ayant le souci de protéger ses prêtres avec parfois la complicité des gouvernants en place. Dans sa lettre, madame Houston ne craint pas d’affirmer froidement ce constat : « C’est l’Église qui est « perverse » dans son refus de reconnaître l’importance de la sexualité et les conséquences désastreuses de son refoulement. »

Ma réaction comme femme en lisant cet article a été de me dire que madame Houston mêlait plusieurs facteurs. Même s’il y avait une grande part de vérité dans ses affirmations, lier aussi étroitement la négation de la sexualité avec le fait que tant de prêtres aient profité de leur ascendance sur les plus démunis pour assouvir leur pulsion me semblait exagéré. Il fallait nécessairement que ces prêtres soient immatures sexuellement ou aux prises avec une déviance sexuelle pour s’en être pris ainsi à des jeunes! Je croyais qu’aucun adulte ne pouvait avoir de rapports sexuels avec des enfants sans être pédophiles ou avoir un sérieux problème de santé mentale. Il me semble que la conscience et la notion de jugement nous interdisent de poser de tels actes. N’est-il pas d’ailleurs naturel pour un adulte de se tourner vers un autre adulte (qu’il soit de sexe masculin ou féminin) pour exercer sa sexualité ? N’est-il pas de la responsabilité des adultes de protéger les enfants ? J’avais tort.

Devant le nombre incroyable de cas qui remontent à la surface, je suis bien obligée de conclure que tous ces prêtres accusés ne sont pas tous pédophiles (excités sexuellement par un enfant pré-pubère), mais que plusieurs ont commis ces actes seulement pour s’assurer un trip de pouvoir qui leur a causé du plaisir.

Tous les pédophiles ne sont pas prédateurs et tous les prédateurs ne sont pas pédophiles, c’est ce que j’aurai appris en cherchant à comprendre. Dans les faits, les études nous montrent que seulement 1 % des hommes seraient pédophiles et que la majorité ne passeront jamais à l’acte. Les 2/3 des agressions sur les enfants sont commis par des adultes n’ayant pas de problèmes particuliers.

Madame Houston a donc raison lorsqu’elle affirme que la problématique se trouve beaucoup plus dans la domination et la recherche de pouvoir sur l’autre que dans une déviance sexuelle et que le la chasteté imposée a un lien direct avec ce fléau. Toutefois, je ne crois pas que le mariage ou le fait de vivre une pleine sexualité viendrait tout régler. Ne vous y trompez pas, je suis pour le mariage ou pour le fait d’assumer sa sexualité, peu importe son orientation, pourvu que ce soit entre deux adultes consentants. Je suis pour le libre choix et je suis certaine que le célibat, autant que le mariage, peut être bien assumé si la personne le choisit. Tout dépend de la manière de le vivre.

Au sujet de tous ces scandales qui éclatent comme du pop corn, il faut se rappeler que les crimes dont il est question remontent à une période où les candidats à la prêtrise étaient nombreux et l’Église toute puissante. Les jeunes arrivaient à cette étape de leur vie souvent ignorants de leur propre sexualité ou avec une sexualité immature. Leur admission au grand séminaire et au sacerdoce n’était pas considérée avec la même rigueur qu’aujourd’hui. Il est certain que plusieurs n’étaient pas à leur place comme pasteurs et que l’obligation de la chasteté dans une Église où le sexe était péché a pu en faire déraper plusieurs. De plus, n’oublions pas que le contexte favorisait et favorise encore dans certains pays des interventions plus ou moins ambigües du prêtre auprès des jeunes et des plus fragiles de la société.

Quoi qu’il en soit, l’Église catholique est à un tournant important face à ce problème. Elle doit prendre des décisions difficiles si elle ne veut pas se retrouver marginalisée et complètement dépassée. Le message de Jésus Christ est toujours aussi vivant et actuel, mais il doit être véhiculé par des gens qui le vivent pleinement. Pour cela, il faut que ses prêtres soient bien dans leur tête et dans leur corps. Ceux qui vivent des problématiques particulières devraient pouvoir consulter en toute confidentialité afin de se faire aider. Il n’y a rien de pire que de vivre avec un penchant qui nous détruit et nous déshumanise sans que nous puissions en parler.

Comme madame Houston, je pense qu’il serait bien que les prêtres puissent se marier. Cela les rapprocherait des gens, surtout dans notre société où le sexe est pleinement valorisé. Il me semble que ce serait un immense pas en avant. Et du même souffle, j’ajouterais que l’Église catholique aurait avantage à se féminiser. Pourquoi ne pas suivre l’exemple de sa sœur byzantine ou de sa cousine protestante ? Cette touche féminine aiderait à diminuer le pouvoir des élus mâles au sein de notre Église et ramènerait un certain équilibre. De quoi donner un nouveau souffle à cette vénérable institution. Alors, qu’en pensez-vous, cher François ?

Anne Saulnier
Avec la collaboration de Jacques Marcotte, OP


Références :

Houston, Nancy, « Ce n’est pas un sacre, c’est un massacre », Le Devoir, 22 août 2018.

Bouchra,Ouatik et Chantale Théorêt, « Peut-on guérir de la pédophilie ?»,

https://ici.radio-canada.ca/nouvelles/special/2017/10/pedophilie.

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