Dieu en famille,

Responsable de la chronique : Raphaël Pinet
Dieu en famille

Le frère et le jardinier

Imprimer Par Raphaël Pinet

Récemment, nos enfants se sont retrouvés à Paris le temps d’un week-end. Sur l’initiative de notre fille aînée, nous avons lâché prise, ma femme et moi, et accepté de confier la petite dernière, Marguerite, à l’une de ses grandes sœurs pour le trajet en train jusqu’à Paris. Ils se sont retrouvés au musée du Louvre près de la pyramide inversée.

Notre aîné, qui travaille à Londres, avait voulu faire la surprise à sa petite sœur en venant sans la prévenir.

Soudain Marguerite se trouve devant lui et ne réagit pas. Le temps s’écoule. Une minute, puis deux, puis trois minutes. Amusé, le grand frère ne dit rien (ce n’est pas un bavard !). Tout à coup, le visage de Marguerite s’illumine ; elle reconnaît son grand frère, crie son nom et lui saute au cou !
Elle nous expliqua de retour à la maison qu’elle voyait souvent dans la rue plein de gens qui ressemblent à ses frères et sœurs mais qu’elle les prend simplement pour des sosies de ceux qu’elle aime. Au Louvre, elle est donc restée impassible devant le « sosie » de notre aîné qui n’était autre … que le sosie de son sosie : lui-même.

Voilà donc une anecdote qui fait réfléchir. Comment peux-tu rester aussi longtemps devant un visage connu et aimé sans le reconnaître ? On se rappelle le film Le Retour de Martin Guerre avec Gérard Depardieu où toute une communauté se déchire sur l’identité de celui qui revient au village. Certains disent que c’est Martin, d’autres que c’est un imposteur. A croire que l’œil en Occident a évolué au cours des âges pour gagner en acuité et que le sens de la vue a primé sur les autres sens. Cette évolution historique se retrouve peut-être ramassée en quelques années dans l’acquisition d’une culture visuelle chez un jeune enfant de nos jours.

Mais cette tentative d’explication n’épuise pas la question : comment peut-on ignorer un visage aimé, celui de mon frère ?

Alors que les disciples d’Emmaüs marchent 14 km à côté de Jésus tout en ignorant son identité, Marie-Madeleine cherche le corps de Jésus et reste à côté du Christ sans le reconnaître ! Il faut donc croire que nous pouvons ignorer quelqu’un en pensant qu’il n’est pas celui qu’on croit. Mais d’où vient ce moment de bascule, ce moment de conversion du cœur (tout brûlant) où nous reconnaissons avec joie notre erreur ?

Evidemment, Jésus est là pour nous aider. Si vous côtoyez quelqu’un qui se met à partager le pain en bénissant Dieu, méfiez-vous : vous risquez de vous méprendre sur l’identité de votre compagnon de voyage. Si le jardinier que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam ( !), vous appelle par votre nom, ce n’est peut-être pas le jardinier mais quelqu’un qui vient en toute simplicité de détruire les portes de la Mort.

Sauf que Dieu aime bien agir dans la discrétion. Les trompettes de Jéricho, les annonces sensationnelles en tee-shirt faussement décontracté à la Steve Jobs, la une des journaux ou le bonheur annoncé du dernier Black Friday, ce n’est pas son truc.

Il faut donc apprendre à reconnaître son frère comme nous l’a enseigné le Maître.
Poser un regard d’amour sur lui, partager du temps avec, lui rendre service, en recevoir, vivre avec mon frère, apprendre à le connaître, s’intéresser à ses goûts, jouer avec lui dans un temps libéré et gratuit. La liste est longue de tout ce que l’Evangile nous apprend sur l’économie de nos relations avec nos frères et sœurs.

Et parfois, dans nos pauvres vies, il arrive un moment béni où nous reconnaissons notre frère, notre sœur, pour ceux qu’ils sont, dans la vérité d’un temps fugace. C’est alors l’éveil de notre conscience qui fait de nous furtivement une page d’Evangile.


Jean 20, 14-16
Elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. »
Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni !», c’est-à-dire : Maître.

 

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