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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Mal de pères : MANCHESTER BY THE SEA et LE FILS DE JEAN

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La référence paternelle est essentielle dans la vie. Toutefois, des situations sont plus dramatiques que d’autres. Deux films récents en font la démonstration. Dans son subtil MANCHESTER BY THE SEA, le réalisateur américain Kenneth Lonergan décrit la relation tumultueuse entre un adolescent et son oncle qui doit remplacer le père décédé tragiquement. Pour sa part, le Français Philippe Lioret décrit avec doigté que la recherche du père biologique réserve déceptions et surprises dans LE FILS DE JEAN.

MANCHESTER BY THE SEA

Avec beaucoup d’à-propos et de lucidité, ce drame familial très touchant de Kenneth Lonergan Lonergan scrute les notions d’amour fraternel, de transmission, de communauté, de sacrifice… De survivance aussi, celle d’un homme dévasté par une erreur impardonnable.

À la mort de son frère aîné Joe, Lee Chandler (Casey Affleck, brillant) est ébranlé d’apprendre qu’il a été désigné comme unique tuteur de son neveu Patrick (Lucas Hedges, crédible). Prenant congé de son emploi, Lee retourne à contrecœur vers Manchester-by-the-Sea afin de prendre soin de Patrick, un fougueux jeune homme de 16 ans, et se trouve ainsi forcé de faire face aux circonstances qui l’ont mené à se séparer de sa femme Randi (Michelle Williams, formidable) et de la communauté où il est né et fut élevé. Liés maintenant par le souvenir d’un homme ayant maintenu le lien familial, Lee et Patrick peinent à s’ajuster à une existence sans lui.

Touche par touche, à l’aide de courts retours en arrière implicites misant sur le non-dit, le réalisateur américain (YOU CAN COUNT ON ME) dévoilera des pans de la vie somme toute heureuse des frères Chandler, tout en explorant la cohabitation forcée et la relation maladroite entre Lee et Patrick. Lonergan ne cherche pas à forcer l’émotion. Il préfère installer sa caméra à distance, cadrant large, pour laisser toute la charge émotive s’imposer d’elle-même. Cette approche respectueuse et attentive génère des moments très forts.

Le tout porté par une performance exceptionnelle de Casey Affleck dans la peau de cet écorché vif. Il compose un homme taciturne, rongé par le désespoir, fantôme de lui-même qui erre dans une vie dont il est dépossédé par la souffrance. Son visage douloureux, fermé comme un poing, livre à chaque instant son fardeau. Son interprétation fait de lui un sérieux candidat à l’Oscar 2017 du meilleur acteur dans un rôle principal.

LE FILS DE JEAN

Une curieuse bête hybride que ce film LE FILS DE JEAN car il s’agit d’une coproduction franco-québécoise menée par le Français Philippe Lioret (JE VAIS BIEN, NE T’EN FAIS PAS) et tournée au Québec avec plusieurs comédiens de la Belle Province.

Le scénario s’attache à Mathieu (Pierre Deladonchamps), un trentenaire français qui apprend la mort de son père qu’il n’a jamais connu. Sa mère lui a toujours dit qu’il était le fruit d’une aventure d’un soir. Le papa était Québécois et quand Mathieu apprend qu’il a, de l’autre côté de l’Atlantique deux demi-frères tout aussi inconnus, il décide d’aller assister aux funérailles. Il entre en contact avec Pierre (Gabriel Arcand), proche ami de son père qui lui sert de guide pendant les trois jours de son périple québécois. 

Pierre est un type renfrogné. Un médecin révolté recyclé dans les médecines douces. Il désapprouve ouvertement l’ardent désir de Mathieu de rencontrer ses frères. Il accepte cependant, mais à contrecœur, de l’emmener au chalet sur le lac où son père, dont on n’a pas retrouvé le corps, s’est noyé. Il y rencontre ses demi-frères Sam (Pierre-Yves Cardinal) et Ben (Patrick Hivon) venus justement pour retrouver le corps. Le contact n’est pas ce qu’il souhaitait mais au moins, Mathieu n’aura pas fait le voyage en vain.

À son habitude, Lioret est sensible et pudique. Tout en nuances, en non-dits bien assumés sans qu’on joue trop lourdement le poids des secrets inavouables. Au sein de la distribution des rôles, on retrouve Marie-Thérèse Fortin, toute en retenue, dans la peau de l’épouse de Pierre, discrète, compréhensive mais pas moins perspicace et aussi Catherine de Léan, crédible dans le rôle de sa fille. Mais surtout, LE FILS DE JEAN est un autre hommage à l’extraordinaire talent de Gabriel Arcand. Son vieil ours grincheux de Pierre cache maladroitement sa grande sensibilité et l’interprète le fait avec un dosage renversant.

Un beau film, fin et émouvant, qui a remporté le Prix du public à Cinémania à l’automne dernier.

Gilles Leblanc

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