Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

La complicité

Imprimer Par Caroline Pinet

 

L’étymologie du mot complicité nous renvoie à complice qui signifie « prendre part ». Complice lui-même renvoie au latin complex, qui se définit comme « étant étroitement connecté ». Evidemment, aujourd’hui, quand on pense à « connecté » on associe cela immanquablement à internet. Ce réseau informatique met en lien les diverses personnes croisées virtuellement. N’est-ce pas étrange que la connexion soit associée à internet ? Que suppose la connexion, la complicité ?

Elle suppose d’être étroitement liés. Or, internet nous « lie » de manière fort distendue ! Ainsi, sur un sujet donné, nous serons copains comme cochon avec l’internaute qui partage notre point de vue. Mais ce lien est fugace. On se sent « compris » sur le coup ! Mais nous voyons bien les limites de ce lien sitôt qu’une autre conversation nous divisera. C’est une complicité à la carte.

Or, être étroitement liés demande un partage de vie étroit qui permettra de mieux connaître l’autre. Quand je pense à « être complices », je revois immédiatement l’image de deux de mes filles, qui lorsqu’elles avaient deux et quatre ans, m’avaient enfermée dehors alors que j’allais prendre le courrier et avaient pris le contrôle de la maison un instant furtif, le temps que j’arrive par la porte arrière qui n’était pas verrouillée. Je les revois, jubilant, en mettant le produit vaisselle dans la porte du lave-vaisselle. La poudre débordait ! La plus jeune, de sa petite main, étalait par terre le produit en guise de « réparation des dommages ». La plus grande des deux rabattait le fermoir destiné au détergent et fermait la porte de l’appareil ménager en appuyant sur la touche « partir le lave-vaisselle ». En me voyant arriver, les deux fillettes éclatèrent de rire, se regardèrent d’un regard entendu, satisfaites ! Peut-on être plus liées que dans un « mauvais coup » : enfermer maman dehors et devenir cheffes des lieux ? Un véritable putsch !

Je m’aperçois combien la vie réelle, la vie vécue et partagée peut nous lier au point de devenir complices. Les deux mêmes enfants, devenues des jeunes filles à présent, n’ont cessé de lier, de vivre ensemble tant de partages. Combien elles aiment se remémorer que la veille de Noël, elles dormaient ensemble pour se réveiller ensemble le matin et découvrir le sapin miraculeusement envahi par les cadeaux de Noël… Les petits gestes nous lient. Les petits événements, les repas, la vie ordinaire et extraordinaire ; la vie aux heures heureuses et malheureuses sans omettre les disputes ! Car, si les fous rires ont été nombreux, les disputes, les tirages de nattes n’ont pas manqué !!! Mais le tissu de vie qu’elles ont fabriqué les a tellement liées… Récemment, alors que l’une vivait une peine, j’ai vu l’autre pleurer pour sa soeur, pleurer comme si cette peine était devenue sienne…

Car c’est aussi cela la complicité : s’intéresser à l’autre intensément, et que ce qu’il vit soit aussi une part de moi qui vit ou pleure ou rit en même temps. Quand on dit que cela nous tient « à coeur » c’est exactement cela. Vivre une complicité avec l’autre c’est le contraire du zapping des nouvelles, c’est prendre part à ce qui fait vivre l’autre.

Dans le couple, il en est de même, tellement, qu’il suffit parfois d’un regard pour se comprendre au milieu de la foule. Ce regard ne naît pas seul, il naît de la vie partagée. Cette vie qui nous vient non pas du concepteur de Facebook ou de Twitter, mais du Créateur qui nous invite à exister ensemble dans toutes les dimensions de notre être.

 

 

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