Dieu en famille,

Responsable de la chronique : Raphaël Pinet
Dieu en famille

A la Pointe du Raz

Imprimer Par Raphaël Pinet

 

Tout au bout de la Bretagne dans le Finistère, là où la terre finit, se dresse un éperon rocheux. Eperon d’un bateau de pierre qui s’enfonce puis se relève sans cesse au gré des flots qui l’assaillent sans se décourager. La marche n’est pas très longue depuis le stationnement en contrebas mais la demi-heure de randonnée monte jusqu’à la crête et nous cache longtemps le navire de granite. On dépasse le phare de la Marine nationale qui guette et veille pour la sécurité des navires où la plupart des pétroliers du monde se croisent d’un peu trop près. Triste mémoire d’un littoral unique au monde souillé d’un profit trop ardent.

Une fois le phare dépassé, nous sentons son regard invisible qui nous protège le long de la sente. Le site est grandiose mais non sans danger ; une pancarte vers la roche qui descend nous avertit que nous avançons maintenant à nos risques et périls ! Mais l’appel du paysage sublime est le plus fort. Nous approchons au plus près encore bien loin des doigts rocheux que lèchent les vagues, là-bas à plus de trois cents mètres.

Nous avons attendu la fin de la journée pour admirer le site puis nous attendîmes le coucher du jour. Déjà, le soleil déclinant caressait au ras des flots l’île de Sein à moins d’une demi-heure de bateau. C’est de là que partirent de jeunes marins sénans à l’appel de la Liberté un jour de juin ’40. Il fallait être rude et courageux pour laisser tout et répondre à l’appel du plus grand que soi. Habiter ce coin austère au ras des flots doit prédisposer les âmes au dépassement et à l’abnégation.

Nous étions là, mon épouse et trois de nos enfants à contempler le paysage étendu à l’horizon, là où la mer et le ciel se confondent. Le froid piquait mais emmitouflés comme nous le pouvions, le ravissement était le plus fort. Parfois quelques mots, parfois le silence. Quelque chose d’indéfinissable nous saisissait et laissait superflues les paroles des familiers qui partagent un moment unique où la vie, trop souvent gaspillée de soucis, devient intensément vécue.

Nulle prière prononcée car tout le paysage était une longue litanie de louange. Il était là mais ne disait son Nom, ou plutôt le moindre rocher jusqu’au plus petit brin d’herbe disaient sa gloire. Le paysage était sublime, l’avons-nous dit. On n’aurait pu croire que le grandiose de la scène proclamerait à grands cris la louange de Dieu. Bien plus que cela ! Cette heure de contemplation était imprégnée de la discrète présence de Celui qu’annonce une brise légère (1R 19,12).


 

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