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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
Cinéma d'aujourd'hui

À propos de filiation : SOUTERRAIN, PINOCCHIO et ADIEU LES CONS

Imprimer Par Gilles Leblanc

La saison estivale est marquée par la mise à l’écran de trois films qui abordent la question de la filiation. Dans SOUTERRAIN, la Québécoise Sophie Dupuis présente le désarroi de deux pères, l’un face à un fils diminué par un accident et l’autre secoué par la fausse couche de sa conjointe. Puis, dans le PINOCCHIO de Matteo Garrone, le pauvre Gepetto voit son pantin de fils lui fausser compagnie pour vivre sa vie. Enfin, le réalisateur Albert Dupontel relate dans le trépidant ADIEU LES CONS la course folle d’une mère à la recherche du fils qui lui fut enlevé dès sa naissance.

SOUTERRAIN

La réalisatrice de l’acclamé CHIEN DE GARDE poursuit sur sa brillante lancée avec ce drame puissant, célébrant la camaraderie d’hommes rustres et vaillants. Puisant à même ses souvenirs personnels, Sophie Dupuis évoque autant la résilience et la solidarité que l’acceptation de l’échec, dans une illustration d’une masculinité malmenée par des problèmes existentiels, des blessures morales et des corps meurtris.

Maxime, la mi-vingtaine, travaille dans une mine située à quelques heures de route de Val-d’Or. Ses temps libres, il les consacre à son ami handicapé Julien (Théodore Pellerin, excellent) et à l’aménagement, dans sa nouvelle maison, de la chambre qui accueillera son futur enfant. Toutefois, malgré le ton rassurant de sa conjointe infirmière, le jeune homme éprouve un profond malaise face à la perspective de devenir père.

Son sentiment d’angoisse est renforcé par le souvenir d’un accident de la route, qui a eu des conséquences sur ses relations avec Mario, le père de Julien, la victime. Quand une explosion éclate dans un puits de forage où Mario travaillait avec quatre collègues, Maxime saisit l’occasion de racheter ses erreurs du passé, en participant à la périlleuse mission de sauvetage.

Entre les séquences de suspenses prenantes, rehaussées par des fascinantes prises de vues souterraines de Mathieu Laverdière (GABRIELLE), viennent habilement s’insérer des retours en arrière, qui confèrent émotion et profondeur au récit. Précise, la mise en scène privilégie la sobriété dans les moments d’intimité, sans sacrifier le rythme et la tension propres aux interventions de sauvetage, filmées caméra à l’épaule. Parfaitement dirigés, les comédiens tirent le meilleur parti de personnages forts et bien étudiés. À commencer par le nouveau venu Joakim Robillard, à fleur de peau dans le rôle de Maxime en futur papa à la colère sourde.

PINOCCHIO

Ce conte picaresque et édifiant pour enfants malcommodes a fait l’objet de nombreuses interprétations depuis sa création en 1881 par Carlo Collodi. La plus récente (2002) a même été réalisée par Roberto Benigni (LA VIE EST BELLE), qui s’était donné le rôle du pantin. Benigni joue ici Gepetto, avec la verve et l’énergie qu’on lui connaît. Mais les rênes du film sont aux mains de Matteo Garrone, un cinéaste réputé pour son réalisme (GOMORRA) et ses contes cruels (DOGMAN).

Le vieux Gepetto est si pauvre qu’il doit pratiquement mendier ses repas à l’auberge de son village toscan. Le passage en ces lieux de la troupe d’un marionnettiste donne à ce menuisier l’idée de sculpter son propre pantin articulé. Du rondin magique dont on lui a fait cadeau, il extrait un enfant au nez pointu, qui s’anime aussitôt, parle gaiement et prend la poudre d’escampette.

Car Pinocchio, ainsi baptisé par Gepetto, qui voit en lui le fils qu’il n’a jamais eu, a un appétit pour la vie et une curiosité qui le précipitent dans tous les pièges. À commencer par son rapt par le patron de la troupe. Or, réalisant la profonde bonté du pantin, ce dernier lui rend sa liberté et lui fait don de cinq pièces d’or. Sur le chemin devant le ramener vers son village et Gepetto, Pinocchio croise divers profiteurs, mais également une bonne fée, qui deviendra sa protectrice.

Les effets visuels, qui semblent sortir de livres pour enfants rétro, sont magnifiques, à la fois sophistiquées et rudimentaires. Mais la magie n’opère que par intermittence, en raison d’un scénario un peu trop relâché, qui enchaîne les épisodes sans souci de cohérence.

ADIEU LES CONS

Trois ans après AU REVOIR LÀ-HAUT, ADIEU LES CONS marque à nouveau la filmographie d’Albert Dupontel d’une pierre blanche. Mais au-delà de son brillant hommage au BRAZIL de Terry Gilliam (qui fait une brève apparition à l’écran), c’est à son propre NEUF MOIS FERME que ce nouvel opus ressemble le plus, par son union inattendue de deux individus que tout sépare, lancés dans un voyage au bout de la nuit.

La coiffeuse Suze Trappet s’entend dire par son médecin que les aérosols qu’elle a respirés toute sa vie vont la tuer. Comme ultime projet de vie, la quadragénaire choisit de retrouver son enfant, donné en adoption alors qu’elle avait quinze ans. Jean-Baptiste Cuchas, programmeur de génie travaillant à la sécurité sociale, apprend pour sa part qu’il devra consacrer ses dernières énergies à former la personne qui obtiendra la promotion qu’on lui avait pourtant promise.

Désemparé, il choisit de se suicider dans son bureau, mais le coup de carabine rate sa cible. Dans la salle d’à-côté, Suze est en train de consulter un préposé lorsque la cloison vole en éclats. Par un concours de circonstances, et sur la promesse d’un retour d’ascenseur, Jean-Baptiste accepte d’aider la coiffeuse malade à retrouver son fils, maintenant âgé de 28 ans. Leur quête les conduit aux Archives, un lieu jamais fréquenté où l’administration a parqué un aveugle, M. Blin. Ce dernier, à sa manière, va participer aux recherches.

Découvert en 1996 avec BERNIE, le réalisateur français n’est pas du genre à prendre son temps. Son récit déboule à la manière d’une fuite, ici et là interrompue par des instants magiques ou poétiques fulgurants. Enfin, la distribution dominée par le trio Efira, Dupontel et Marié est impeccablement menée.

Gilles Leblanc

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