Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

M’aimes-tu ?

Imprimer Par Caroline Pinet

J’ai commencé récemment à visionner une petite série israélienne « Les Shtisel : une famille à Jérusalem ». Il s’agit d’une entrée dans l’univers d’une famille juive orthodoxe, un peu avec la saveur de la série « Unorthodox », mais avec un sens moins critique que dans cette dernière. On suit une famille avec ses traditions. Si ce monde est bien défini, les gens qui y évoluent sont par ailleurs très humains et remplis de doutes. Ils sont tenaillés par des questions existentielles et y répondent du mieux qu’ils peuvent à partir de leur attachement à leurs valeurs traditionnelles avec lesquelles interfèrent leurs émotions, leurs sentiments, leurs désirs. On se rend bien compte que tout n’est pas simple !

Le plus jeune fils du rabbin est à l’âge où il devrait se marier. Il s’éprend d’une veuve, mais doit se tourner vers une autre jeune femme après les manigances de ses proches et à son insu. Or, il demande en mariage cette jeune femme vers laquelle on le pousse sans en être amoureux. Et le voilà tiraillé entre ce qu’il pense devoir faire et ce qu’il ressent vraiment. Son père, fraîchement veuf, lui force la main pour ce mariage. Il est pourtant lui-même désemparé face à la tristesse qu’il lit sur le visage de son fils qui obéit. Il argue que cela n’a pas d’importance le fait d’être amoureux ou pas au départ, que lui-même a épousé sa femme sans en être amoureux. Ils ne se sont jamais dit qu’ils s’aimaient.

Ce questionnement va le poursuivre. On constate que la question le bouleverse puisqu’il tente de se convaincre lui-même qu’il a raison de pousser ainsi son fils vers ce mariage sans sentiment amoureux. Le rabbin va trouver une amie divorcée à qui il demande si son mari était amoureux d’elle au départ. Et il se rassure sur son propre questionnement en l’entendant répondre par l’affirmative. Cela a abouti à un divorce. Ce sentiment amoureux est donc, selon lui, néfaste.

Il rentre chez lui, et le voilà ouvrant les placards de vêtements de sa femme décédée un an plus tôt. Il respire son odeur. Il l’aime, il l’a aimée. Il se rassure car l’amour a existé.

Cela n’est pas sans rappeler la comédie musicale « Un violon sur un toit », portant également sur une famille juive d’Ukraine avant la révolution russe. Le père qui doit marier ses filles se voit désemparé de constater qu’elles choisissent l’amour plutôt que les mariages de raison qu’il leur propose. Et cela l’emmène à se questionner sur sa relation à sa femme, il l’a rencontrée lors de leurs noces : l’aime-t-elle ? Une scène chantée, très forte, résume la soif que l’on a de trouver l’amour dans nos vies :  https://www.youtube.com/watch?v=h_y9F5St4j0

Cela nous ramène à la base de toutes relations, cette soif d’aimer et d’être aimé. Jésus lui-même ne questionne-t-il pas Pierre par un « M’aimes-tu, Simon ? » La relation avec Dieu lui-même est cet aller-retour d’un amour qui circule à double sens. Pour que vive l’amour, il doit être un échange. Nous aimons. Et nous avons soif d’être aimés en retour ! 

La cérémonie du mariage n’est jamais un aboutissement. Ce n’est pas un lot que l’on gagne à la tombola et qui nous assure que nous sommes arrivés. Le premier jour du mariage est un hall d’entrée, un commencement ! C’est le début de l’amour profond que nous allons bâtir pour la suite. Et selon nos traditions, que cela induise un sentiment amoureux au départ ou pas, nous auront cet amour profond à bâtir et qui se construit par le quotidien. Ne dit-on pas que la routine est un « tue-l’amour » ? Le quotidien risque sûrement de rendre le sentiment amoureux plus pâle ! Mais le quotidien conçu à travers les milles gestes qui se donnent à l’autre façonne l’amour profond, celui qui nous prend aux entrailles.

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