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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Science et vie : LE JEU DE L’IMITATION et LA THÉORIE DE L’UNIVERS

Imprimer Par Gilles Leblanc

Il n’est jamais facile de présenter au grand écran le travail des brillants esprits scientifiques sans perdre le spectateur dans des concepts trop abstraits. Le défi a été relevé avec succès dans deux productions récentes. Avec LE JEU DE L’IMITATION, le réalisateur norvégien Mortem Tyldum trace un portrait dynamique du cryptographe Alan Turing. Pour sa part, le Britannique James Marsh fait le récit émouvant du parcours du physicien Stephen Hawking dans LA THÉORIE DE L’UNIVERS.

LE JEU DE L’IMITATION

THE IMITATION GAME, Benedict Cumberbatch, 2014. ph: Jack English/

Avec ce film d’une facture très classique et servi par d’excellents dialogues inspirés de la biographie d’Alan Turing écrite par Andrew Hodges, Mortem Tyldum découvre une figure historique importante tout en étant captivé par une intrigue aux nombreux rebondissements.

Le mathématicien prodige Alan Turing est recruté par l’armée britannique au début de la Seconde Guerre mondiale afin qu’il les aide à décrypter Enigma, le code radio des nazis. Turing est un homme brillant, mais plutôt asocial. S’attirant les foudres de ses collègues qui croient ses efforts inutiles, il tente malgré tout de fabriquer une machine qui accélère le processus de déchiffrement.

Lors d’un concours qu’il organise pour trouver les meilleurs cryptographes du pays, il rencontre Joan Clarke (Keira Knightley), une femme talentueuse et dégourdie. Peu doué pour les interactions sociales et cachant son homosexualité – illégale à l’époque – Turing Alan décide d’épouser Joan. Ensemble, il forme dorénavant un duo solide aux aptitudes décuplées.

En parallèle à une haletante course contre la montre mêlée d’espionnage pour permettre aux Alliés de gagner la guerre, le film dresse le portrait touchant d’un être d’exception demeuré toute sa vie vulnérable et incompris. L’histoire du père de l’informatique, persécuté pour son homosexualité, est aussi un plaidoyer pour le droit à la différence qui ne laissera personne de glace.

Ce drame biographique est servi par des acteurs de talent. Il donne à Benedict Cumberbatch l’occasion d’élargir son répertoire. De toute évidence, sa nomination aux Oscars 2015 dans la catégorie du meilleur acteur dans un rôle principal est bien méritée.

LA THÉORIE DE L’UNIVERS

Théorie univers 2

Surtout connu pour ses documentaires, James Marsh a trouvé le ton juste en portant à l’écran le scénario d’Anthony McCarten, lui-même tiré du récit autobiographique de Jane Hawking. Il s’agit du destin hors du commun de Stephen Hawking, physicien anglais atteint en 1963 de la maladie de Lou Gehrig, rendu mondialement célèbre en 1988 par la parution de A Brief History of Time, un brillant ouvrage de vulgarisation scientifique.

Stephen Hawking et Jane Wilde se rencontrent alors qu’ils étudient à Cambridge. Peu de temps après leur premier rendez-vous, alors que Stephen n’a que 21 ans, les médecins lui diagnostiquent une grave dystrophie neuromusculaire qui ultimement fera de lui un impotent.

Bien qu’il tente de convaincre Jane qu’il serait préférable qu’elle le quitte maintenant, la jeune femme décide de suivre son cœur et d’épauler Stephen dans l’épreuve. Alors que les docteurs lui prédisaient une très courte espérance de vie, Stephen a dépassé toutes les attentes et a mené une existence heureuse et méritoire, devenant l’un des physiciens théoriciens les plus célèbres au monde.

Empathique et admiratif, James Marsh exalte le génie d’Hawking tout en redonnant à son épouse Jane Wilde une place centrale dans l’accomplissement de son destin. L’approche sentimentale et les effets grandiloquents sont rachetés par la performance extraordinaire d’Eddie Redmayne et celle, naturelle et touchante, de Felicity Jones.

Le film emprunte une forme très «british», mais le propos, et surtout la dynamique entre ces deux êtres d’exception, emportent l’adhésion. Marsh maintient un bel équilibre entre le personnage public et privé. Bien sûr, Eddie Redmayne offre une composition qui lui vaut – comme Cumberbatch du film ci-haut – une place dans la course aux Oscars 2015. Le rôle qu’a à défendre Felicity Jones est moins spectaculaire, mais l’actrice s’en acquitte admirablement.

 

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