Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 30e Dimanche (B)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Seigneur, fais que je vois!

Nous assistons aujourd’hui au dernier miracle de Jésus rapporté dans l’évangile de S. Marc. Nous sommes à Jéricho, au pied de la grande montée vers Jérusalem. Jésus y reprend la route vers la Ville sainte. 

Le récit qui précède, on l’a vu dimanche dernier, nous rapportait la demande des fils de Zébédée désireux d’occuper les premières places auprès de leur maître dans sa gloire. À cela Jésus avait répondu qu’il est venu pour servir et non pour être servi, que ce n’était pas vraiment le temps de parler de gloire quand lui-même venait de leur annoncer par trois fois sa passion et sa mort prochaine. 

Ces annonces d’ailleurs donnaient à la marche vers Jérusalem un accent dramatique. Jésus était désormais en danger. Il fallait être prudent. Le Seigneur n’avait-il pas exigé le silence et la discrétion de la part de ceux qu’il avait guéris ou de ceux qui voyaient en lui le Messie? 

C’est dans un contexte délicat, un peu tendu, que se produit l’incident d’aujourd’hui, avec ce mendiant aveugle Bartimée, qui se met à crier, comme ça, devant tout le monde : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi! » Ça ne peut pas être plus clair ni plus dérangeant ni plus dangereux. Cet homme doit se taire. On le lui dit franchement. On s’attendrait à ce que Jésus lui-même veuille le museler, le faire taire. Rien de la sorte ne se produit. Le Maître réagit bien autrement. Il prête attention; il appelle le pauvre homme auprès de lui. 

« Que voulez-vous que je fasse pour vous », avait dit Jésus à Jacques et Jean. « Que nous soyons, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. » « Que veux-tu que je fasse pour toi? » demande-t-il au mendiant. « Que je vois! », répond le fils de Timée. « Va, ta foi t’a sauvé! » reprend Jésus. « L’homme retrouva la vue aussitôt. Il suivait Jésus sur la route ».

  On voit bien le sens de ce miracle qui, au fond, est révélateur de l’identité de Jésus. Il ouvre leurs yeux à tout le monde. Jésus, maintenant, ne refuse pas l’appellation qu’on lui fait de Fils de David. Il assume. Comme si c’était là un signal pour son ultime mise en route vers Jérusalem depuis Jéricho. Et la suite vient immédiatement après, qui est son entrée triomphale à Jérusalem.  Alors même que se mettent en marche, dans l’ombre, les intrigues et le complot qui mèneront à la mise à mort prochaine du Christ.

Quel message nous donne ce beau récit, toujours émouvant à relire, de la guérison de l’aveugle Bartimée? – Que nous sommes peut-être ce pauvre mendiant aveugle, assis au bord du chemin. Jésus passe. Saurons-nous le pressentir, le reconnaître et l’appeler courageusement? N’hésitons pas à lui crier notre foi, notre besoin, notre quête. Notre cri, c’est certain, va déranger plusieurs de ceux qui ont peur, qui s’en moquent peut-être ou qui vont s’en étonner. Faisons confiance à l’inspiration qui nous vient de l’Esprit. Risquons vers le Christ notre chance. Il ne va pas se dérober. Il nous accueillera. Il se reconnaîtra en nous. Nous deviendrons son maître. « Que veux-tu que je fasse pour toi? » dira-t-il. À nous de lui dire que nous voulons voir et comprendre.

Demandons-lui simplement de voir, de le voir lui, pour mieux le connaître, mieux le suivre sur son chemin. Qu’il nous fasse découvrir le sens de notre existence si souvent enveloppée de peur et de ténèbres. Qu’il trace pour nous le chemin de la conversion. Qu’il nous rende sensibles à nos frères et sœurs pour que nous allions vers eux en des gestes de paix, d’amitié, de compassion, de communion. Et alors nous aurons jeté le manteau de nos méfiances et de nos tristesses pour marcher librement comme lui. Quel bonheur que d’aller désormais avec lui dans l’amour et la lumière! 

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