Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 5e dimanche du carême (A)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Le rendez- vous de Béthanie

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 11,1-45. 
En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur.
Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade.
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.
Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.
Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »
Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? »
Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ;
mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »
Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »
Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. »
Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil.
Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort,
et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »
Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.
Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –,
beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère.
Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison.
Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.
Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »
Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »
Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ;
quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »
Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. »
Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus.
Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.
Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé,
et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. »
Alors Jésus se mit à pleurer.
Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »
Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.
Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. »
Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.
Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »
Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »
Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

COMMENTAIRE

Depuis trois dimanches, les récits d’Évangile nous donnent de contempler sur le vif le mystère du Christ. C’était d’abord avec la Samaritaine au puits de Jacob. Jésus entre en dialogue avec elle et ils parlent tous les deux des grandes soifs qu’ils ressentent. Ce sont de nos soifs qu’ils parlent et de celles de Dieu. La femme de Samarie accueille l’annonce d’une eau vive qui purifie, désaltère et fait vivre pour de bon. « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n’aie plus soif. » dit-elle à Jésus.

Puis ce fut l’aveugle de naissance à qui notre Seigneur donne de voir, et qui se trouve, du fait de sa guérison, confronté à tout son entourage. L’homme accueille à la fin le Christ lui-même, alors que déjà il lui rendait témoignage sans le connaître : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui? ».

Et aujourd’hui c’est l’heure de Béthanie. Cette fois nous sortons de l’anonymat des personnages, pour entrer dans le monde chaleureux de l’amitié, où nous retrouvons Marthe et Marie et Lazare. Les deux sœurs, vivant le deuil de leur frère, en éprouvent une grande tristesse; elles se buttent à l’absurde de la mort, comme nous d’ailleurs.

Et quand Jésus s’amène auprès de ses amies avec ses disciples, nous comprenons qu’il le fait à ses risques et périls. La proximité de Jérusalem met sa vie en danger. Le récit nous donne le temps de mesurer la gravité et l’enjeu du geste de Jésus. Puis nous voyons la douleur qu’il ressent, la part qu’il prend, généreuse, au deuil et à la détresse des deux femmes. Dans cette situation extrême où il rejoint Marthe et Marie, et chacun de nous dans nos deuils, le Christ montre sa grande fidélité à notre condition humaine dans une présence qui se fait à la fois sensible, intime et fraternelle. Il pleure avec nous.

Dès lors Jésus est pris au jeu d’une compassion qui l’entraîne à poser le geste que nous savons. Il éveille et réanime son ami Lazare en l’appelant par son nom. La prière de Jésus à son Père a raison de la mort de son ami. Que dire de plus sur la puissance de l’amour du Fils bien-aimé? « Père, je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours. »

L’amitié qu’elles vivent avec Jésus devient pour Marthe et Marie un chemin de foi. Elles font confiance à celui dont elles savent d’instinct que son amour est plus fort que la mort. « Seigneur, si tu avais été là mon frère ne serait pas mort. » Voilà le reproche qu’elles lui font l’une après l’autre, qui est aussi un acte de foi en lui. La parole du Christ a ce pouvoir d’arracher leur frère à la mort.

Le signe de Béthanie nous invite à miser nous aussi sur l’amour du Christ, à mettre en lui notre espérance. Mais accompagnons-le d’abord et suivons jusqu’au bout celui qui nous fait don de sa vie. Rappelons-nous la réaction de Thomas quand Jésus quitte la Transjordanie pour monter en Judée : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui. » En plus d’ajouter à la dramatique du récit, cette parole est prophétique en ce qu’elle nous engage avec Jésus pour une marche d’amour, d’abandon et d’offrande de nous-mêmes, pour vivre avec le Christ le passage de la mort, pour atteindre avec lui à la victoire des ressuscités, avec lui qui nous éveillera en temps voulu du sommeil inévitable de la mort.

N’est-ce pas cette montée pascale de ses disciples avec le Christ, la traversée de la mer, du désert et de la mort, que l’Eucharistie nous permet de célébrer? N’est-elle pas, cette eucharistie, le lieu béni où nous pouvons apprivoiser la mort et la vaincre à jamais dans la puissance du Ressuscité qui nous entraîne avec lui vers la Vie, puisque l’Esprit de Dieu habite en nous?

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