Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 32e Dimanche (B)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

L’audace de tout donner!

Jésus regardait la foule qui déambulait dans les galeries du Temple. Et là, devant les troncs disposés pour accueillir les offrandes, chacun se sentait sans doute interpelé. Les uns avaient déjà préparé leur don, un montant à ne pas dépasser. Ils donnent par devoir, pour faire comme les autres peut-être, d’autres pour rendre grâce à Dieu, en intercédant pour eux-mêmes, pour un des leurs. D’autres peut-être donnent spontanément, sur le coup de l’émotion. Certains veulent qu’on voie bien ce qu’ils donnent. Ils ont une manière ostentatoire qui les trahit. D’autres sont plus discrets, plus humbles ou plus mesquins : ils ne veulent pas être vus. Or Jésus, lui, voit tout. Il regarde jusqu’au fond de l’âme et du cœur. Il sait bien qui est là pour les apparences, pour la forme, sans son cœur, et qui est là pour vrai, authentiquement pour Dieu, à cause de sa foi et de son amour.

Jésus a remarqué cette femme qui s’amène. Elle est pauvre. Elle est seule. Une veuve. Elle tient quelques piécettes dans sa main. Elle s’approche du tronc. Et d’un geste rapide, hésitant peut-être, elle jette ses piécettes dans le panier, et s’en retourne discrètement, comme elle est venue. Elle a fait le don que lui inspirait sa foi, son amour pour Dieu. N’a-t-elle pas donné pour le Dieu d’Israël, si glorieusement adoré dans ce temple. Elle s’en retourne chez elle, allégée du don qu’elle a fait, confrontée à la dure réalité, mais totalement confiante dans le Seigneur en qui elle a remis son sort. Elle a eu l’audace de tout risquer.  

Le Seigneur nous invite à regarder cette femme avec lui pour admirer la beauté et la vérité de son geste. Elle a fait plus que tous les autres, qui eux n’ont donné que de leur superflu. « Elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. » Que va-t-il arriver à cette femme? L’histoire ne le dit pas. En principe elle n’a plus rien pour vivre. Il n’y a pas de filet social à l’époque. Va-t-elle mourir, victime de son trop grand amour pour le Seigneur? Qu’arrive-t-il à ceux qui donnent tout d’eux-mêmes pour Dieu? Le geste lumineux, prophétique de cette pauvre femme suscite l’émerveillement de Jésus. Il préfigure le don que bientôt Jésus va faire de lui-même en sa passion et sa mort. Il préfigure nos propres gestes de générosité, de service, de don de nous-mêmes pour Dieu et le prochain. 

Le Dieu d’Israël, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus le Christ, ne se laisse pas vaincre en générosité. Il l’a prouvé autrefois pour Élie et la veuve de Sarepta au pays de Sidon, il l’a prouvé pour le psalmiste. Il l’a prouvé au matin de Pâques en faveur de son Fils Jésus. 

Dieu ne nous demande pas autant. Il reste que Jésus dans sa passion a suivi l’exemple de ces deux femmes. Il a donné tout de lui-même, s’abandonnant totalement à son Père, qui seul pouvait le faire vivre à jamais. Et c’est l’événement de Pâques qui fut la réponse : la victoire de l’Amour et du Don sur le mal et la mort.

À défaut de tout donner, il nous est proposé de partager, en prenant un peu de ce qui est important pour nous pour que d’autres puissent en profiter. Offrir notre disponibilité, notre amitié, nos ressources. Comme lui qui s’est offert une fois pour toute.  Lui qui n’exclut personne des bénéfices du don qu’il a fait de sa vie. Lui dont l’action salvatrice se continue par notre engagement, notre service, notre amour.  Prenons appui sur son geste de don de lui-même, sur le sacrifice pascal du Christ.  Qu’il transparaisse en tous nos gestes par la puissance de l’Esprit de Dieu. Alors tous pourront découvrir que Dieu les aime d’un amour qui les sauve, qui les fait vivre. 

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