Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 26e dimanche (A)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 21, 28-32

En ce temps-là,
Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
    « Quel est votre avis ?
Un homme avait deux fils.
Il vint trouver le premier et lui dit :
‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’
    Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’
Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
    Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière.
Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’
et il n’y alla pas.
    Lequel des deux a fait la volonté du père ? »
Ils lui répondent :
« Le premier. »

Jésus leur dit :
« Amen, je vous le déclare :
les publicains et les prostituées
vous précèdent dans le royaume de Dieu.
    Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice,
et vous n’avez pas cru à sa parole ;
mais les publicains et les prostituées y ont cru.
Tandis que vous, après avoir vu cela,
vous ne vous êtes même pas repentis plus tard
pour croire à sa parole. »

Le Père nous appelle!

C’est une histoire assez banale, tellement elle est fréquente et même inévitable dans nos familles. L’enfant rebelle et l’enfant docile! Nous avons tous des souvenirs de notre adolescence, de ces moments où nous avons vécu nos premières crises. Quand nous avons dit Non! à nos parents. Sans trop savoir pourquoi. Était-ce une poussée instinctive d’affirmation de soi? L’influence d’un camarade? La volonté expresse de faire quelque chose d’autre que ce que nos parents nous demandaient? Notre relation avec nos parents était alors mise à rude épreuve. De part et d’autre, il y avait brisure, blessure, éloignement temporaire. Le conflit risquait de mal tourner. 

Qu’est-ce qui a pu se passer alors pour que les choses changent? Pour que je prenne sagement le parti du retour? Était-ce la prise de conscience d’une distance, d’une solitude insupportable? Le sentiment d’avoir fait fausse route en me repliant sur moi-même, refusant le projet de mes parents, leur amour, leur rêve de bonheur pour chacun et pour toute la famille? Je m’étais tourné vers mon projet à moi, sans considérer le bien commun, ni ce qui était raisonnable et juste. Je n’avais voulu faire qu’à ma tête. Et voilà que m’est revenu à l’évidence la certitude de l’amour de mes parents, la peine qu’ils s’étaient donnée pour moi, le lien de confiance redevenu possible, la porte toujours ouverte. Peut-être aussi que l’intervention salutaire d’un frère, d’une sœur y fut pour quelque chose. Tout cela a pu contribuer à me remettre sur un chemin de retour, de conversion, de réconciliation, de telle façon qu’une relation avec les miens a pu être rétablie et me permette de retrouver ma place et de reprendre du service dans le projet familial. 

Par ailleurs, il y a aussi ces situations dans notre vie où nous avons été d’une conformité exemplaire à ce que souhaitaient nos parents. Oui, nous étions d’accord sur ce qu’ils attendaient de nous, du moins en principe, en parole et en  apparence. Or, avec le temps, nous nous sommes tranquillement désistés. N’étant pas vraiment intéressés ni passionnés ni appliqués. Ayant l’idée ailleurs. Nous donnions certes l’apparence d’être là, avec eux. Mais pratiquement nous étions loin. Et le projet familial n’avançait pas. Il y avait là une belle hypocrisie, un abus du système, un contre-témoignage finalement.

Qu’est-ce qui est le mieux? Le « rebelle » qui revient ou le « fidèle » qui n’est plus là? Le dire ou le faire? La parole ou les actes? N’est-ce pas la force du retour, l’élan de la conversion, le retournement de celui qui revient, qui s’engage, qui travaille effectivement à la vigne. Tandis que l’autre nous fait pitié, lui qui se drape de bons mots pour nous en faire accroire et qui se ment à lui-même. 

C’est là l’appel de l’Évangile, l’enjeu de toute notre vie : nous accueillir en relation avec un Père très aimant, qui se tourne vers nous avec confiance, patience et tendresse. S’il nous arrive de nous détourner de lui, il respecte notre cheminement. S’il s’attriste de nos refus, de nos folies, il nous reste fidèle. Il pressent et prévient notre retour vers lui. Car il nous aime! Et toujours il nous dit : Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne. Il est toujours temps d’y aller. Toujours il nous tend la main, il nous fait confiance. 

Quel est votre avis? Lequel des deux a fait la volonté du Père? La même question nous est posée à nous. Pour que nous comprenions quel amour et quel appel nous pressent. Connaîtrons-nous la joie de nous engager réellement, le bonheur de nous mettre pour de bon au service du Royaume?

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