Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 15e Dimanche (C)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

De qui suis-je le prochain?

Les situations difficiles à supporter ne manquent pas dans notre quotidien même le plus ordinaire : les pleurs d’un enfant; une information alarmante sur l’état de santé d’un proche; le sort des migrants ou des réfugiés refoulés aux frontières de tel pays; les dernières nouvelles concernant la situation pandémique dans notre province ou notre pays, les horreurs de la guerre menée par la Russie en Ukraine, et quoi encore? Tous les jours nous sommes informés de situations qui nous choquent. Comment réagissons-nous, alors que peut-être nous sommes nous-mêmes aux prises avec de lourdes épreuves? Ne risquons-nous pas de nous durcir le cœur, de baisser les bras, nous fermant les yeux, les oreilles, le cœur, en nous disant que, de toute façon, nous ne pouvons pas répondre à tous les besoins qui se manifestent autour de nous ou plus loin dans le monde.

L’évangile de ce dimanche a quelque chose à nous dire sur le sujet. La parabole du Bon Samaritain nous revient toute belle, toujours émouvante. Elle a de quoi nous inspirer quand nous voyons des gens en peine ou dans la misère. Au-delà de sa réponse, énonçant la double loi de l’amour de Dieu et du prochain, le docteur de la loi se posait la question : Qui est mon prochain? L’homme avait bien raison de se demander jusqu’où l’amour du prochain l’engageait, quelle limite il pouvait mettre au cercle toujours grandissant de ses proches et de leurs nécessités.

Dans la parabole Jésus nous présente divers personnages. Il nous donne à comprendre qu’il faut poser autrement la question du prochain, ou plutôt qu’il faut nous poser différemment devant les autres. Le prochain ce n’est pas telle personne, démunie ou malade, rejetée ou apeurée qui s’amène devant moi, devant toi. Le prochain, c’est moi, c’est toi, c’est chacun/e de nous en mission d’approche de l’autre, d’accueil, d’écoute, de compassion.

Ce changement de perspective a de grandes et graves conséquences. Désormais nous ne serons jamais plus tranquilles. Toujours nous risquons de nous retrouver devant quelqu’un qui a besoin de notre aide, de notre attention, de notre disponibilité. Sans avertissement, nous serons devant quelqu’un en panne, et alors il s’agira pour nous de le voir et de nous laisser remuer intérieurement, de faire écho profond à son signal de détresse. Cela ne veut pas dire que nous devons tout prendre sur nos épaules. Souvent nous ne pourrons que constater notre impuissance devant telle situation. L’important c’est que nous soyons vrais et sincères, sensibles et miséricordieux. Nous voudrons faire tout notre possible. Nos excuses ne seront plus la peur, les préjugés, nos humeurs changeantes, nos barrières culturelles, religieuses ou raciales. Nos excuses seront notre limite personnelle, les impondérables de la vie. Nous ressentirons vivement la douleur de ne pas pouvoir faire plus et mieux pour toute humanité blessée rencontrée.

Cette page d’évangile nous dit davantage. Elle nous raconte notre histoire et celle du Christ. L’homme blessé, dépouillé, laissé au bord du chemin, c’est nous que le mal a défigurés. Le prêtre et le lévite sont passés. Ils ont vu. Ils n’ont rien fait. Il a fallu cet étranger, Jésus, Dieu en notre chair, le Christ vivant pour s’émouvoir et prendre soin de nous, En lui, Dieu venait jusqu’à nous. Le Fils de Dieu lui-même a pris notre ressemblance et sur lui notre mal, jusqu’à mourir sur la croix. Relevé du tombeau par la puissance du Père, le Ressuscité nous prend en charge. Sa passion nous a appris comment aimer et jusqu’où aimer. Conscients de l’amour dont nous sommes aimés, nous avons désormais mission d’un amour sans frontière, heureux témoins de la compassion divine pour l’humanité.

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