Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 23e dimanche T.O. Année C.

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Marcher avec Jésus

C’est un pensez-y bien !

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 14,25-33.
De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit :
« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.
Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.
Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ?
Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui :
“Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !”
Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre quimarche contre lui avec vingt mille ?
S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix.
Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.

COMMENTAIRE

À première vue ces propos sont trop sévères, trop exigeants. C’est comme si Jésus voulait nous décourager de le suivre. Remarquons qu’une grande foule le suivait sur la route alors qu’il s’en va vers Jérusalem. Plusieurs se faisaient sans doute illusion sur l’issue probable de cette montée. Jésus sait bien ce qui l’attend là-bas. On comprend que pour faire face à la musique, il doive lui-même se durcir le visage. Faire appel à tout son courage. On comprend que pour le suivre sur cette route, pour faire face aux difficultés qui s’annoncent, ses disciples, devront être aguerris, libres, serrés près de lui, fortement attachés, faire corps avec lui. C’est le seul moyen pour eux de passer à travers la grande épreuve, la sienne et la leur.

Jésus touche donc les points très sensibles de nos affections, de nos attachements humains. Il va au cœur de nos cœurs. C’est à ce niveau que doit se vivre notre appartenance à ce maître bien particulier qu’il est pour nous. Nous ne sommes pas les disciples de n’importe qui. Être son disciple, ce n’est pas n’importe quoi. Ce n’est pas une affaire secondaire et marginale, en passant. Jésus prend les grands moyens pour nous le faire comprendre. Il nous provoque sans ménagement pour que nous puissions bien y réfléchir. Il nous oblige à réagir et à saisir un peu plus dans quelle étrange aventure il nous entraîne. Voulons-nous vraiment qu’il soit notre maître. Voulons-nous vraiment être ses disciples?

Avec lui c’est une affaire d’amour, une affaire de cœur, d’attachement total. C’est pourquoi il faut nous détacher, pour le suivre, de nos affections humaines, mettre tout cela en balance. Il a besoin de notre liberté. Il s’agit avec lui d’une participation intime et totale à sa relation personnelle avec son Père et notre Père. C’est une question d’amour, d’un amour privilégié et particulier qui – cela va de soi – l’emporte sur tous nos autres amours et vient en retour les ordonner, les pacifier, les purifier, leur donner une beauté nouvelle, une sainteté plus grande encore, les animer d’une immense charité, pour que nous puissions les vivre dans la lumière, dans la joie et la sérénité, dans une plus parfaite liberté, avec la plus grande humanité.

En fait, ce que Jésus nous annonce c’est que sa marche vers Jérusalem, c’est sérieux et que cela lui demande beaucoup. Il va tout y perdre de lui-même. Il nous révèle que pour le suivre jusque là il nous faut nous aussi tout lâcher. Témoigner de la vérité et des valeurs de l’Évangile, c’est très exigeant. Pour y arriver, il nous faut vivre un processus réel de dépouillement, de désistement, d’abandon. Il faut renoncer à tout pour trouver la vie. Accepter de mourir à bien des choses qui nous sont chères pour être libres et complètement donnés. C’est le principe évangélique du « Qui perd, gagne ».

Ce que la parole de Jésus nous apporte finalement, c’est une purification, une remise en question de nos liens et de nos amours, non pas pour les rejeter, mais pour les dégager de ce qu’ils ont d’égoïsme, de servitudes malsaines, d’excès maladifs et de déviances peut-être. Il donne un sens pascal à notre vie, où il nous demande de mourir à toutes ces attaches qui nous retiennent et nous paralysent afin de pouvoir retrouver la force et la joie d’aimer, pour retourner mieux disposés que jamais auprès de nos êtres chers, auprès de ceux que le Seigneur lui-même nous a donnés pour que nous les aimions mieux et davantage, en lui et avec lui. Amen.

Une réflexion au sujet de « Homélie pour le 23e dimanche T.O. Année C. »

  1. Nicolas Thériault

    Très beau commentaire! Cet homélie vient bien expliquer le texte; mais davantage cet homélie vient-il nous rejoindre dans notre relation avec Jésus « aujourd’hui » dans notre engagement.

    Répondre

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