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Responsable de la chronique : Guy Musy, o.p.
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Les enfants du placard

Imprimer Par Guy Musy, o.p.

Méditation pour ce temps d’Avent

Une lourde et douloureuse  actualité a réveillé cette année au Canada le drame de centaines d’enfants autochtones enlevés de force à leurs parents au cours du siècle dernier par les services d’ordre officiels pour être confiés (?) à des institutions religieuses qui avaient mission d’en faire des citoyens canadiens utiles à l’économie du pays. Des décennies furent nécessaires pour que les autorités politiques et religieuses prennent conscience de cette ignominie et entreprennent des démarches pour la réparer. 

Le Canada n’est pas le seul pays, hélas, à avoir commis ce genre  d’exactions. Il y a quelques années les autorités suisses ont battu leur coulpe pour des faits semblables. Au début du dernier siècle, des centaines d’enfants tziganes ont été eux aussi arrachés à leurs parents et placés dans des institutions ou des familles d’accueil pour les contraindre à se sédentariser. Des survivants se sont émus ces derniers temps et tentent de faire valoir leur droit à une hypothétique réparation.

Plus récemment, toujours dans mon pays, vient de sauter le couvercle d’une  marmite d’infamies que l’on croyait bien oubliées. Elle cachait ceux qu’on appelle aujourd’hui « les enfants du placard ». Autrement dit, les enfants des travailleurs saisonniers, italiens pour la plupart, qui assurèrent la prospérité de la Suisse de 1945 à 2000. Une législation xénophobe et antisociale interdisait  alors le regroupement familial, faisant des enfants de saisonniers des clandestins, contraints de vivre muselés et cachés, rasant les murs ou enfermés, pour éviter que leurs parents ne se fassent expulser. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’ils apparaissent au grand jour et commencent à élever la voix. Une voix  bien timide, comme s’ils s’étaient fait une raison des violences  subies considérées comme le prix à payer pour leur relative aisance d’aujourd’hui.

Ces enfants victimes me font réfléchir. Tout particulièrement à  l’approche de Noël où nous célébrons la naissance d’un « enfant-roi » en faisant mine d’oublier qu’il fut lui aussi un proscrit dont les parents ne purent trouver une place à l’hôtellerie pour le mettre au monde. 

Tout cela n’est qu’anachronisme, crie-t-on autour de moi. A quoi bon remuer ces histoires sordides qui ne nous concernent pas et dont nous ne somme pas responsables ! 

Vraiment ? Les enfants  boot-people qui de nos jours se noient dans la Manche ou la Méditerranée sont-ils anachroniques ? Ont-ils mérité cette mort ? En quel siècle leur rendra-t-on justice ? N’ont-ils pas le même sang que celui qui coule dans les veines des petites têtes blondes que nous allons bientôt choyer sous un sapin illuminé ? 

Dimanche dernier, la liturgie nous invitait à demander « la volonté d’aller par les chemins de la justice à la rencontre de Celui qui vient ». L’Enfant de Noël se fait reconnaître dans le dernier de ces plus  petits qui sont ses frères. Le chemin qui conduit à la crèche est balisé par la justice. 

 

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