Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 4e Dimanche de l’Avent (C)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.


Le temps de la Présence

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 39-45)

En ces jours-là,
Marie se mit en route et se rendit avec empressement
vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie
et salua Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,
l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint,
et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,
et le fruit de tes entrailles est béni.
D’où m’est-il donné
que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

COMMENTAIRE

Nous venons de lire un autre beau et charmant récit de l’évangile selon Saint Luc. Une histoire presqu’intime, traitée avec pudeur, discrétion et précision. Nous prenons sur le vif l’élan joyeux de la vierge Marie. Nous accompagnons cette jeune femme dans sa course pour aller rejoindre celle qui, dans sa vieillesse, porte elle aussi un enfant dont le nom sera Jean, Dieu fait grâce. Le sauveur Jésus va à la rencontre de son précurseur. Le nouveau vient rejoindre l’ancien. L’attente millénaire du peuple juif sera comblée. Le désir et la promesse vont bientôt se réaliser.

Cette belle histoire des deux mamans qui se rencontrent nous rejoint dans nos expériences les plus humaines, en toutes ces fois où nous vivons le bonheur d’une vraie rencontre. Nous aimons alors partager les choses plus essentielles et parfois décisives qui nous arrivent. Qu’il fait bon alors trouver quelqu’un à qui le dire, à qui se confier, avec qui pouvoir mesurer l’ampleur et la vérité de ce qu’il nous est donné de vivre d’intime, de surprenant, d’inédit et de nouveau, dans la peine ou dans la joie!

On devine en tout cas l’enthousiasme et la joie des deux femmes, Élisabeth et Marie, leur fierté devant les prodiges et le mystère d’une fécondité en train de se manifester dans leur corps et dans tout leur être. Elles vivent l’anticipation heureuse de la naissance prochaine d’un enfant. Quoi de plus maternel et de plus féminin? Quoi de plus humain? Vivre intensément le présent, entièrement tourné aussi vers l’avenir, comme s’il était déjà là, avec la conscience du risque encouru, une certaine inquiétude peut-être. De quoi donner le vertige!

Mais cette visitation toute pleine de charme et de beauté si naturelle et même familière, est d’abord porteuse d’une révélation profonde sur l’essentiel de ce qui fait notre salut, elle oriente nos esprits et nos cœurs vers l’avenir de notre foi et de notre espérance. Car Saint Luc – c’est toujours là sa manière –, par ses récits, veut nous instruire. Ce qu’il nous présente aujourd’hui finalement c’est l’accomplissement effectif du grand rêve de Dieu, sa présence réelle et active en notre chair, sur notre terre. C’est l’initiative que le Seigneur prend de venir chez nous. Le Fils de Dieu devient, pour nous rejoindre, un être missionnaire; dès le sein de sa mère, il se révèle un être de Parole et de visitation, dans l’humilité et la joie du service, dans le sens d’une proximité, d’une intime présence. Il vient à la rencontre de nos attentes pour l’annonce d’une Bonne Nouvelle. Par-delà tout l’appareillage compliqué du temple et des sacrifices, il vient lui-même dans le creux de notre chair, prendre chair en nous. « Tu n’as pas voulu de sacrifices ni d’offrandes, est-il écrit, mais tu m’as fait un corps. »

C’est ainsi qu’il vient dans nos maisons, dans nos lieux de travail, de loisirs, de labeurs et de peines, de jeux et de souffrances, pour une présence de réconfort, de paix et d’amitié. C’est ainsi qu’il donne valeur à tout ce que nous vivons dans l’amour. « C’est ainsi qu’il supprime l’ancien culte pour établir le nouveau… Nous sommes sanctifiés, grâce à l’offrande qu’il a faite de son corps, une fois pour toutes. »

Aujourd’hui il nous appelle à le reconnaître, à laisser s’éveiller en nous le goût de l’accueillir et de célébrer sa venue, une venue qui nous sort de nous-mêmes et nous fait vivre avec et pour les autres et pour Dieu, avec plein de vraie joie et de paix à partager désormais entre nous. « Lui-même, il sera la paix! » dit le Prophète.

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