Livre du mois,

Responsable de la chronique : Martin Lavoie, o.p.
Livre du mois

Napoléon et Jésus: l’avènement d’un messie ET Giordano Bruno: un génie martyr de l’Inquisition

Imprimer Par Martin Lavoie, o.p.

Raffaelli, Marie-Paule. Napoléon et Jésus: l’avènement d’un messie, Éd. du Cerf, 2021, 272 p.

Jésus avant Alexandre, avant Auguste : dans l’imaginaire de l’épopée napoléonienne, les figures impériales de l’Antiquité grecque et romaine cèdent devant une autre, plus secrète. Longtemps enfouie dans l’ombre des représentations césariennes, c’est l’icône christique qui se révèle la plus intime au sein de cette destinée et de cette oeuvre d’exception.

Napoléon admire Jésus. Pour lui, le Christ a su initier un mode de pensée inédit, instaurer un ordre nouveau, unir l’humanité autour d’un Idéal commun. Plus encore que le Verbe éternel, c’est l’incarnation, l’hybridation, le mi-homme et mi-dieu qui le fascinent. Il lui faut à son tour, et à l’instar des héros qui ont bercé son enfance, aspirer à sauver le monde. Inspiré par l’exemple du Christ évangélique, Napoléon fera tout pour devenir lui-même un Christ politique.

Inattendu, solidement étayé, lumineux (sans implication d’une quelconque foi ici), l’ouvrage de Marie-Paule Raffaelli-Pasquini, tiré de sa thèse (pour laquelle l’auteur avait obtenu une bourse d’études de la Fondation Napoléon en 2019), est au carrefour entre la philosophie, la psychologie, l’histoire de l’art et la littérature, et à l’appui d’une connaissance historique indéniable. Son analogie (et non comparaison, comme elle aime à le rappeler) entre les deux figures historiques et spirituelles de Jésus et de Napoléon en dit long aussi bien sur les références de l’Empereur et ses objectifs de « testament », que sur sa perception par ses contemporains, puis les générations suivantes.

Lire une interview de l’auteur, Marie-Paule Raffaelli-Pasquini : https://www.napoleon.org/magazine/interviews/marie-paule-raffaelli-pasquini-napoleon-et-jesus-avril-2021/


 

Arnould, Jacques. Giordano Bruno: un génie martyr de l’Inquisition, Éd. Albin Michel, 2021, 176 p.

 

Dominicain italien, G. Bruno (1548-1600) est un érudit, féru de cosmologie et adepte des idées de Copernic et Galilée. Il va encore plus loin en affirmant l’infinité de l’univers. Chassé de son ordre en 1576, il passe le restant de sa vie à fuir, passant en Allemagne, en Suisse, en Angleterre et en France. Il est emprisonné, interrogé et torturé pendant huit ans avant d’être brûlé vif.

Dominicain italien, proclamant haut et fort la liberté de pensée en matière de science comme de religion, provocateur invétéré, Giordano Bruno (1548-1600) est sans doute la figure la plus fascinante de la Renaissance italienne. Il se fit le défenseur de Copernic et prolongea sa thèse, en soutenant l’idée qu’un Dieu infiniment puissant ne saurait créer qu’un univers infini, lequel, dès lors, ne saurait avoir de centre… Celui qui écrivait « Si Dieu te touche, tu seras un feu ardent » finit tragiquement sur le bûcher de l’Inquisition pour avoir nié la Trinité, l’Incarnation, la virginité de Marie et même la damnation éternelle. Son oeuvre, toujours peu connue du public français, englobe toutes les disciplines de son temps, des mathématiques à l’alchimie et à la métaphysique. Chassé de son ordre en 1576, il passe le restant de sa vie à fuir, passant en Allemagne, en Suisse, en Angleterre et en France. Il est emprisonné, interrogé et torturé pendant huit ans avant d’être brûlé vif.

Jacques Arnould, à qui l’on doit de nombreux ouvrages sur les relations entre science et religion, est comme Giordano Bruno à la fois astrophysicien et ancien moine dominicain. Il nous livre ici une superbe biographie de cette figure si moderne et nous introduit à la richesse de sa pensée.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Livre du mois

Les autres chroniques du mois