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Responsable de la chronique : Martin Lavoie, o.p.
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Daniel Arasse : Le portrait du diable

Imprimer Par Martin Lavoie, o.p.

Prince des Ténèbres, Porteur de Lumière ou Roi des Enfer, le Diable a autant de noms que de visages. Mais où est passé le monstre aux yeux exorbités, aux cornes d’ébène et à la gueule pestilentielle, la Bête vers qui convergent toutes les déchéances et les déviances du genre humain ?

Le diable est relié à deux thèmes : la tentation et la mort. Il permet en effet de rappeler constamment de résister à la tentation. Le diable est associé au Jugement dernier aux XIVe et XVe siècle. Il a une fonction didactique puisqu’il constitue ainsi une forme d’avertissement.

Sous influence de l’humanisme, l’image vise à transmettre des émotions. Elle doit, pour ce faire, être proche de la réalité visuelle du spectateur. On passe ainsi de la memoria à l’historia. La Renaissance se caractérise donc par une attention accrue portée aux gestes et aux mouvements. C’est aussi la période du développement de la peinture d’histoire.

Des arts « de bien vivre et de bien mourir » se développent. Le démon est intériorisé, la pénitence collective est remplacée par une lutte intérieure. Le diable est représenté parmi les hommes tel Judas au milieu des apôtres dans la Cène de Léonard de Vinci. Cette image est plus vraisemblable et cette représentation reste compréhensible par tous.

Le XVe siècle marque aussi un diable plus proche de l’homme. Un cardinal qui n’aimait pas le Jugement Dernier de Michel-Ange fut bien puni par le peintre, qui fit son portrait en Lucifer. L’anecdote est savoureuse et instructive, mais elle ne montre pas seulement l’indépendance d’esprit du plus grand artiste de la Renaissance. Elle est révélatrice d’une évolution culturelle majeure : la disparition de la figure du Diable dans la peinture. Grâce à un examen précis et inventif des textes religieux et des images de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, Arasse décrit ici l’émergence de l’image du Diable, son utilisation et son essor, dans le cadre de pratiques dévotionnelles où les images se doivent d’être efficaces. Puis il montre comment la culture humaniste a rendu caduque cette figure médiévale, et l’a reléguée au rang de superstition. Dorénavant le Diable n’est plus l’Autre de l’homme, le Diable est en l’homme.

Aux XVIIe et XVIIIe s, aucun grand artiste ne laisse d’image marquante du diable, il faut attendre la fin du XVIIIe et le début du XIXe pour que l’image du diable connaisse un renouveau avec le romantisme. Rodin s’inspire ensuite de Ghiberti pour sa Porte de l’Enfer.

Daniel Arasse (1944-2003) : Historien de l’art, il a enseigné à la Sorbonne pendant plus de vingt ans, jusqu’en 1993, où il est devenu directeur d’études à l’EHESS. Il a publié, notamment : Le Détail. Pour une histoire rapprochée de la peinture, Flammarion, 1992 ; L’Ambition de Vermeer, Adam Biro, 1993 ; Histoires de peintures, Denoël, 2004.

 

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