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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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De l’importance d’être à l’écoute: LES FILS et LE GUIDE DE LA FAMILLE PARFAITE

Imprimer Par Gilles Leblanc

Pour être reconnues et réglées, des situations problématiques doivent rejoindre une oreille attentive et un cœur généreux. Deux productions cinématographiques québécoises récentes en font une brillante démonstration. D’abord, dans le documentaire LES FILS, la nouvelle venue Manon Cousin raconte l’implication d’un groupe de religieux – Les Fils de la Charité – au sein de la communauté pauvre et exploitée d’un quartier de Montréal. À l’inverse, le vétéran Ricardo Trogi décrit les conséquences désastreuses pour un papa qui n’est pas sensible à ce que vit sa fille adolescente dans LE GUIDE DE LA FAMILLE PARFAITE.

LES FILS

En rappelant l’engagement des prêtres-ouvriers du Québec, Manon Cousin fait plus qu’honorer la mémoire de son oncle Guy, membre des Fils de la Charité. Elle explore avec intelligence et sensibilité une page méconnue de notre histoire. Une page qui explique peut-être (du moins, en partie) le déclin de l’emprise de l’Église catholique sur une population qui, après des décennies de dévotion, s’est soudainement libérée de cette autorité morale qui lui semblait de plus en plus coupée de ses préoccupations.

Dans le climat sociopolitique chargé des années 1960, de nombreux religieux à travers le monde s’interrogent sur leur implication citoyenne. Au Québec, ce courant trouve preneur chez les Fils de la Charité, un petit groupe de prêtres religieux, qui ont choisi d’aider les travailleurs et les démunis du quartier Pointe-Saint-Charles, à Montréal.

Leur engagement auprès de cette communauté aura des impacts durables sur les gens du quartier, mais soulèvera aussi la colère des notables de la place et des autorités du diocèse de Montréal, qui voient d’un mauvais œil l’implication sociale de ces religieux.

La réalisatrice illustre son propos par le biais d’images d’archives fascinantes (et souvent inédites), choisies et utilisées avec soin. Mais aussi à l’aide de témoignages passionnés de nombreux acteurs de l’époque, qui font revivre par la force de leurs souvenirs un Québec difficile à imaginer aujourd’hui. Chemin faisant, ce documentaire unique réussit l’exploit de faire dialoguer le passé avec le présent, tout en adressant à ses contemporains un message d’engagement et d’empathie digne de celui des Fils.

LE GUIDE DE LA FAMILLE PARFAITE

Après LE MIRAGE et sa réflexion sur la société de consommation, le tandem formé de l’acteur et scénariste Louis Morissette et du réalisateur Ricardo Trogi questionne cette fois la pression sociale exercée sur les familles via l’éducation et les activités multiples des enfants.

Représentant en assurances, Martin Dubois (Louis Morissette, crédible) forme avec Marie-Soleil, sa nouvelle épouse, et leurs enfants une famille apparemment parfaite. Du moins, sur les médias sociaux. En réalité, Martin se sent de plus en plus déphasé par rapport à son époque et peine à communiquer réellement avec les siens.

Quand il apprend que sa grande fille Rose (Émilie Bierre, excellente), « sa championne » âgée 16 ans, a triché à ses examens, que de la drogue a été retrouvée dans son casier à l’école et qu’elle nourrit des pensées suicidaires, le quadragénaire réalise que sa famille ne correspond pas du tout à l’image qu’il s’en était faite.

Bien que le film sache être drôle quand il le faut, ses cibles et sa manière de les attaquer manquent parfois de surprise et de finesse. En revanche, la portion dramatique s’avère à la fois plus subtile et originale. En effet, la mise en scène y est plus sensible et nuancée, surtout lorsqu’il s’agit de composer avec le malaise existentiel du personnage d’Émilie Bierre, particulièrement touchante dans un rôle difficile. Sa justesse donne à ce portrait d’une famille « parfaite » les subtilités qui finissent par la rendre mémorable.

Gilles Leblanc

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