Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 3e Dimanche du Carême (B)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

 

Le temps du grand ménage!

Avec le printemps qui s’en vient, c’est le temps du ménage. Bientôt le changement d’heure. Les jours s’allongent. Il y a comme un souffle nouveau dans l’air. En ce dimanche, le Seigneur nous invite à nous mettre à jour, à faire aussi du ménage dans notre vie croyante. Il nous demande de nous défaire d’une certaine façon de voir et de vivre nos rapports avec lui pour entrer dans l’ordre nouveau qu’il nous propose, l’ordre de la grâce! C’est plus qu’un gros ménage du printemps qu’il nous invite à faire. Il s’agit de déconstruire, de débâtir des choses, des attitudes et peut-être aussi des pratiques qui ont eu leur temps de gloire, pour faire place à la nouveauté pure de l’Évangile. Il nous faudra alors peut-être penser et agir autrement pour faire la volonté aimante de notre Seigneur et pour être vraiment en communion avec lui.

L’événement de la purification du Temple, c’est plus qu’une saute d’humeur ou une colère passagère de Jésus à l’endroit des marchands d’animaux et des changeurs de monnaie installés dans les portiques sur fond de meuglements et d’agitation que leurs activités produisent. La réaction violente de Jésus et la provocation qu’elle crée nous bousculent nous aussi parce que nous avons mal compris comment il faut vivre notre foi et notre religion, comment nous devons honorer le rapport que Dieu lui-même souhaite vivre avec nous.

En visite au temple de Jérusalem, Jésus constate qu’on fait de la religion juive, de l’alliance de Dieu avec son peuple, une affaire commerciale. Tu me donnes et moi je te donne. Du donnant, donnant avec Dieu. Comme si on achetait le bon Dieu. Or on n’achète pas Dieu. Il n’est pas à vendre. Le culte n’est pas là pour apprivoiser Dieu, le tirer de notre bord, obtenir ses faveurs, marchander avec lui. 

Avouons que c’est là notre tentation depuis longtemps. Que de fois avons-nous pensé que plus nous en faisons pour Dieu, plus il nous récompensera, plus il fera attention à nos demandes. En faire toujours un peu plus pour le gagner en notre faveur. Et ça, c’est très fatiguant pour nous et c’est fatiguant aussi pour Dieu.

Jésus est venu nous faire voir les choses autrement. Il vient nous révéler un Père qui nous aime et à qui il suffit qu’à notre tour nous l’aimions comme notre Père et que nous aimions ce qu’il aime, que nous fassions comme lui.  La foi porte sur l’amour du Père révélé en son Fils. Notre culte et notre vie ne sont pas là pour établir un rapport commercial avec un Dieu lointain, mais ils sont là pour une action de grâce, pour une réponse d’amour à l’amour premier du Père et de son Fils.

Plus besoin dès lors de ce temple de pierres et des milliers de sacrifices d’animaux, plus besoin de nos mortifications accumulées et de nos prières « en pile », mais seulement l’accueil généreux en nous du don de Dieu, son Esprit Saint. C’est lui qui nous rassemble dans le Fils – comme en un temple saint – pour offrir au Père la louange et la charité parfaites. Bien sûr, tout cela implique de notre part l’imitation du Fils et de son Père, dans une vie donnée, une vie offerte, une vie toute consacrée à la charité, à la justice, à la communion avec tous nos frères et sœurs humains. Et cela, ce n’est pas donné d’avance ni même de tout repos, nous le savons bien.

Mais quelle liberté nouvelle nous adviendra! Quelle libération nous sera donnée! Quelle purification de nos cœurs! Quel sens nouveau prennent toutes nos actions, que nous accomplissons désormais en référence avec le grand printemps venu de Pâques! Faire corps avec le Ressuscité, voilà notre appel! Le Temple nouveau, c’est son corps glorifié! Et ce Corps, c’est nous qui, en lui, sommes passés de la mort à la Vie! 

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