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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Le pire et le meilleur : SPOTLIGHT : ÉDITION SPÉCIALE et BROOKLYN

Imprimer Par Gilles Leblanc

Le cinéma sait admirablement aussi bien dénoncer des abus que décrire des situations dramatiques. C’est le cas avec la percutante chronique SPOTLIGHT : ÉDITION SPÉCIALE de l’Américain Tom McCarthy enquêtant sur les agressions sexuelles de membres du clergé de l’Église catholique de Boston. Le cas également pour BROOKLYN, le drame émouvant d’une jeune immigrante réalisé par l’Irlandais John Crowley. Deux films qui devraient se mériter quelques mentions lors des soirées de remise de prix du début de l’année 2016 dont évidemment les Golden Globes et les Oscars.

Spotlight

SPOTLIGHT : ÉDITION SPÉCIALE

Avec cette production, nous sommes devant ce qu’on appelle un film « coup de poing », qui nous rive sur notre siège du début à la fin. La charge contre l’Église catholique par le réalisateur Tom McCarthy visait avant tout la dimension politique de l’institution, protégée par le silence des uns et la lâcheté des autres.

En 2001, Marty Baron (Liev Schreiber) est nommé éditeur du Boston Globe. Peu après son arrivée, le Floridien d’origine juive a vent d’une affaire de prêtres pédophiles. Intrigué par ce qu’il pressent être le germe d’un phénomène de plus grande envergure, il demande à l’équipe de la rubrique Spotlight, spécialisée dans les enquêtes de longue haleine et dirigée par Walter Robinson (Michael Keaton), de s’y consacrer entièrement.

Avec lui, les journalistes Mike Rezendes (Mark Ruffalo) et Sacha Pfeiffer (Rachel McAdams), ainsi que le recherchiste Matty Carroll (Brian d’Arcy James), se mettent à l’ouvrage et, dans l’attente d’un jugement sur une pressante demande d’accès à l’information, se heurtent à la réticence des témoins et des institutions de leur ville, à majorité catholique. À force de persévérance toutefois, ils en viennent à mettre à jour la vaste conspiration menée par l’archidiocèse de Boston pour camoufler des abus sexuels perpétrés par plus de 80 prêtres pédophiles. Une vérité beaucoup plus considérable (et embêtante chez certains témoins ayant fermé les yeux!) que les premières pistes le laissaient croire. Racontée à travers les yeux des journalistes, l’histoire fait aussi un peu de place aux victimes.

Le déroulement – à couper le souffle par moments – est propulsé par des dialogues abondants et vrais, une mise en scène fébrile, expressive, et une distribution d’acteurs qui jouent avec justesse et équilibre, ce qui en fait un vrai bijou au plan de l’interprétation.

Brooklyn

BROOKLYN

En portant à l’écran le populaire roman éponyme de Colm Tóibín, très célèbre en Irlande, le cinéaste John Crowley propose ici un long métrage émouvant, au centre duquel se trouve l’histoire d’une jeune immigrante que les circonstances amènent à remettre des choix en question.

Dans les années 1950, sous la parrainage d’un prêtre catholique compatriote, la jeune Eilis (Saoirse Ronan) quitte son patelin en Irlande, emménage à Brooklyn, tout à coté de New York, et espère se trouver un travail. Elle habite chez une logeuse qui héberge des jeunes dames vivant seules. Après des recherches intensives, elle devient vendeuse dans un grand magasin, tout en poursuivant des cours de comptabilité dans ses temps libres. Le mal du pays se fait de moins en moins sentir au fil des semaines, notamment parce qu’elle s’éprend de Tony (Emory Cohen), un plombier italo-américain, qui deviendra discrètement son époux.

Mais rappelée dans son pays natal en raison du décès de sa sœur, la jeune femme y décroche un emploi à sa mesure et elle rencontre aussi Jim (Domhnall Gleeson), qui serait un parti avantageux pour elle et sa mère. Elle se voit alors face à un dilemme éprouvant et devra décider de qui et de quoi elle veut pour bâtir son avenir.

Le réalisateur John Crowley signe une adaptation élégante du best-seller qui traite des défis de l’immigration et des choix de vie déchirants. Saoirse Ronan offre une prestation d’une subtilité admirable, face au très attachant Emory Cohen, son mari italien. De plus, les acteurs vénérables que sont Jim Broadbent et Julie Walters s’acquittent fort bien de leur personnage secondaire du père Flood et de la logeuse Mrs Kehoe.

Notons enfin la magnifique performance à la photographie du Québécois Yves Bélanger dans cette production dont une bonne partie du tournage a été réalisée à Montréal.

Gilles Leblanc

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