Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 12e Dimanche (B)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

 

Pourquoi sommes-nous si craintifs ?

La tempête sur le lac de Tibériade prend une résonance particulière avec tout ce qu’on nous raconte encore à propos de ces migrants de la mer. Ces pauvres gens voyagent souvent sur des bateaux de fortune. Passer sur l’autre rive, c’est encore une aventure tragique pour plusieurs. Des « passeurs » exploitent ces malheureux. Ils se livrent à un trafic honteux aux dépens de ceux qui cherchent un sort meilleur que celui qu’ils ont vécu dans leur pays d’origine ou dans les camps de transition par où ils sont venus.

Nous sommes bouleversés par ce que peuvent éprouver ces passagers clandestins, installés sur des barques trop petites ou trop chargées, menacés de faire naufrage au moindre coup de vent. Ils éprouvent, c’est certain, un sentiment de précarité et de fragilité qui nourrit chez eux la peur et le désespoir. Parfois le pire se produit. Par centaines ils périssent dans les flots.

Qu’y-a-t-il de commun entre ces aventures méditerranéennes ou asiatiques d’aujourd’hui et la traversée des disciples sur le lac de Galilée? Bien sûr, nous ne sommes pas à la même échelle et les motivations sont différentes, mais il y a cette même réaction instinctive chez les disciples et chez les migrants. La tempête, les vagues et une frêle embarcation produisent les mêmes effets de peur et le vif sentiment d’une détresse extrême. Nous comprenons les disciples de s’en prendre à Jésus : « Nous sommes perdus; cela ne te fait rien? » De même que les migrants nous disent : « Nous sommes perdus! Cela ne vous fait rien? »

Devant l’angoisse et les reproches, Jésus réagit avec assurance et efficacité. Ses disciples n’ont pas encore compris et Jésus leur donne de voir qui il est. En sa personne, c’est Dieu lui-même qui est avec eux. Dieu présent avec eux dans la barque. Compagnon de leur sort, capable de les mener sur l’autre rive. Plus fort que tout!

La traversée des disciples est à l’image de nos vies en Église. Le voyage est difficile; il nous semble même compromis, voué à l’échec. La persécution, les épreuves et les menaces de toutes sortes, et la lassitude, auront-elles le dernier mot? Nous sommes personnellement et communautairement démunis quant à notre avenir. Et nous pensons parfois que le Seigneur dort, qu’il se désintéresse de nous, qu’il ne fait rien. Alors qu’il est là avec nous dans la barque… Sa seule présence a de quoi nous calmer, nous rassurer, nous donner courage, énergie et confiance. Le Seigneur compte encore et toujours sur nous, sur le témoignage contagieux de notre foi auprès de nos frères et sœurs qui ne savent pas encore, qui ont peur et qui sont angoissés. La foi nous rappelle que le Christ nous a déjà sauvés dans sa Pâques, qu’il est passé lui-même victorieux par les eaux profondes, qu’il a triomphé des ténèbres de la mort.

Le Seigneur Jésus nous redit aujourd’hui que notre foi est la plus grande ressource que nous ayons, la plus puissante dans les circonstances difficiles où nous sommes. La foi qui s’appuie sur le Dieu et Père de Jésus de Nazareth, la foi qui nous incite à travailler fort à la transformation du monde, la foi libératrice, génératrice qui nous donne de participer à la puissance, la tendresse, la miséricorde de Dieu lui-même.

« Si quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. » L’amour rédempteur passe en nous, il passe par nous; il renverse les tendances de mort qui habitent le monde. Rappelons-nous la Sortie d’Égypte et le Passage de la Mer Rouge, rappelons-nous les relèvements de l’Église au cours des âges, rappelons-nous certains passages significatifs de nos vies. « C’est quand je suis faible que je suis fort », écrit S. Paul. Rappelons-nous le Christ endormi sur la croix, réveillé pour toujours au matin de Pâques, devenu puissance de vie, de paix et de salut pour tous.

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