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Responsable de la chronique : Raphaël Pinet
Dieu en famille

Inconditionnelle gratuité

Imprimer Par Raphaël Pinet

 

Quand nous avons, ma femme et moi, accompagné notre fille aînée à l’aéroport pour son départ vers l’Asie, l’émotion était palpable. C’était un départ pour plusieurs mois et normalement, un projet pour plusieurs années. Depuis quelques jours, c’était aussi l’émotion à la maison auprès de ses plus jeunes sœurs auxquelles elle est particulièrement attachée.

Lorsque, la veille au soir, j’étais parti pour ma chorale du lundi au Conservatoire, j’avais rebroussé chemin au bout d’un kilomètre. Après tout, me disais-je, le conservatoire pouvait attendre une semaine. Si la pensée était naturelle, je fus surpris de voir ma fille en avoir les larmes aux yeux. Nous nous sommes serrés tous les trois, ma femme, ma fille et moi, tout en nous disant que nous nous aimons.

Pour tout dire, j’étais un peu surpris de sa réaction. J’étais surpris qu’elle soit surprise de mon retour. J’étais surpris qu’elle ne sache pas qu’il était important que je revinsse pour elle. En fait, il est naturel pour un parent de nourrir au long de sa vie un sentiment d’amour pour ses enfants. Mais l’expérience de l’amour normalement inconditionnel qu’un parent nourrit à votre égard est, à tous égards, quelque chose de tout sauf de naturel. Quand un enfant entre à l’âge adulte, il découvre l’Intérêt, le grand dieu qui régit et régule nos relations sociales. Il découvre l’absence de gratuité qui peut sourdre d’une société fondée sur le donnant-donnant. Mais toujours reviendra-t-il au souvenir d’une enfance fondée, si le parent s’en montre digne, sur l’amour inconditionnel (je vous renvoie à l’excellent et classique Comment vraiment aimer votre enfant du Dr Ross Campbell). Peut-être est-ce là la source d’une nostalgie qui peut nous pousser à tenter de retrouver ce paradis à jamais perdue.

Loin de moi l’idée d’assimiler la relation humano-divine à l’image de l’amour parental. Il reste que le caractère inconditionnel de l’amour divin pour sa créature trouve un écho dans la nature sans condition qu’un parent déploie envers son enfant.

Quand on découvre l’amour de Dieu pour chacun de nous, on reste comme étonné devant le caractère inéluctable de cet amour immérité. Car un amour mérité est un amour payé, payé de retour alors que l’amour de Dieu est de l’ordre de la gratuité absolue. Cet amour sans idée de retour est à l’œuvre au sein de la Trinité telle que représentée par Ivan Roublev : une circulation d’amour sans fin et sans frein entre le Père, le Fils et l’Esprit.

L’amour dans lequel Dieu nous demande de nous insérer et qu’il nous est si difficile comme humains de saisir en toute simplicité est un dialogue incessant entre le Créateur et sa créature dans l’absence rigoureusement totale d’obligation de retour. La seule condition de cet amour est précisément d’être sans condition. Et c’est pourquoi Dieu est le premier à se déclarer et à se dévoiler.

Tu as du prix à mes yeux et je t’aime Is 43, 4

 

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