Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 75 (74) : Dieu jugera avec droiture !

Imprimer Par Christian Eeckhout

 

1 Du maître de chant. « Ne détruis pas. » Psaume. D’Asaph. Cantique.
2 A toi nous rendons grâce, ô Dieu, nous rendons grâce,
Proche est ton nom, qu’on publie tes merveilles.
3 « Au moment que j’aurai décidé,
je ferai, moi, droite justice ; 4 la terre s’effondre et tous ses habitants : j’ai fixé, moi, ses colonnes. » – (pause)
5 « J’ai dit aux arrogants : Pas d’arrogance ! aux impies : Ne levez pas le front, 6 ne levez pas si haut votre front, ne parlez pas en raidissant l’échine. »
7 Car ce n’est plus du levant au couchant, ce n’est plus au désert des montagnes 8 qu’en vérité, Dieu, le juge, abaisse l’un ou élève l’autre : 9 Yahvé a en main une coupe, où fermente un vin épicé ; il en versera, ils en sucreront la lie, ils boiront, tous les impies de la terre.
10 Et moi, j’annoncerai à jamais, je jouerai pour le Dieu de Jacob ; 11 je briserai le front des impies ; et le front du juste se relèvera.
Traduit par © La Bible de Jérusalem, Éditions du Cerf, Paris 1998


Verset 1 Ce cantique appartient au recueil de 12 psaumes d’Asaph (Ps 50 et 73-83). Il est l’un des chantres attachés au culte du Temple au Dieu unique à Jérusalem, dans la période israélite d’avant l’exil ou dans la période juive après le retour d’exil à Babylone. Il proteste face aux prétentions des gens vantards : Dieu seul est juste juge : il jugera certainement avec droiture !

Le psalmiste utilise trois genres littéraires : l’hymne dans son inclusion sur le nom divin (’elōhîm et Yahvé) aux vv.2 et 10 ; l’oracle prophétique aux vv.3-6 et l’instruction de sagesse aux vv.7-9. La conclusion est claire au v.11 : les prétentieux seront humiliés tandis que le juste sera rétabli, loué. Fort de cette conviction, la communauté affirme les merveilles (v.2) du Créateur maître de l’univers (vv.7-8). Au plan de sa structure, le Ps 75(74) présente un diptyque en quatre parties : vv.2-3 ; 4-6 ; 7-8 ; 9-11 de type A.B.A’.B’. Voyons de plus près :

v.2 C’est par une forte reconnaissance que la communauté exprime sa gratitude envers Dieu pour son action de juge et souhaite que les lèvres publient cette merveille et bien d’autres ! vv.3-6 Le psalmiste proclame la justice divine dans une communauté qui y croit : Dieu revendique sa prérogative de pouvoir rétablir la justice bafouée par les arrogants et les impies. Devant l’effondrement d’une planète et de ceux qui l’habitent à cause de leur comportement, la fixation de son assise demeure stable par l’action créatrice de Dieu, selon la conception cosmique antique d’une terre plane dont la base repose sur de fermes piliers. Au sujet des impies aux v.5-6 et 11, la répétition du mot hébreu « ןרֶקָ » est à décoder : c’est « la corne », qui a été traduit par « le front ». C’est le symbole de puissance et de vigueur (vv.5.6, sens métaphorique, cf. Ps 18,3 ; 89,18 ; Za 2,1). Donc on peut comprendre le reproche adressé aux impies qui « le prennent de haut », qui sont présomptueux. Et ce même mot décrira plutôt « la force » des impies au v.11 (métonymie). Ce triple impératif dit l’avertissement maximal en vue de mettre fin à cet abus.

vv.7-8 La leçon de sagesse en discours indirect insiste sur le fait que l’avenir de l’homme et son sort ne dépend pas d’un lieu de la terre, que ce soit l’Orient ou l’Occident. Mais c’est de Dieu qu’il vient, mettant chacun à un juste niveau. C’est à l’égard de tous les impies, d’où qu’ils soient, que s’exerce le jugement divin.

v. 9 Le thème prophétique de « la coupe » manifeste quant à lui la colère divine pour ses opposants. Aucun impie ne pourra résister au vin fort qui l’annihilera.

v. 10 Le psalmiste persiste dans son option préférentielle pour «  le Dieu de Jacob », celui du 3e patriarche, souvent invoqué dans les psaumes (notamment 46,4.8.12 ; 76,7 ; 81,5 ; 84,9 ; 114,7 ; 146,5). v.11 La finale annonce la fin « des impies » au pluriel et dit l’avenir « du juste » au singulier : il sera élevé, relevé.

Du point de vue juif, le Ps 75(74) est un chant du peuple de Terre sainte qui développe un oracle divin énoncé par un prêtre ou un prophète (v.3-6) en lien avec le culte du Temple. Cet oracle annonce aux impies qui se vantent avec arrogance que leur jugement va venir. On peut penser aux oracles de Jérémie contre les nations païennes avec la vision de « la coupe » à boire (Jr 25,15-17 ; 48,26 ; 49,12 ; 51,17). Le jugement sera repris plus tard dans déclarations du prophète Daniel face au roi chaldéen Balthazar qui buvait dans les vases dérobés au Temple (Dn 5). L’abaissement et l’élévation par la justice divine se retrouvent dans le cantique d’Anne au 1er livre de Samuel (1S 2,1-10) : Dieu qui pèse les actions abaisse et aussi élève.

Du point de vue chrétien, l’évangile fait clairement écho au v. 8b : « Quiconque s’élèvera sera abaissé et quiconque s’abaissera sera élevé. » (Mt 23,12) Le verset final est dans le même esprit. Il se retrouve dans le Magnificat de Marie (Lc 1,5). Il exprime d’une part les appels à la délivrance des croyants qui acclament le Messie qui a réalisé tant de merveilles en sa vie publique et par sa résurrection ! Le cri en faveur de la justice de Dieu (Is 51,8) résonne à l’entrée de Jésus dans Jérusalem : « Hosanna ! » (Mt 21,9 ; Mc 11,9-10 ; Jn 12,13). D’autre part ce chant annonce déjà la justice du « Fils de l’homme » (Mt 25, 31) et du « Roi » (Mt 25,34.40.41.45) en fonction des actes de notre vie. C’est un appel à la vigilance dans la solidarité envers le prochain et un avertissement de la crainte de Dieu à l’égard des potentats ou des égoïstes solitaires. (cf. l’heure du jugement annoncé aux idolâtres par les anges en Ap 14,9-10). Le Dieu de Jésus-Christ est communion d’Amour (Agapè) et de vie et non pas de domination orgueilleuse arrogante ; c’est pourquoi Jésus boira la coupe de colère au jardin de Gethsémani à la place des pécheurs pour que nous puissions boire à la coupe du salut, celle de l’Eucharistie, comme le note André Feuillet (Le sacerdoce du Christ et de ses Ministres, Paris 1972, p.118).

Dans la liturgie des Heures de l’Eglise, le psaume 75(74) est chanté lors de la prière du milieu du jour du mercredi de chaque 3e semaine. Proposant de louer Jésus qui peut faire droite justice car il a été glorifié après sa vie de service et son abaissement (cf Jn 12,23).

fr. Christian Eeckhout, o.p. – Jérusalem = Pour la page du PSALMISTE sur le site www.spiritualite2000.com en janvier 2018.

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