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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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À l’air libre : ROOM : LE MONDE DE JACK et MUSTANG

Imprimer Par Gilles Leblanc

Vive le cinéma simple et inventif ! C’est le cas de deux récentes productions qui illustrent des parcours axés sur la recherche de la lumière et de la liberté qui s’en dégage. Dans son film ROOM : LE MONDE DE JACK, le réalisateur irlandais Lenny Abrahamson réussit un huis-clos presque parfait dans le récit d’une relation singulière entre une mère et son fils. D’autre part, le film MUSTANG de Deniz Gamze Erguve, réalisatrice franco-turque de talent, raconte l’histoire de cinq jeunes filles qui rêvent de s’affranchir d’un environnement oppresseur pour la femme moderne.

Room 2

ROOM : LE MONDE JACK

Dans l’adaptation réussie du populaire roman d’Emma Donoghue, le thriller intimiste ROOM : LE MONDE DE JACK formule une réflexion complexe sur les relations mère-fils et le sentiment de culpabilité.

Ma et son jeune fils Jack vivent confinés dans une petite pièce sans fenêtre, surnommée « Chambre ». Depuis la naissance de Jack, la jeune maman a inventé pour lui un univers qui se limite à «  Chambre » en lui faisant croire que tout ce qui y est étranger n’est pas réel et provient de la télévision. Leur routine, rythmée par les repas, bains, jeux et câlins, s’interrompt lorsque, le soir venu, Old Nick, seul à connaître le code d’entrée de « Chambre », rend visite à Ma pour lui remettre des denrées et abuser d’elle.

Couché dans la penderie à l’abri des regards, Jack perçoit les conversations et les craquements émanant du lit. Une nuit, il surprend Old Nick qui s’est endormi auprès de Ma. S’ensuit une bagarre entre Ma et son ravisseur qui la convaincra de tout tenter afin de fuir l’enfer de « Chambre ». Ainsi le jour du 5e anniversaire de Jack, la jeune mère séquestrée lui explique qu’un monde immense existe à l’extérieur du leur, et elle lui présente un plan risqué qui lui permettrait d’y accéder.

On salue ici de vraies performances d’acteurs. Le petit Jacob Tremblay, criant de naturel mais aussi d’une maturité précoce, est formidable. Sans oublier Brie Larson, émouvante dans son personnage de mère protectrice et astucieuse. Celle-ci a d’ailleurs remporté l’Oscar de la meilleure actrice pour cette éblouissante prestation.

La première partie du film impose sa charge, avec les questions de l’enfant qui doute de la réalité du monde extérieur, et la frénésie de la mère qui l’utilise pour les tirer de là. Signalons enfin le travail de Danny Cohen à la caméra, notamment lorsqu’il capture en gros plans chaque détail de « Chambre », comme ce puits de lumière, miroir du climat, avec une feuille d’arbre collée soudain.

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MUSTANG

Assemblant avec fluidité le conte initiatique et la charge politico-sociale, le surprenant MUSTANG soumet un plaidoyer sensible pour la liberté des femmes. Le film émeut autant qu’il tient en haleine.

Au début de l’été, dans un petit village turc, Lale et ses quatre sœurs orphelines rentrent de l’école. Sur la plage, en compagnie de quelques garçons, euphoriquement, elles se livrent à un jeu innocent qui est perçu comme immoral et inapproprié aux yeux de l’opinion publique traditionaliste.

Pour ne pas alimenter les rumeurs, la grand-mère qui est responsable de l’éducation des adolescentes adopte des mesures drastiques : elle les enferme dans la maison familiale et leur oncle prend tous les moyens pour « dresser » les jeunes insolentes. La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger. Les cinq sœurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.

Ici, c’est la cadette préadolescente au regard en biais et à la maturité précoce, jouée justement par Gunes Nezihe Sensoy, qui comprend tout, refuse son sort futur, et prend les choses en main qui s’impose comme la figure centrale du groupe, et porte en elle toutes les promesses d’avenir. Un personnage masculin, le jeune Yacine, facilite la fuite des sœurs, et rachète un peu la mauvaise part faite aux hommes.

Mis en scène avec vivacité, le film lumineux et gracieux révèle l’indomptable sensualité de ces cinq jeunes filles, interprétées avec beaucoup de charme et de fraîcheur par des nouvelles venues. Le film a été honoré à plusieurs reprises aux Césars et a reçu une nomination pour le meilleur film en langue étrangère aux Oscars et aux Golden Globes.

Gilles Leblanc

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