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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Éditorial

Pour un été qui bouge

Imprimer Par Jacques Marcotte & Anne Saulnier

 

Je suis un fan de nouvelles. Je ne manque jamais le bulletin de 22 h. Il m’arrive de me faire dire que c’est là de l’addiction. Que cela ne change rien de savoir ou de ne pas savoir. Et qu’il vaut mieux s’occuper d’autres choses. Je me dis parfois que ces gens ont peut-être raison. S’occuper de ses petites affaires et laisser faire le monde dans tout ce qu’il veut et ce qu’il peut… ne serait-ce pas le prérequis d’une bonne nuit de sommeil?

Et pourtant, les mêmes grands thèmes me reviennent chaque jour, insistants : déferlements migratoires dans le bassin méditerranéen depuis l’Afrique et le Moyen-Orient, et même dans les Amériques, depuis le Sud vers le Nord; montée d’une droite politique en plusieurs pays et provinces; politiques commerciales jugées aberrantes du Président Trump; menaces terroristes toujours présentes; tendances de grands leaders nationaux à se camper dans une dictature larvée, etc.
Comment ne pas voir avec émotion que notre monde souffre, qu’il a peur et qu’il a faim? Comment s’étonner que de partout on cherche à fuir la misère? Faut-il blâmer les gens démunis de rêver d’un mieux-être, d’un mieux vivre? Comment faire pour que les chances soient égales pour tous? Pouvons-nous imaginer et réaliser les solutions à nos problèmes actuels? Ou bien la lassitude, le cynisme ou le laisser-aller prendront-ils finalement le dessus?

Naïvement peut-être j’ose croire que nous vivons des mutations, des passages. Si autour de moi plusieurs ont l’air de s’en désintéresser, d’en prendre leur parti et de se taire, je crois qu’il faut d’autant plus en parler, qu’il faut s’aventurer à chercher des solutions, qu’il faut de toute façon s’impliquer même à petite échelle.

Tout n’est d’ailleurs pas décourageant. Il faut saluer les initiatives de paix qui se manifestent à l’heure actuelle, y compris le Sommet USA et Corée du Nord, le Sommet Russie et USA, à Helsinki. Ce sont là des signes manifestes de bonne volonté qu’il ne faut pas qualifier sommairement de gestes hypocrites. Ce serait juger trop facilement. J’y vois un penchant du monde vers le bien, une porte qui s’ouvre, une bonne volonté quelque part. La ressaisie européenne en matière d’immigration est, elle aussi, encourageante et prometteuse. Plût au ciel qu’on puisse mettre la même énergie et les mêmes pressions sur du travail en amont pour aider les peuples du Sud et de l’Afrique à mieux gérer les catastrophes humanitaires! Comment faire pour que chaque pays devienne un peu plus le paradis terrestre dont nous sommes tous nostalgiques?

Les marches de jeunes en USA pour le contrôle des armes à feu sonnent de plus en plus la charge. De même au sujet de la séparation des enfants de leurs parents aux frontières mexicaines. Une fois de plus, nous voyons que c’est l’énergie des plus jeunes et des rassemblements qui poussent de l’avant et qui fera que nous arriverons peut-être à changer les choses.

Certaines initiatives gouvernementales, chez nous, ont donné de bons résultats, ainsi la Commission de vérité et réconciliation du Canada, en lien avec la question autochtone, diverses commissions d’enquête sur les crimes allégués dans la construction, etc. Au cœur de tous les signaux positifs que nous voyons, il y a la puissance de l’information. Le secret, c’est de lever le voile, de faire paraître au grand jour. Certes, la puissance des médias sociaux et la rapidité avec laquelle l’information nous rejoint sont des phénomènes qui ont parfois des effets pervers. Ils ont l’ambiguïté commune à toutes les instrumentations que nous créons. Ils peuvent servir pour le meilleur et pour le pire. Pourquoi ne pas nous en servir à bon escient pour changer le monde et le rendre meilleur?

En lien avec la vitesse de l’information, il y a aussi la puissance mobilisatrice de l’opinion et des sondages. Une sorte de pression s’exerce ainsi qui oriente, censure, appuie l’évidence. L’éventualité d’une récupération par la démagogie et la manipulation ne doit pas nous faire lever le nez sur la force d‘une opinion en marche. Là encore, notre absence nous empêche peut-être de participer à la solution effective de tel problème?

Je vois aussi qu’au sein de toute cette montée vers le renouveau, il y bien peu de prises de paroles ecclésiales. Bien sûr, il y a le risque du parti pris politique que l’Église s’interdit prudemment de prendre. Mais nous savons bien qu’un engagement solidaire en Église pourrait faire la différence en bien des milieux, en bien des situations. Il arrive parfois qu’on regrette que l’Église ne se soit pas mouillée plus tôt. Pourtant ne sommes-nous pas communauté vivante, vouée à la promotion de la justice sociale, de la miséricorde, du partage, de la liberté et de l’égalité pour tous?


Jacques Marcotte, OP
Avec la collaboration d’Anne Saulnier
Québec

 

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