Dieu en famille,

Responsable de la chronique : Raphaël Pinet
Dieu en famille

Sortie de famille à Pâques

Imprimer Par Raphaël Pinet

 

Marcel Gauchet a pu, voilà quelques années dire que le christianisme était la religion de la sortie de la religion. Cette formule un peu étrange n’annonçait pas la fin programmée du christianisme dans nos sociétés mais que son essence de par l’incarnation du Christ dans la condition humaine était un chemin de liberté à partir duquel l’être humain pouvait concevoir et développer un domaine autonome de Dieu. Il y a donc un paradoxe à voir le progrès de l’esprit humain sembler jusqu’à nier l’héritage chrétien dans nos sociétés alors même que la quête d’autonomie est inscrite au cœur du christianisme des origines.

Le Christ nous veut libre car il ne saurait y avoir d’amour sans liberté d’aimer. Et la première conséquence de ce postulat de la liberté est sa mise à mort sur la croix. Bien sûr, les douze légions d’anges auraient pu arranger « tout ça » mais alors la liberté de croire et d’aimer aurait été abolie. « Il fallait que les Ecritures s’accomplissent » comme l’explique Jésus en route pour le village d’Emmaüs.

On retrouve ce même paradoxe dans les régimes de liberté démocratique où la liberté d’expression est garantie jusqu’aux adversaires de la démocratie libérale. C’est là sa fragilité la plus béante mais aussi son honneur le plus grand. En ces temps troublés où la résurgence du fascisme prend la forme d’une radicalité religieuse qui se veut totale et conquérante, violente et purificatrice, c’est le plus grand défi des citoyens de pays où l’Etat est de droit que d’affirmer ce principe de liberté aussi pour les personnes qui violentent la démocratie en bénéficiant même des garanties de la liberté de ce vivre ensemble.

Enfin dans une famille en pleine évolution, l’éducation et les soins apportés aux tout petits depuis la naissance jusqu’à leur plein épanouissement adulte passe aussi par l’affirmation de cette liberté qui seule, peut parachever l’éducation dispensée pendant de nombreuses années au sein de l’amour parental et fraternel.

On aimerait comme parents les garder tout petits mais il arrive un moment où ce qui reste de ces années de soins patients, de nuits blanches et d’oubli de soi, ce ne sont que quelques photos sur une étagère. Il y a là une petite mort à vivre que connaissent tous les parents dont les enfants sont partis du giron familial. Tous les parents le vivent mais les parents chrétiens peuvent lever les yeux vers la croix et se rappeler que le don de la liberté aux enfants est de la même nature que le don de la liberté du Christ à l’humanité, au risque de la crucifixion.

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