Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour la fête de la Sainte-Trinité

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Comment dire Dieu?

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 28,16-20. 
En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

COMMENTAIRE

Vous avez sans doute déjà entendu raconter l’histoire de l’évêque Augustin d’Hippone, qui un jour se promenait sur le bord de la mer, poursuivant ses réflexions sur Dieu et la Sainte Trinité. Il voit qu’un enfant est là, qui puise de l’eau dans la mer avec un sceau. Il verse l’eau dans un trou creusé dans le sable et il retourne aussitôt à la mer pour y puiser encore de l’eau. Augustin s’informe pour savoir ce qu’il est en train de faire. L’enfant lui dit : « Je veux vider toute la mer dans ce trou ».  Le théologien lui dit : « Mais ça n’a pas de bon sens, tu n’y arriveras jamais. »  L’enfant lui répond : « Et toi, tu penses qu’avec ton intelligence tu vas réussir à explorer vraiment le mystère de Dieu? Sache que tu n’y arriveras jamais tellement ce mystère est grand et inépuisable. »

On dit que S. Thomas d’Aquin, qui avait pourtant écrit de gros traités et abordé quantité de questions sur Dieu avec une grande profondeur, constatait finalement  que tout ce qu’il avait écrit lui semblait de la paille face au mystère que sa prière contemplative lui donnait de pressentir.

En fait nous avons tous de la misère à dire Dieu. Il nous échappe. De grands peintres comme Fra Angelico ont évoqué quelque chose de divin dans leurs œuvres. Un homme comme André Roublev a peint une icône remarquable de la Sainte Trinité, qui n’en finit pas de nous instruire sur la vérité intime des personnes divines.

Mais, qui est Dieu? La révélation biblique elle-même a mis bien du temps à nous parler explicitement de lui. Tout l’Ancien Testament nous révèle peu à peu un Dieu personnel et tout-puissant, un Dieu créateur et providence. Un Dieu qui vient vers l’homme et la femme, qui entre en dialogue avec eux, qui fait alliance avec un peuple qu’il accompagne, s’engageant avec lui par serments et promesses. Mais il a fallu Jésus et son message et son témoignage extrême d’amour et de fidélité pour nous introduire dans le plein mystère trinitaire. C’est lui qui nous fait découvrir que Dieu est Père, Fils et Esprit Saint. Jésus lui-même, notre frère en humanité, devient le grand révélateur de Dieu en sa personne. Nous apprenons de lui qu’il est Verbe de Dieu, l’envoyé du Père. Il est lui-même Dieu en notre chair, Dieu chez nous, avec nous. L’Emmanuel. Fils de Dieu fait homme pour nous dire le Père, pour annoncer l’Esprit et nous le donner.

Et encore il a fallu l’effet Pentecôte, la surprenante expérience de l’Église primitive, la réflexion de Paul et des autres, et le travail de nombreux conciles, pour mettre au point ce donné révélé plein de surprises pour l’humanité.

Et nous apprenons finalement que nous touchons Dieu bien plus par la vie que par les mots, que le plus important pour le rejoindre, c’est la vie de l’Église, notre vie à chacun, chacune. Ce qui nous révèle le Dieu vivant, c’est l’espérance chrétienne vécue au jour le jour, c’est le témoignage des saints et des saintes, c’est notre charité active, l’expérience que nous faisons de la prière, de la foi vivante, de la paix et la communion cherchées et vécues entre nous, c’est l’humble service d’un frère, d’une sœur.

L’important c’est la relecture de nos vies, celle des Écritures sous la mouvance de l’Esprit. Il s’agit pour nous de retracer Dieu notre Père et son Fils notre Frère et l’Esprit qui nous tient tous ensemble avec eux. Ce qui compte finalement c’est cette possibilité que nous avons d’avoir part à la vie même de Dieu, d’entrer dans le mystère trinitaire. C’est là que nous trouvons le grand bonheur promis et l’achèvement de notre destinée.

 

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