Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 26e Dimanche. T.O. Année A

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

À la source d’une conversion

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 21,28-32.

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne’.
Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas. ‘ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur ! ‘ et il n’y alla pas.
Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.
Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole.

COMMENTAIRE

Il y a quelques années, voyageant avec une de mes sœurs, j’ai eu la chance de séjourner à Berlin, en Allemagne. Cette capitale évoque pour tous un moment douloureux vécu au siècle dernier, la 2e Guerre mondiale. Berlin est le lieu où furent prises les décisions qui ont alors plongé le monde dans les pires atrocités. Nous n’allions pas à Berlin pour ressasser tous ces malheurs. Mais nous ne pouvions pas ne pas y penser ni ne pas voir la façon dont on y rappelle cette période si pénible.

La ville ressemble à nos grandes villes modernes, avec en plus l’audace d’une architecture souvent originale. Il a bien fallu reconstruire cette cité si largement détruite par les bombardements alliés qu’en mai 1945. Mais au milieu de cette renaissance époustouflante, un fort accent est mis sur le souvenir d’un passé qui a marqué grandement la conscience allemande. Rien pour rappeler le rêve nazie et s’attarder sur le drame de la guerre, mais beaucoup de monuments qui demandent pardon, qui évoquent à regret les offenses portées aux juifs, aux roms, aux infirmes, à toutes les victimes de ces euthanasies massives décrétées par le régime et mises à exécution pendant ces années noires. De cela on se souvient et on ne veut pas que ça se répète. Le grand mur, tombé en 1989, a été conservé partiellement pour dire le vœu de réconciliation et d’unité qui est au cœur et dans l’esprit des gens. Cette ville a beaucoup souffert et semble vouloir crier au monde sa conversion, son appel au pardon, son message désormais de paix.

Toute la parole entendue aujourd’hui nous invite à donner sa chance à celui ou celle qui revient, à celui ou celle qui veut revenir. Se donner le droit et la possibilité de changer d’idée quand on est mal parti. Nous avons droit à la conversion. Devant le refus et le péché, nous ripostons, nous châtions. Dieu, lui, n’est pas de cette tendance. « Je ne désire pas la mort du méchant », affirme la 1ère lecture. L’esprit de vengeance et de revanche n’arrange rien. Il fait plutôt monter l’escalade de la violence. Le méchant alors s’endurcit. Il n’y a plus de fin à la guerre! N’est-ce pas ce qui arrive avec ces guerres qui n’en finissent plus au Moyen-Orient. Les choses n’ont fait qu’empirer à force de frappes et de démolition et de prétendues punitions. C’est bien triste et interminable quand on se laisse prendre au jeu de la violence!

On le voit bien dans nos relations à bien plus petites échelles, entre nous, dans nos familles, dans nos divers groupes. Il y a toujours avantage à s’entendre, à stopper nos machines de guerre, à quitter nos barricades, à faire la paix. Ce n’est pas facile, on le sait. Il n’en dépend pas que de nous. Les responsabilités sont partagées. Pour agir sur les cœurs, il faut les dons de l’Esprit. Car c’est une œuvre divine qui s’accomplit quand vient la paix. Rappelons-nous la béatitude : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu. »

À Rome, un Synode a eu lieu en octobre 2014, qui s’est poursuivi en 2015. Le thème en était : « Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation ». Les questions liées à la vie en couple, à la vie de famille, à l’éducation y furent débattues. La famille est un lieu où il se passe de belles choses, mais où il arrive parfois des tourmentes et des conflits. Il faut souhaiter que les deux Synodes portent du fruit par les propositions et l’enseignement qui furent présentés au monde chrétien dans le document Amoris Laetitia du Pape François. Il s’agit de renouveler, à la lumière de l’Évangile et de la réflexion de l’Église, notre sens de l’amour et de la famille et de le proposer dans le contexte moderne.

La parole de ce jour nous l’a rappelé : la conversion, le pardon, la réconciliation, c’est possible! Mais pour y arriver il nous faut contempler longuement le mystère de Dieu lui-même, tel qu’il nous est révélé : Dieu d’amour – bon père de famille – qui nous donne de vivre nos aventures humaines dans l’immense charité du Père, du Fils et de l’Esprit.

2 réflexions au sujet de « Homélie pour le 26e Dimanche. T.O. Année A »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois