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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Rêver sa vie : MOONLIGHT : L’HISTOIRE D’UNE VIE et POUR L’AMOUR D’HOLLYWOOD

Imprimer Par Gilles Leblanc

Qui n’a pas espéré la réalisation d’une vie à la mesure de ses aspirations les plus profondes? C’est le propos de deux films qui viennent d’être honorés à la remise des Oscars 2017. Proclamé meilleur film de l’année, le magnifique MOONLIGHT : L’HISTOIRE D’UNE VIE du réalisateur Barry Jenkins décrit le sort réservé à un jeune afro-américain de Miami. Pour sa part, le talentueux Damien Chazelle a été élu meilleur réalisateur avec le film POUR L’AMOUR D’HOLLYWOOD qui présente le parcours amoureux de deux jeunes artistes en devenir.

MOONLIGHT : L’HISTOIRE D’UNE VIE

Les individus sont-ils le produit de leur environnement? C’est la question complexe posée par cet excellent film de Barry Jenkins, librement inspiré de la pièce « In Moonlight Black Boys Look Blue » de Tarell Alvin McRaney. Au centre du tableau, un thème rarement abordé: la masculinité afro-américaine, ici illustrée à travers l’expérience d’un spécimen émouvant, écartelé entre ce qu’il est réellement et le rôle que la société lui réserve.

Chiron, huit ans, tente d’échapper à des enfants qui le poursuivent. Juan, le trafiquant de son quartier, lui vient en aide et, rapidement, le prend en affection. Avec sa petite amie Teresa, le revendeur fait de sa maison un refuge occasionnel pour le garçon négligé par sa mère célibataire. Laquelle s’abandonne peu à peu à l’emprise du « cristal meth » dont Juan fait le commerce.

Huit années passent et Chiron, bon élève timide, est toujours persécuté par ses camarades de classe. L’état de sa mère s’est détérioré, mais son amitié avec son copain Kevin s’est renforcée et a pris un tournant sentimental. Peu après, le matamore de l’école ordonne à Kevin de lui flanquer une raclée. Par lâcheté, ce dernier s’exécute. L’incident a sur Chiron un impact dévastateur, qui fait dévier son destin. Huit autres années passeront avant que les deux adolescents devenus adultes se retrouvent.

Le film se distingue par la rigueur subtile de sa mise en scène, coulante et curieuse, sans jamais être intrusive. Signalons également la simplicité de sa structure en trois temps, tels les mouvements d’une sonate, et l’immense richesse psychologique du héros de peu de mots. Même s’ils sont assez différents physiquement, les trois acteurs qui l’interprètent ont en commun une vulnérabilité touchante. Des trois temps du film, le dernier reste le plus puissant, sans doute parce qu’il fait sobrement, et avec honnêteté, la somme des deux premiers.

POUR L’AMOUR D’HOLLYWOOD

Après l’intimiste et percutant WHIPLASH, Damien Chazelle continue de conjuguer au cinéma sa passion pour le jazz, à travers un projet de plus grande envergure, encore plus satisfaisant que le précédent. Romantique, vigoureux, libre, POUR L’AMOUR D’HOLLYWOOD (LA LA LAND, en américain) rend un hommage à un genre suranné – la comédie musicale façon SINGIN’ IN THE RAIN – que le cinéaste affectionne visiblement. Ce qui ne l’empêche pas de renouveler complètement le genre et de réinventer le lieu de son action, ici un Los Angeles au carrefour du réel et du rêve.

Établie depuis six ans à Los Angeles, Mia travaille dans un café et vogue d’audition en audition, dans l’espoir de décrocher un rôle qui lancera sa carrière d’actrice. Sebastian, pour sa part, gagne son pain en jouant du jazz consensuel dans un restaurant guindé. Mais dans son for intérieur, il carbure au free-jazz et ambitionne de fonder sa propre boîte de nuit. Un concours de circonstances va amener ces deux rêveurs à se rencontrer, puis à s’aimer, solidairement soudés par les vicissitudes de la vie d’artiste.

L’espoir professionnel renaît quand un groupe offre à Sebastian un lucratif job de claviériste, et que Mia trouve le courage d’écrire son propre one-woman-show. Mais plutôt que de les rapprocher, le succès creuse un fossé entre eux.

Sur les thèmes des malentendus amoureux et de la pureté artistique, cette œuvre sans compromis séduit par sa réalisation ambitieuse, élégante, fluide, sans traces d’effort. Et ce, malgré des prises de vues vertigineuses à la grue, dont la toute première (une chorégraphie autoroutière) constitue déjà un morceau d’anthologie. Chazelle a eu les moyens de ses ambitions et les a employés à bon escient: son film est un spectacle de cinéma haut en couleur, par ailleurs défendu avec brio par une distribution impeccable de laquelle se détachent les inspirés Ryan Gosling dans le rôle de Sebastian et Emma Stone dans celui de Mia.

Gilles Leblanc

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