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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
Cinéma d'aujourd'hui

Le scandale Paradjanov ; et Hayk : Evasion

Imprimer Par Patrick Bittar

Le scandale Paradjanov, de Serge Avédikian et Olena Fetisova

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Le scandale Paradjanov, de Serge Avédikian et Olena Fetisova

Le scandale Paradjanov est une fiction relatant les trente dernières années de la vie d’un des cinéastes les plus importants de l’ère soviétique. Né à Tbilissi en Géorgie de parents arméniens, Sergueï Paradjanov est mort à Erevan en 1991. Il est aujourd’hui considéré comme une figure éminente du patrimoine culturel arménien. Coréalisé par la documentariste ukrainienne Olena Fetisova et le Français d’origine arménienne Serge Avédikian, Le scandale Paradjanov est un hommage affectueux à un génie contrarié par les autorités communistes.

Alors qu’il est encore étudiant en cinéma à Moscou, Paradjanov est suspecté d’homosexualité et fait déjà des séjours en prison pour frasques nocturnes. En 1964, son époustouflant chef-d’œuvre Les Chevaux de feu, sorte de Roméo et Juliette tourné dans les Carpates avec l’étroite collaboration de la population Goutzoul, est jugé non conforme à la commande des studios ukrainiens. Le cinéaste irrévérencieux, qui a refusé de doubler le film en russe, est accusé de nationalisme ukrainien.

Quatre ans plus tard, il s’installe à Erevan et tourne avec la communauté arménienne un film sur un troubadour arménien du XVIIIe siècle : Sayat Nova (interprété par une femme) sera rapidement retiré de l’affiche en raison de son anticonformisme esthétique et idéologique. Dès lors, Paradjanov est condamné au chômage et surveillé par le KGB. En 1972, accusé de trafic d’icônes, d’homosexualité et d’incitation à des mœurs libres et à la pornographie, il est envoyé pour quatre ans dans un camp de travail, avant d’être assigné à résidence à Tbilissi.

« Je vis dans la maison de mes parents dont le toit fuit », déclara-t-il à un parterre d’aficionados à Paris, trois ans avant sa mort. « Quand il pleut, je dors sous un parapluie, et je suis heureux parce que ça ressemble à des films de Fellini ou de Tarkovski ! Le cinéma, pour moi, c’est un grand muet. Moins il y a de mots, plus il y a de beauté et d’esthétique. »

Amoureux d’une beauté ornementée, créateur d’une esthétique festonnée, emperlée, le réalisateur fantasque, qui, sur ses tournages, exige chameaux, paons et plats en or, a probablement hérité de son père brocanteur l’esprit de bazar. Même sans le sou, il arrive à faire de son lieu de vie une fantasmagorie ornée de pendeloques, d’objets glanés dans la rue. Et quand il ne tourne pas, il fait des découpages, des collages, des créations plastiques…

Serge Avédikian, dont c’est le premier long-métrage de fiction, tente lui aussi parfois des fantaisies formelles, rappelant celles de son personnage. Il essaie en plus d’incarner le maestro à l’aura singulière. Le résultat est assez superficiel et parfois maladroit.

Hayk : Evasion, de Harutyun Khachatryan

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Le cinéaste arménien sera à l’honneur des Ateliers 2015 du festival Visions du Réel, à Nyon, du 17 au 25 avril 2015. L’occasion de le rencontrer et de découvrir son mode de travail.

Hayk : Evasion a été diffusé il y a un an, au festival Vision du Réel à Nyon. C’est le premier film d’un projet du réalisateur arménien Harutyun Khachatryan, intitulé Fuite sans fin, éternel retour : cinq documentaires sur les Arméniens qui ont quitté leur pays entre 1988 et 1994, suite au tremblement de terre, à la guerre au Haut-Karabagh ou à la dissolution de l’URSS…

N’ayant aucune connaissance des intentions de Khachatryan, j’ai visionné son film en macérant dans l’incompréhension et l’ennui. J’ai mis déjà une demi-heure à identifier un personnage principal. Il faut dire que les séquences se succèdent sans explication ni indication, hormis parfois les lieux et les dates d’une chronologie brouillée.

Le film commence en 2012, par un moine qui prie le Notre Père en l’Eglise arménienne apostolique de Moscou. Puis, en 1988, deux Arméniens débarquent en hélicoptère dans le Kamtchatka. Ils viennent s’entretenir avec Hayk, un compatriote qui s’est exilé dans cette presqu’île volcanique de l’Extrême-Orient russe. En fait les trois hommes se saoulent à la vodka en pratiquant, avec plus ou moins d’inspiration, l’esquive dans les échanges. « Tu étais seul en Arménie, tu es seul ici. Qu’est-ce que ça change ? – Je ne suis jamais seul. – Mais avec qui vis-tu entre ces murs étroits ? – Avec le temps. Avec l’histoire. »

J’ai appris par la suite que les visiteurs étaient des musiciens populaires en Arménie à la fin des années 80, et qu’ils avaient entrepris un voyage en ex-Union soviétique à la recherche d’Arméniens exilés pour leur « poser des questions existentielles sur l’identité nationale et la signification du foyer, au propre et au figuré ».

Quoi qu’il en soit, dans le documentaire, ces deux personnages disparaissent après cette séquence soûlante. On reste ensuite avec Hayk, et on a le temps de se demander pourquoi. Sur la scène d’un théâtre, on le voit diriger avec beaucoup de fébrilité des femmes qui n’ont pas vraiment l’air de comédiennes. Le plus souvent, il se raconte d’une voix de rogomme : éduqué par son oncle écrivain, il a été cuisinier sur un bateau de pêche, a campé au bord du Pacifique (où il a reçu la visite d’ours), et estime avoir vécu en harmonie avec la nature. Il semble en tous cas mener une vie solitaire, dont la morosité est rehaussée par des images ternes et des chansons aux paroles cafardeuses : « J’ai décidé de me suspendre au plafond avec les araignées. J’ai décidé ça comme ça, sans raison sérieuse. M’envelopper avec les cordes de mes souvenirs et tenir sauvagement. Si nous sommes tous des invités indésirables et des orphelins solitaires, pourquoi s’ennuyer constamment les uns les autres ? »

Patrick Bittar, Paris
Réalisateur de films

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Cette chronique est présentée en collaboration avec la revue Choisir, une revue culturelle ouverte et d’inspiration chrétienne de la Suisse Romande.

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