Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 3e dimanche de l’Avent (A)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

veiller

La patience du veilleur

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11,2-11.
En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux,
lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez :
Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.
Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »
Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ?
Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois.
Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète.
C’est de lui qu’il est écrit : ‘Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi.’
Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »

COMMENTAIRE

Avec ce 3e dimanche de l’Avent, nous avançons dans notre attente. Les Fêtes sont toutes proches. Elles sont même commencées pour plusieurs. La joie est dans l’air. Nous sommes dans l’impatience du parfait bonheur.

La Parole de Dieu cependant met de l’ombre sur nos joies; en même temps qu’elle nous parle d’une patience qui s’impose dans les circonstances. Elle remet en question une joie trop superficielle et l’impatience face aux délais imposés à l’accomplissement de nos rêves.

Jean-Baptiste se pose des questions. Il est en prison. Il a du temps pour réfléchir. Or il s’inquiète et semble douter sérieusement au sujet de Jésus. Était-ce bien lui le Messie promis? Le prophète l’affirmait sous la poussée de l’Esprit, il y a quelques mois. Mais en apprenant ce que fait le Christ, Jean s’en étonne. Jésus ne fait rien de ce à quoi le Baptiste s’attendait. On dirait même que rien n’a changé. Jésus est-il celui qui doit venir ou bien faut-il en attendre un autre? Le Christ allait-il bientôt prendre les choses en main? Mais ce Jésus n’a vraiment pas l’air de vouloir livrer la marchandise. On peut penser que c’est dans ce climat de doute et d’incertitude que Jean envoie quelques uns de ses disciples interroger le Galiléen pour en avoir le cœur net.

Notons la réponse de Jésus : Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : certains des signes annoncés par le prophète Isaïe sont bien là : les boiteux marchent; les sourds entendent; les muets parlent; les lépreux sont purifiés; les morts ressuscitent… et la Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Ce qui importe dans cette énumération, c’est ce vers quoi s’en va la liste : la Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. C’est là que Jean devrait comprendre, et nous avec lui : l’option de Jésus pour les pauvres. L’attention privilégiée du Seigneur se porte vers les petits et les simples. Il nous rappelle ainsi que c’est vers là que devrait être aussi notre tendance. Venir en aide à ceux qui sont en difficultés, les petits, les pauvres, les laissés pour compte. C’est par là que commence l’œuvre messianique. Le Salut de Dieu pour le moment n’a rien de fracassant. Il n’est pas une victoire éclatante. Du moins pas tout de suite. Il consiste bien plus en de petites choses, toutes simples, à notre portée. Comprenons qu’il nous faut ouvrir les yeux. Ouvrir nos oreilles. Bondir hors de nos léthargies. Être purifiés de la lèpre du péché. Entrer dans la vie du Royaume. Nous devons franchir personnellement des seuils de libération, de redressement, de relèvement. C’est dans nos cœurs que cela se passera d’abord. Le Règne de Dieu avance doucement, mystérieusement, dans le secret. Il y faut du temps. De la patience. Mais il apporte déjà une grande joie à celui ou celle qui lui ouvre la porte de son cœur.

Il y a trois ans, nous portions bien haut le témoignage de Nelson Mandela. L’homme a passé jadis 27 ans en prison. Ce fut le lieu pour lui d’une conversion profonde. C’est là qu’il a compris que sa mission n’était pas une affaire de violence et de lutte armée. Que c’était d’abord une affaire de cœur, de réconciliation, de pardon, de libération pour chacun. Mandela avait compris ce principe de l’Évangile, l’éminente dignité des pauvres. Pour lui le plus petit valait autant que le plus grand. Jésus nous rappelle aujourd’hui que c’est là la loi du Royaume. Lui-même, il s’est mis à la place du plus petit. C’est dire jusqu’à quel point il est avec eux et que tous sont avec lui.

Puissions-nous n’en être pas scandalisés!

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