Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 23e Dimanche (B)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 7, 31-37

En ce temps-là,
Jésus quitta le territoire de Tyr ;
passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée
et alla en plein territoire de la Décapole.
Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler,
et supplient Jésus de poser la main sur lui.
Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule,
lui mit les doigts dans les oreilles,
et, avec sa salive, lui toucha la langue.
Puis, les yeux levés au ciel,
il soupira et lui dit :
« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
Ses oreilles s’ouvrirent ;
sa langue se délia,
et il parlait correctement.
Alors Jésus leur ordonna
de n’en rien dire à personne ;
mais plus il leur donnait cet ordre,
plus ceux-ci le proclamaient.
Extrêmement frappés, ils disaient :
« Il a bien fait toutes choses :
il fait entendre les sourds et parler les muets. »


Ouvre-toi!

« Il a bien fait toutes choses; il fait entendre les sourds et parler les muets. » 

Il me semble que nous avons dans cette scène d’évangile bien plus que le récit d’une guérison en passant; nous avons une véritable parabole de ce que le Christ fait pour nous, pour chacun, chacune de nous.

Nous l’avons vu et suivi, Jésus parcourt à grand pas les territoires païens du nord – Tyr et Sidon –, puis, après un retour vers le lac de Galilée, il parvient dans le territoire de la Décapole, là où se trouvent dix villages de langue grecque, donc des milieux non juifs. 

Nous sommes en pays étranger et ce sont des étrangers qui présentent à Jésus un des leurs, sourd et bègue, qui éprouve des difficultés à parler. L’homme est doublement étranger. Il a des problèmes de communication avec ses semblables. Il est isolé, séparé. Cet étranger anonyme se peut-il que ce soit moi ou toi aujourd’hui présenté à Jésus?

On demande au Seigneur de poser la main sur lui, comme pour le bénir, le protéger, prier sur lui. Jésus va faire davantage. Il le prend à part, il l’entraîne avec lui. On dirait un potier qui veut remodeler son ouvrage. Il entreprend de reconfigurer cet homme dans un geste créateur. 

« Jésus lui mit les doigts dans les oreilles. » Pour ce faire, ses deux mains s’obligent à l’envelopper doucement comme l’artisan son travail, dans un geste de tendresse et de patience. Gestes sensibles et bienveillants, par où Jésus, en ses sacrements, nous refait à son image. « Avec sa salive, il lui touche la langue. » La salive est considérée – selon les croyances de l’époque – comme un condensé du souffle. Souffle de vie. Souffle de l’Esprit. L’Esprit créateur!

Voilà que tout est prêt maintenant pour la parole que Jésus va prononcer à même le grand soupir qu’il exprime en regardant le ciel. Le soupir du Crucifié. Le soupir de son cri vers le Père. Le dernier soupir de sa vie donnée pour nous!

« Effata. Ouvre-toi! » Non seulement ouvre tes oreilles pour entendre les sons, non seulement délie ta langue pour dire des mots qu’on puisse entendre, mais ouvre tout ton être, soit libéré de ce qui t’enchaîne, t’isole et te ferme!

Ouvre- toi! Pour saisir et entendre l’autre à côté de toi.

Ouvre-toi! Pour dire la vérité de ton cœur et qui est lumière et encouragement pour celui, pour celle, qui est proche de toi.

Ouvre-toi! Entends le cri du pauvre et du malheureux, la plainte du malade, du prisonnier, de l’esseulé.

Ouvre-toi! Pour dire la miséricorde, le pardon, la guérison.

Ouvre-toi! Écoute la voix de ton frère, de ta sœur, ses larmes, son silence, son appel, son conseil.

Ouvre-toi! Pour le partage, le service et l’engagement. 

Ouvre-toi! Risque le dialogue, la communion, l’amitié!

« Ses oreilles s’ouvrirent; sa langue se délia; il parlait correctement ». Oui, nous pouvons désormais entendre le chant du monde, ses espoirs et ses misères, ses promesses, ses rêves et ses victoires. Nous pouvons vibrer à toute cette musique et y correspondre avec des mots plus justes, des paroles appropriées, des gestes conséquents.  C’est ainsi que l’œuvre du Christ nous fera entrer en phase et harmonie, par la foi, avec ce Dieu qui nous parle. Nous pourrons lui dire notre prière, chanter ses merveilles, lui dire : Merci! Lui dire Je t’aime. C’est ainsi que le Christ nous redonne les uns aux autres en nous redonnant d’abord à nous-mêmes et à notre Dieu d’amour, son Père et notre Père. « Il a bien fait toutes choses; il fait entendre les sourds et parler les muets. »

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