Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 12 : Face au mensonge et aux menteurs

Imprimer Par Michel Gourgues, o.p.

 

Un double appel à Dieu

2 Au secours, Seigneur! il n’y a plus d’homme fidèle,
la loyauté a disparu d’entre les fils d’Adam.
3 On ne fait que mentir, chacun à son prochain,
lèvres trompeuses, langage d’un cœur double.

4 Que le Seigneur retranche toute lèvre trompeuse,
la langue qui fait de grandes phrases,
5 ceux qui disent: « La langue est notre fort,
nos lèvres sont pour nous, qui serait notre maître? »

La réponse de Dieu

6 A cause du pauvre qu’on dépouille,
du malheureux qui gémit,
maintenant je me lève, déclare le Seigneur:
j’assurerai le salut à ceux qui en ont soif.

Une double réaction de confiance

7 Les paroles du Seigneur sont des paroles sincères,
argent natif qui sort de terre, sept fois épuré;

8 toi, Seigneur, tu y veilleras.
Tu le protégeras d’une telle engeance à jamais;
9 de tous côtés les impies s’agitent,
la corruption grandit chez les fils d’Adam.

(Traduction de la Bible de Jérusalem, avec « Seigneur » au lieu de « Yahvé »)


Voilà un psaume dont l’enchaînement, même à première lecture, se laisse détecter sans difficulté. Premier volet (v. 2-5) : un priant, confronté à une situation de mensonge, lance vers Dieu un double appel. Vient ensuite (v. 6), au cœur du triptyque, la réponse de Dieu à ce cri de désolation lancé vers lui. Troisième volet (v. 7-9) : à cette réponse le priant à son tour réagit en deux temps.

LA SITUATION : LA VÉRITÉ A DISPARU (V. 2B-3 ET 4B-5)

Quelle est donc cette situation à l’égard de laquelle le psalmiste se montre si amer et dépité? De façon claire, ce qu’il dénonce, c’est le mensonge, la duplicité et un manque flagrant de loyauté. Quels en sont exactement l’ampleur et le visage, voilà qui est moins net et qui semble se préciser petit à petit.

Au début (v. 2-3), on pourrait croire qu’il s’agit d’un mal généralisé au sein d’une société où les relations sont faussées par l’hypocrisie et la parole trompeuse. Quelque chose comme ce que fustige quelque part Jérémie : « Ils bandent leur langue comme un arc; c’est le mensonge et non la vérité qui prévaut en ce pays. (…) Chacun dupe son ami, ils ne disent pas la vérité, ils ont habitué leur langue à mentir, ils se fatiguent à mal agir. » (Jr 9,2.4)

Peu après cependant (v. 4-5), l’accusation se fait apparemment plus précise. Les menteurs visés par le psalmiste semblent être des personnages importants, en position de force, dont le pouvoir s’appuie sur une parole mensongère proférée avec arrogance et ne souffrant pas de contradiction.

Dans la suite, au v. 6, la réponse de Yahvé, en faisant mention de l’oppression des pauvres et du gémissement des malheureux, fait voir dans le mensonge un instrument de domination injuste et d’exploitation. C’est alors tel ou tel passage des prophètes qui vient à l’esprit, comme celui-ci de la dernière partie du livre d’Isaïe : « On repousse le jugement, on tient éloignée la justice, car la vérité a trébuché sur la place publique, et la droiture ne trouve point d’accès. La vérité a disparu ; ceux qui s’abstiennent du mal sont dépouillés. » (Is 59,14-15)

UN DOUBLE APPEL À DIEU (V. 2A ET 4A)

Sur ce fond de scène désolant, le psalmiste se tourne vers Dieu. « Au secours, Seigneur » ou « Sauve, Yahvé », implore-t-il d’abord (v. 2a). Mais il ne lui suffit pas de réclamer ainsi l’intervention de Dieu en faveur du juste. Le second appel, formulé sous forme de souhait, se fait plus incisif : « que le Seigneur retranche toute lèvre trompeuse » (v. 4a). La méthode forte, donc : pour faire disparaître le mensonge, fais disparaître les menteurs.

LA RÉPONSE DE DIEU (V. 6)

C’est elle que Claudel, en « glossateur ébloui », a su rendre de si parlante façon dans sa version des Psaumes rééditée tout récemment : « Le râle des écrasés, la misère des pauvres, ça me fait mal, dit Dieu! Je me lève, dit Dieu. Je me retourne les manches, dit Dieu. Comptez sur moi, dit Dieu. »

En fait, Dieu ne répond qu’au premier appel. S’il promet d’intervenir, c’est pour secourir le juste, non pour exterminer le méchant. Le salut de Dieu est pour qui le cherche : « j’assurerai le salut à ceux qui en ont soif ». Un salut qui ne s’impose pas, qui ne saurait transformer malgré eux ceux qui s’en moquent et dont la contrepartie ne viendrait qu’exaucer une soif de vengeance.

UN DOUBLE OUI À DIEU (V. 7-9)

Cette promesse de soutien de la part de Dieu, le priant en accuse réception d’une double manière.

À peine sorti des lamentations qu’il proférait tout à l’heure au sujet d’une parole humaine à laquelle on ne peut se fier, le voilà maintenant (v. 7) qui proclame par contraste la sincérité et solidité à toute épreuve de la parole de Dieu. Aux propos hypocrites, injustes ou manipulateurs, il oppose la pureté de la parole divine, comparable à celle d’un métal précieux passé et repassé au raffinage et débarrassé de toute scorie.

Ce qui, enfin, s’exprime en terminant, c’est la confiance envers ce Dieu qui communique aux siens l’assurance qu’il ne les abandonnera pas (v. 8). Le mal, hélas, est là pour rester; ivraie et bon grain devront continuer de pousser ensemble. La méchanceté et le mensonge auront beau ne pas disparaître du monde, l’engeance des impies continuer de s’agiter effrontément (v. 9), le juste tiendra bon pourtant. Dans la certitude qu’il n’est pas seul, appuyé sur une parole qui, elle, ne saurait mentir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le psalmiste

Les autres chroniques du mois