Dieu en famille,

Responsable de la chronique : Raphaël Pinet
Dieu en famille

L’Innommable

Imprimer Par Raphaël Pinet

 

Dans ma famille, on m’appelle le râleur. Ou encore le grognon. Pour d’obscures raisons liées à une éventuelle mauvaise humeur chronique dont je me défends avec acharnement. Si j’émets çà et là quelques critiques, ce ne saurait être des râleries mais des critiques constructives visant à améliorer le fonctionnement en famille ( !) Mais comme chacun sait, on n’est jamais mieux trahi que par les siens. Je dois ce surnom, et j’y tiens, à mes parents qui m’en ont affublé depuis ma tendre enfance. Et comme on ne guérit pas de son enfance, surtout quand elle a été heureuse, il me sert de pansement dans les jours où quelques souvenirs heureux me hantent ; ce sont parfois les plus difficiles à supporter.

Nous recevons tous des surnoms dont beaucoup remontent à la première vie familiale. Pour certains, c’est le boute-en-train, d’autres la joviale ou encore Sœur sourire pour la renfrognée de service ou le boudeur pour celui qui fréquente les coins reculés de la maison en cas de frustration.

Souvent le surnom repose tout de même sur un comportement récurrent. On peut compter sur la perspicacité de la famille pour monter en épingle tel ou tel trait de caractère. Cependant, le surnom peut virer rapidement à l’étiquette, soit que le jugement soit hâtif, caricatural ou réducteur, soit que le surnommé se sente obligé à se conformer aux attentes de son entourage pour le meilleur et pour le pire.

On peut se sentir réduit à une partie de ce que l’on est et ignoré dans les multiples virtualités de notre être, nié dans les possibilités que l’on a d’être au monde. Le surnom réduit et limite l’être dans toute sa complexité.

Que dire alors du nom ou des noms que nous prêtons à Dieu, soit dans nos prières ce qui après tout est anodin, mais surtout dans nos discours sur le divin où le nom que nous prêtons à Dieu en dit plus sur ce que l’on pense de lui que sur ce qu’Il est réellement. Le Tout-Puissant, le Très-Haut (ou le Très-Bas), le Consolateur, le Prince de la Paix, etc. peuvent nous aider dans la quête spirituelle mais aussi nous ralentir en tenant de saisir l’Insaisissable.

Dans La Source que je cherche, Lytta Basset nous met précisément en garde de ne pas chercher à enfermer Dieu dans un nom. Elle rappelle l’importance chez les Hébreux de ne pas prononcer le nom qui est au-dessus de tout nom, le fameux tétragramme YHWH. On peut, selon elle, dire plus facilement ce que Dieu n’est pas, que ce qu’il est. Dieu serait même Celui qui n’est pas là où on pense le trouver (Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant ? Luc 24,5) Cette invitation exigeante est là pour nous rappeler que personne n’a le monopole du discours sur Dieu et que la nature divine éternellement inaccessible ne peut se laisser réduire à quelques attributs forcément réducteurs.

Si l’on considère enfin que le Royaume de Dieu est en nous et qu’une part de nous relève du divin (Vous êtes des dieux, vous êtes tous les fils du Très-Haut Ps 82, 6), alors réduire une personne à un surnom est réduire la part de Dieu qui est en nous, à une toute petite expression de ce que l’amour de Dieu a placé au plus intime de notre cœur. Nous aussi, pauvres humains, nous sommes insaisissables depuis que Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait dieu.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Dieu en famille

Les autres chroniques du mois