Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 130 (129) Espoir en Dieu qui accorde le pardon

Imprimer Par Christian Eeckhout, o.p.

Retour de l'enfant prodigue. Rembrandt

1 Cantique des montées.
Des profondeurs je crie vers toi, Yahvé,
2 Seigneur, écoute mon appel.
Que ton oreille se fasse attentive à l’appel de ma prière

3 Si tu retiens les fautes, Yahvé,
Seigneur, qui subsistera ?
4 Mais le pardon est près de toi
pour que demeure ta crainte.

5 J’espère Yahvé, j’espère de toute mon âme,
et j’attends sa parole ;
6 mon âme attend le Seigneur
plus que les veilleurs l’aurore ;
plus que les veilleurs l’aurore,
7 qu’Israël attende Yahvé !

Car près de Yahvé est la grâce,
près de lui, l’abondance du rachat ;
8 C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes.

Traduit par © La Bible de Jérusalem, Éditions du Cerf, Paris 1998

Présentation
Le psaume 130 (129) est un écrit oriental biblique qui appartient à la série des chants de pèlerinages ou « des montées » (v.1) vers Jérusalem (Ps 120 (119) à 134 (133)). Ils sont assez brefs (sauf celui qui est destiné à l’anniversaire de la translation de l’arche d’alliance à Sion, 132 (131)) et étaient chantés par les juifs montant les marches ou degrés d’accès à l’esplanade du Temple à Jérusalem. Ils font suite à la série des « Psaumes du Hallêl égyptien » (113 à 118) célébrant dans la louange la joie de servir le Seigneur Dieu dans la liberté retrouvée.

Dans cette prière, le croyant parle en premier lieu à Yahvé le Seigneur (v. 1-6) et le questionne pour lui-même (v. 3), avant d’élargir sa prière à « Israël » (v. 7-8) où il affirme une réponse du rachat de ses fautes. Il ne se fatigue pas d’espérer aboutir. Il se battra jusqu’au bout, sachant que tout le monde est en dette par rapport à la Loi et qu’il arrivera à convaincre le juge d’accorder la rémission des fautes.

L’accent de ce psaume pénitentiel et de confiance en Dieu est double : d’une part il est placé sur la profonde misère humaine et, d’autre part, sur la forte espérance du priant en la puissance de miséricorde de Dieu. Le psalmiste « crie » littéralement vers Yahvé (v. 1-2), dont il attend le pardon des « fautes » commises (v. 4 et 8). Notre psaume reprend un des grands thèmes bibliques de la supplication avec ténacité et de questionnement direct adressé à Dieu en vue de la fin des misères, de la guérison ou du pardon : au Ps 4,2 : « Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice » et au Ps 30 (29), 3.9-10 : « J’ai crié vers toi, Seigneur, j’ai supplié mon Dieu », ainsi que le Ps 51 (50), 11 : « Détourne ta face de mes fautes ». Le Ps 141 (140),1 va dans le même sens : « Seigneur, je t’appelle, accours vers moi, écoute mon appel quand je crie vers toi. »

Au v.1, le psalmiste se situe dans les « profondeurs », – comme s’il était déjà mort – utilisant cette topographie ‘souterraine’ pour exprimer sa détresse, pour faire monter vers Dieu son cri de détresse. Il se sent à tel point éloigné de Dieu qu’il doit émettre un « cri » pour se faire entendre. V.2 : Dieu n’a pas d’ « oreille » mais Il peut être attentif à ses créatures, comme Il a vu en Egypte « la misère de son peuple » et entendu « son cri » (cf. Ex 3,7.9). V.3 : Le croyant se reconnaissant fautif et pour « toutes les fautes d’Israël » il interpelle Dieu comme étant le seul recours, le seul qui puisse le faire vivre par « le rachat ». V.4 : c’est par le la foi au don du pardon qu’il en vient à cet abandon à Dieu. V.5 exprime l’espérance intérieure immense en la réponse du juste juge : « j’attends sa parole » ! Redoublant d’attente le v.6 illustre l’ « âme » sur le ‘qui-vive’ avec l’image reprise par deux fois des « veilleurs » en éveil vigilant jusqu’à ce qu’enfin pointe « l’aurore ». Le psalmiste en vient à prier tout le peuple d’« Israël » à être attentif à « Yahvé. » La tension trouve réponse heureuse en la finale (v. 7bc-8): « la grâce et l’abondance du rachat » se trouvent « près de Yahvé » ! La délivrance est annoncée pour la rémission des fautes du croyant, puis du peuple juif entier « Israël ».

Réception chrétienne

Si ce psaume d’appel fort à la persévérance dans l’attente du pardon n’est pas cité dans le Nouveau Testament, nous pouvons tout de même y déceler son écho, du moins sa prolongation dans la vie des appauvris ou des pécheurs. En effet, plusieurs appels insistants se font entendre en direction de Jésus. On se souviendra non seulement des « cris » d’un, voire deux aveugles, lorsque Jésus passe à Jéricho (cf. Mt 20,30-31 ; Mc 10,47-48 ; Lc 18,38-39). Et dans l’Evangile qui fait le plus de place à la prière et à la miséricorde de Dieu – quand Jésus est cloué sur la croix au Golgotha juste au dehors de Jérusalem – il a exaucé le cri du psalmiste en sa prière : « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Dans le même esprit, Jésus a affirmé sa rédemption à l’un des malfaiteurs exécutés avec lui, qui avait repris ceux qui outrageaient et injuriaient le Christ : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23,43). Car, après avoir proclamé l’innocence de Jésus, le « bon larron » avec autant d’espoir et d’attente de la part de Jésus que notre psalmiste en avait de la part de Yahvé, le suppliait instamment : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume ! » (Lc 23,42). Retenir ou non les fautes est en outre un don que Jésus ressuscité fera aux disciples avec la force de l’Esprit-Saint : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » (Jn 20,23 ; cf. Mt 16,19 ; 18,18), après avoir appris à ses disciples à agir avec charité en pardonnant aux autres. Ainsi se vit la justice du Royaume : « Remets-nous nos dettes, comme nous avons remis à ceux qui nous devaient » (Mt 6,12 ; cf. Lc 11,4). Recevoir le pardon ou le rachat de nos torts envers Dieu, comme l’indique à juste titre en note la Traduction œcuménique de la Bible – Nouveau Testament : « C’est la grâce par excellence, puisque nous sommes incapables de réparer notre péché. » (cf. v.7b : « près de Yahvé est la grâce »)

Dans la liturgie des heures

Dans la liturgie de l’église catholique, le Psaume 130 (129) est chanté aux vêpres du IVe samedi et aux complies de chaque mercredi. Car ce cantique convient bien pour le soir afin de ne jamais se coucher sans s’être réconcilié. Il est encore chanté le Ve Dimanche du carême de l’année A, ce temps de pénitence qui exprime la confiance et la foi dans le pardon divin acquis par le sacrifice volontaire et la résurrection du Seigneur Jésus ; et le IIe Dimanche du temps ordinaire de l’année B, pour chanter dans la joie de Noël celui dont l’ange du Seigneur avait annoncé la venue et le nom à Joseph, fils de David : « Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1,20-21). L’Avent est un temps favorable pour désirer Le recevoir. Cette attente dynamique vaut pour chacun(e), puisque nous ne bénéficions pas encore de tout ce que Jésus a promis. Comme « les veilleurs » (v.6) attendent l’aurore, le lever du soleil, le chrétien aspire à la venue du Christ, l’unique sauveur par qui nous « subsisteront » (cf. v.3) !

fr. Christian Eeckhout, o.p.
Jérusalem

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