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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.
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Feu

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

28 février 2016

Après les dures années de la guerre froide, la planète ne s’est pas reposée. Elle a tout de suite plongé dans un nouveau champ de bataille, le terrorisme. Les djihadistes de tout acabit ont levé le poing. Au nom d’Allah, et sûrement sans son consentement, ils ont mis le feu un peu partout. D’autres les ont rejoints sur le champ de bataille. Parmi eux, des jeunes de l’occident, notre occident poli, propre et bien gâté par la vie.

Ce nouvel univers parle l’arabe. Une langue que nous connaissons moins. Ou plutôt que nous ne connaissons pas et que nous arriverions difficilement à maîtriser. Notre ignorance ne nous permet pas de saisir toute l’arrogance qui se dissimule derrière ces discours extrémistes. Les gestes prennent alors plus de place. Ils résonnent avec plus de force. Ils réveillent en nous la peur, ou du moins tentent de la réveiller. Nous résistons du mieux que nous pouvons. Mais le radicalisme fait son bout de chemin dans nos têtes et dans nos cœurs.

D’autant plus que nous traversons nous-mêmes des millénaires de radicalisme. Tant d’hommes, tant de femmes ont choisi de vivre radicalement l’Évangile. Tant d’hommes, tant de femmes, à travers les siècles de judaïsme et de christianisme, ont voué leur vie à Dieu.

Radicalement, Jésus a dit : «C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé… Pensez-vous que ce soit la paix que je suis venu mettre sur la terre? Non, je vous le dis, mais plutôt la division.» (Luc 12, 49.51) Propos d’extrémiste? Parole de terroriste? Cet appel au feu, cette invitation à la division, nous l’entendons de la bouche même de celui qui a dit : «Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.» (Matthieu 5, 9)

Dressé sur la croix, Jésus n’a rien d’un pyromane. Il ne ressemble pas à un maniaque violent. Cet homme couvert de blessures n’est pas un bourreau haineux. Au contraire, c’est lui la victime de la haine. Mais alors que signifient ces paroles radicales du Christ?

Quand nos ancêtres ont découvert le feu, ils ont compris qu’ils avaient là quelque chose de dangereux. Quelque chose qui pouvait tout détruire sur son passage. En même temps, ils ont trouvé un élément vital : la lumière, la chaleur, la vie. Cet élément ressemblait à l’énergie qui habitait leur corps. Ce feu, ils le portaient déjà dans leur cœur quand ils exprimaient de la passion pour quelqu’un.

Pas surprenant qu’on ait comparé la vie et l’amour de Dieu à un feu. Et que l’Esprit qui anime Dieu soit représenté comme du feu à la Pentecôte. Feu de l’Esprit, énergie de Dieu, passion de Dieu, force et audace de Dieu!

Aujourd’hui, nous admirons les croyants à la foi bien trempée, des hommes et des femmes au cœur de feu. Leur foi donne du sens à leur vie. Elle oriente leurs actions. Elle invente dans leur existence des audaces qu’ils n’auraient pas sans ce feu qui les habite.

Nous vivons parmi des gens de toutes croyances. Nous côtoyons des musulmans, des bouddhistes, des athées, des indifférents. Sont admirables, ceux et celles qui se laissent habiter par le feu de la vérité et de l’amour.

Quant à nous, les chrétiens et les chrétiennes, rappelons-nous que nous avons été baptisés dans la radicalité de la mort de Jésus et du don de sa vie. Le feu qui nous habite, ou devrait nous habiter, c’est celui qui habite le Seigneur, qui le distingue et nous distingue dans la radicalité de l’amour.

Une réflexion au sujet de « Feu »

  1. Nestor Turcotte

    Si seulement les quelques braises qui dorment sous les restes des bois noircis pouvaient accepter le souffle de l’Esprit pour qu’ils deviennent LUMIÈRE….L’Église vit déjà le Samedi saint. Le grand silence annonce le Maranatha promis….

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