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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Quitter les siens à 16 ans : LA FAMILLE BÉLIER et CORBO

Imprimer Par Gilles Leblanc

Les ruptures et les départs constituent des moments privilégiés que les cinéastes aiment bien traiter. Deux films récents, chacun dans son genre, en sont de bons exemples. Le réalisateur québécois Mathieu Denis fait dans CORBO le portrait d’un jeune homme de 16 ans qui quitte progressivement sa famille pour se joindre à un groupe de terroristes. De façon plus légère et humoristique, le français Éric Lartigau expose dans LA FAMILLE BÉLIER la déchirante décision d’une jeune campagnarde de 16 ans également qui quitte sa famille pour des études de chant à Paris.

LA FAMILLE BÉLIER

Famille Blier

LA FAMILLE BÉLIER fonctionne principalement grâce au charme de son décor bucolique, de ses personnages gentiment caricaturaux et de son excellente idée de départ : l’émancipation d’une « interprète » – le mot comportant ici plusieurs sens. Un autre facteur d’attachement s’ajoute : le film  d’Éric Lartigau (L’HOMME QUI VOULAIT VIVRE SA VIE) feuillette avec un plaisir contagieux le répertoire de Michel Sardou, un géant de la chanson française, comme l’avait fait avant lui Xavier Giannoli avec celui de Michel Delpech dans QUAND J’ÉTAIS CHANTEUR.

Paula Bélier est la seule de sa famille à ne pas être sourde et muette. Malgré son jeune âge, elle sert volontiers d’interprète entre ses parents et les fournisseurs de leur ferme laitière, les clients qui achètent leur fromage au marché, et le reste du monde. Mais l’équilibre des Bélier est menacé. Au lycée, le professeur de chant, M. Thomasson, a décelé chez Paula un don exceptionnel, qu’il l’encourage à peaufiner en prévision d’un concours organisé par Radio-France, avec à la clé une bourse d’études dans une école parisienne.

Incapable d’avouer son désir de partir à ses parents et à son petit frère, l’adolescente justifie ses absences de la ferme pour répéter, par une amourette fictive avec Gabriel, un autre élève doué de M. Thomasson. Or, la négligence croissante de Paula envers son père, qui a besoin de son aide pour briguer la mairie de leur village, provoque une tension qui devient chaque jour plus aiguë.

La mise en scène est fort dynamique. Par contre, le scénario démontre peu de profondeur avec des escales attendues et un dénouement quelque peu angélique. Paradoxalement, LA FAMILLE BÉLIER frappe plus fort lorsque son auteur fonce hors des sentiers  battus, notamment dans un face-à-face mère-fille déchirant où Karin Viard transcende (enfin) son personnage de belle fermière. Découverte par les Français à l’émission « La Voix », Louane Emera défend avec ardeur le rôle de Paula.

CORBO

Corbo 1

Pour son premier long métrage en solo, Mathieu Denis demeure dans l’esprit de son film précédent LAURENTIE, coréalisé avec Simon Lavoie, en visitant l’une des périodes les plus mouvementées de l’histoire du Québec. En effet, il livre ici une fresque intimiste et humaine sur le destin tragique d’un adolescent, militant felquiste tué par la bombe qu’il a posée à la Dominion Textile en 1966. 

Le jeune Jean Corbo (Anthony Therrien) ne semble pas avoir le profil de l’emploi. II habite à Ville Mont-Royal et ses parents le destinent à la réussite en lui offrant la meilleure vie et la meilleure éducation possibles. Déchiré entre son identité italienne par son père et canadienne-française par sa mère, il est spontanément séduit par les idées révolutionnaires de Julie (Karelle Tremblay) et de François (Antoine L’Écuyer), deux jeunes militants qu’il croise par hasard et qui le feront entrer dans le cercle du Front de libération du Québec (FLQ). De la distribution de tracts jusqu’aux graffitis, il basculera rapidement dans l’acte terroriste, prolongement logique de son implication

La réalisation est agile et simple, alternant les plans-séquences de discussions avec les scènes d’attentats tournées caméras à l’épaule. Il réussit néanmoins à traduire la tension inhérente ressentie par ces felquistes en herbe à manipuler des bombes artisanales susceptibles de leur exploser en plein visage à tout moment. Côté interprétation, le jeune comédien Anthony Therrien s’en tire bien dans le rôle-titre, avec sa gueule de jeune premier romantique. Il réussit assez efficacement à traduire les tourments intérieurs de Jean.

Malgré tout, CORBO n’a pas l’intensité et la puissance dramatique d’OCTOBRE de Pierre Falardeau, ni la force d’évocation des ORDRES de Michel Brault qui ont tous deux aussi situés leur propos au cours de la période tumultueuse des années 60 et 70 au Québec.

Gilles Leblanc

 

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