Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

Les petits riens

Imprimer Par Caroline Pinet

 

Rien ne me fait plus plaisir que les petites attentions de mon mari. S’il veut me rendre heureuse, il n’a pas à m’offrir une rivière de diamants (heureusement pour le compte bancaire, je suis une femme de peu !), ni un bouquet de 50 roses rouges. Non, une simple petite attention m’apporte bien plus de joie ! Il y a ces matins où je pars pour ma classe sur le point d’embraquer mon chargement de fournitures et je m’aperçois qu’il l’a pris pour moi et mis dans le coffre de l’auto sans dire un mot. Quelle heureuse surprise ! J’allais le prendre et lui, par pure gentillesse, m’a évitée cette fatigue. Il a pris cette fatigue. Il y a ces moments, où je dois partir en course et je trouve les sacs coton, ma liste et mon sac à main mis à la porte pour que je n’aie pas le souci de les chercher. Il faut dire qu’en plus, je suis un peu tête en l’air, facilement distraite ! Je peux très bien partir en oubliant ma carte bancaire et je ne m’en aperçois qu’à l’épicerie. Il est bon d’avoir à ses côtés quelqu’un qui pallie mes faiblesses, sans une remarque désobligeante. Enfin, quand le soir, je peste en moi-même car j’ai oublié en bas le livre que je voulais lire au lit, je le retrouve sur ma table de chevet sans une signature. Mais je sais lire. Je reconnais l’auteur.

Ce ne sont que des petits riens. Des tas de petits riens. Et si je les empilais, tous ces petits riens depuis plus de trente ans, accumulés au quotidien, seraient bien de la taille de l’Everest ! Ces petits riens sont un grand tout ! En fait, ils sont tout !

Il m’arrive comme tout un chacun de rouspéter, de me plaindre, de sentir des manques. On a parfois des cahiers de doléances bien chargés à l’égard de son conjoint. On a vite fait de voir à l’œil nu tout ce que l’autre ne fait pas, ne dit pas… Et, à force de ne regarder que ce que l’on ne voit pas, on oublie de regarder ce qui peut se voir…

Parfois, il est vrai qu’il faut sortir ses lunettes pour les détecter car les petits riens ne se voient pas si facilement. Alors qu’à l’inverse, tout ce qui ne se voit pas, on l’a vite aperçu ! Les petits riens, eux, se cachent dans la trame du quotidien, dans les recoins, et dans les endroits si balayés du regard qu’on n’y porte plus attention. Et pourtant, c’est bien là qu’ils se trouvent. Il faut bien dire que les petits riens, qui sont des milliers de petits gestes d’amour, ne se voient qu’avec un regard différent. Le petit Prince l’a dit « on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux… »

Pour voir l’amour, il faut donc cultiver un regard différent : il faut voir avec son cœur. Il nous faut donc cultiver l’amour en nous, si nous voulons pouvoir le reconnaître. Si nous ne savons pas le cultiver, comment le reconnaîtrons-nous, puisqu’il sera étranger à nous-mêmes ?

Dieu, est source d’Amour et ce sont aussi les petits riens qu’il a privilégiés pour se rapprocher de nous. Il n’est pas entré sur Terre par les plus puissants et les gros châteaux. Il est venu à nous en se faisant tout petit, fragile. Combien de passages dans les évangiles dénombrons-nous, où Jésus nous invite constamment aux petits riens : prier humblement à l’écart, l’obole de la veuve, le lavement des pieds ? Christian Bobin l’a bien saisi dans son roman « Le Très-bas ». 

L’amour ne se pave pas de grandiloquence. Le vrai, le grand amour est semblable à la brise du matin. Et seul un cœur rempli d’amour peut voir l’amour. Cultivons-le : «L’amour est patient, il est plein de bonté; l’amour n’est point envieux, il ne se vante point, il ne s’enfle pas d’orgueil. Il ne fait rien de malhonnête. Il ne cherche point son intérêt, il ne s’irrite point, il ne soupçonne point le mal. Il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.» (Corinthiens 13:4-7)

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